Économie17:00 hJournalPlus RedaktionTemps de lecture: 6 min0 commentaires

Accord Mercosur: la commission du Conseil des États demande 517 millions pour l'agriculture

Après le refus du Conseil national, un ensemble de crédits d'investissement, de promotion des ventes et de contrôles supplémentaires vise à rendre l'accord de libre-échange avec les États sud-américains majoritaire.

Mercosur-Abkommen
Bild: openAi

Le Conseil national a dit non en juin

L'accord de libre-échange avec le Mercosur n'a pas encore obtenu de majorité au Parlement suisse. Le Conseil national a rejeté le projet lors de la session d'été par 96 voix contre 86, avec 9 abstentions.

Les impacts potentiels sur l'agriculture suisse ont été particulièrement controversés. Une forte minorité au Conseil national avait ainsi demandé un crédit d'engagement de 880 millions de francs pour les années 2028 à 2035. Cela visait à amortir les conséquences attendues de l'accord pour les exploitations agricoles. La proposition n'a toutefois pas obtenu de majorité.

Le Conseil fédéral avait quant à lui prévu une augmentation des subventions agricoles d'environ 158 millions de francs. La proposition de la commission du Conseil des États se situe désormais entre ces deux positions.

517 millions comme compromis politique

La CPE-E a adopté sa proposition par 9 voix contre 4. Elle demande au Conseil fédéral de prévoir 517 millions de francs supplémentaires pour les années 2028 à 2033 afin de renforcer la compétitivité de l'agriculture.

Le paquet se compose de deux parties : 480 millions de francs pour les crédits d'investissement et 37 millions de francs pour la promotion des ventes. Une partie de la promotion des ventes doit explicitement servir à l'exportation de produits agricoles suisses.

De plus, les contributions à l'amélioration structurelle doivent être maintenues au moins au niveau de l'estimation 2026. La commission souhaite ainsi offrir une plus grande sécurité de planification aux exploitations agricoles sur plusieurs années.

Comparaison des trois montants

PropositionMontantPériodeConseil fédéral158 Mio. de francs–CPE-E517 Mio. de francs2028–2033Minorité Conseil national880 Mio. de francs2028–2035

Les 517 millions ne sont cependant pas encore adoptés. Il s'agit d'une proposition de la commission. Le Conseil des États statuera ensuite sur le projet.

Il ne s'agit pas uniquement de paiements directs

Les 517 millions ne sont pas destinés à être distribués comme compensation forfaitaire aux agriculteurs. La majeure partie est prévue pour des crédits d'investissement. Les exploitations agricoles pourront ainsi financer des investissements dans leur infrastructure et leur développement opérationnel, par exemple.

37 millions de francs supplémentaires seront alloués à la promotion des ventes. Une partie est destinée à soutenir les exportations agricoles suisses.

La commission lie ainsi délibérément l'accord de libre-échange à un renforcement à long terme de la compétitivité. L'agriculture doit pouvoir s'adapter à une concurrence accrue due aux importations, tandis que de nouvelles opportunités de marché à l'étranger doivent émerger.

Quelles concessions la Suisse fait-elle sur les produits agricoles ?

L'accord Mercosur prévoit un accès au marché limité pour les produits agricoles. La Suisse accorde aux États du Mercosur 25 contingents d'importation bilatéraux. Ceux-ci incluent notamment certaines quantités de viande et de vin.

Les contingents ne signifient pas que tous les produits correspondants pourront à l'avenir être importés en Suisse en franchise de droits de douane. Ils permettent une importation à tarif réduit dans les limites des quantités fixées.

Parallèlement, les importateurs suisses devraient bénéficier de la suppression ou de la réduction des droits de douane. Selon les services du Parlement, cela pourrait représenter une économie annuelle d'environ 155 millions de francs en droits de douane.

Un marché d'environ 270 millions de personnes

L'importance économique de l'accord dépasse l'agriculture. Le Mercosur regroupe l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, soit un marché d'environ 270 millions de personnes.

L'accord prévoit la suppression des droits de douane pour environ 96 % des exportations suisses. En 2024 déjà, les entreprises suisses ont exporté des marchandises d'une valeur de plus de 4 milliards de francs vers les quatre États du Mercosur.

Pour l'économie suisse, il s'agit d'un accès amélioré au marché sud-américain. Pour l'agriculture, cela entraîne simultanément une pression concurrentielle supplémentaire due à l'importation facilitée de certains produits agricoles.

La commission veut surveiller les conséquences

La CPE-E ne veut pas se limiter aux mesures de compensation financière. Elle demande en outre que le Conseil fédéral observe en permanence les effets de l'accord sur l'agriculture et les autres secteurs économiques.

Les commissions parlementaires compétentes et les milieux concernés doivent être régulièrement associés. En outre, cinq ans après l'entrée en vigueur de l'accord, le Conseil fédéral devra présenter un rapport sur ses effets au Parlement.

Cela permettrait de vérifier systématiquement, pour la première fois après son entrée en vigueur, l'impact réel de l'accord sur l'agriculture suisse et d'autres secteurs économiques.

Les revendications concernant la forêt tropicale restent ouvertes

Le débat sur l'accord Mercosur ne se limite toutefois pas à l'argent et à l'agriculture. La durabilité et les normes sociales sont également controversées.

La CPE-E a rejeté par 9 voix contre 4 une proposition visant à interdire l'importation de marchandises produites entièrement ou partiellement par le travail forcé. Cette proposition aurait notamment prévu des pouvoirs d'enquête étendus, des interdictions d'importation provisoires en cas de suspicion fondée, la publication de cas à haut risque et des voies de recours.

Dans le même temps, la commission s'est prononcée en faveur du maintien du soutien de la coopération internationale suisse aux programmes de lutte contre la déforestation et pour des chaînes de valeur durables dans les pays du Mercosur, en particulier dans la région amazonienne.

En revanche, la commission a rejeté par 8 voix contre 4, avec une abstention, l'adoption du Règlement de l'UE sur la déforestation. D'importantes questions de durabilité restent ainsi politiquement controversées.

La commission dit oui – mais sous conditions

Malgré les exigences supplémentaires, la CPE-E a fondamentalement approuvé l'accord de libre-échange. Lors du vote final, elle a adopté l'arrêté fédéral par 11 voix contre 2.

Ceci est politiquement pertinent : la commission ne cherche pas à renégocier l'accord dans son ensemble. Elle vise plutôt à créer des conditions dans lesquelles l'agriculture pourra plus facilement accepter l'ouverture envers le Mercosur.

Le succès de cette stratégie reste incertain. Bien que les fonds supplémentaires soient nettement supérieurs à la proposition initiale du Conseil fédéral, ils restent inférieurs aux 880 millions de francs qu'une minorité du Conseil national avait exigés.

C'est maintenant au tour du Conseil des États

Le projet est maintenant transmis au Conseil des États. Il faudra voir si les mesures supplémentaires pour l'agriculture y trouvent une majorité et si la Chambre haute approuve fondamentalement l'accord de libre-échange.

Ensuite, le dossier devra repasser par le Parlement. L'approbation de la CPE-E ne signifie donc pas encore que l'accord est adopté.

Un référendum est également possible. Les opposants ont déjà annoncé leur résistance. Les Verts critiquent notamment les exigences contraignantes, jugées insuffisantes, concernant la protection de la forêt tropicale, le bien-être animal et le travail forcé.

517 millions pour surmonter l'obstacle politique

La nouvelle proposition modifie considérablement la donne de l'accord Mercosur. Après le rejet du Conseil national, la commission du Conseil des États tente de rallier l'agriculture en lui offrant des fonds supplémentaires pour l'investissement et la promotion des ventes.

Le paquet de 517 millions de francs n'est ni un paiement déjà décidé ni une compensation directe pour tous les inconvénients possibles de l'accord. C'est une offre politique : l'agriculture doit être soutenue dans sa transition vers une plus grande compétitivité internationale.

Le succès de cette démarche sera décidé lors des prochaines délibérations. Il est déjà clair : l'accord Mercosur ne sera pas décidé au Parlement uniquement en fonction des avantages économiques potentiels pour l'économie d'exportation. Il sera également crucial de savoir si les mesures de protection et de compensation prévues pour l'agriculture obtiennent une majorité suffisante.

Sources

  • Parlement suisse, Commission de politique extérieure du Conseil des États, communiqué de presse du 4 septembre 2026 : « Oui conditionnel à l'accord Mercosur ».
  • Parlement suisse, Objet 26.033 : « Accord de libre-échange entre les États de l'AELE et le Mercosur. Approbation ».
  • SRF, 4 septembre 2026 : « Accord Mercosur : 517 Mio. de francs pour l'agriculture suisse ».

Partager l’article

Signaler une erreur dans l'article

Merci pour votre signalement. Veuillez décrire l'erreur aussi précisément que possible.

PNG, JPG ou WebP, max. 5 Mo

Commentaires

Connectez-vous pour participer à la discussion.

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à écrire.