CIJ: Exportations d'armes allemandes vers Israël et la Suisse
Le Nicaragua accuse l'Allemagne de violations de la Convention sur le génocide. L'affaire porte d'abord sur la compétence du tribunal. Une décision ultérieure pourrait néanmoins concerner d'autres exportateurs d'armes.

Le Nicaragua poursuit l'Allemagne devant la CIJ
Le Nicaragua a déposé sa plainte contre l'Allemagne en mars 2024 devant la Cour internationale de Justice. Le pays accuse la République fédérale de contribuer au risque de génocide contre la population palestinienne par la livraison de matériel de guerre à Israël.
Le Nicaragua a notamment demandé des mesures provisoires visant à obliger l'Allemagne à cesser certaines exportations d'armes et à reprendre le financement de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA).
La CIJ a rejeté la demande de mesures provisoires en avril 2024. Cela n'a toutefois pas mis fin définitivement à la procédure. La plainte elle-même a été maintenue et la procédure est passée à la phase suivante.
L'affaire porte d'abord sur la compétence du tribunal
L'audition actuelle revêt donc une importance particulière, car l'Allemagne souhaite d'abord que la CIJ ne poursuive pas la plainte, en tout ou en partie.
Ainsi, une question de procédure est au centre des débats: la CIJ est-elle seulement compétente pour statuer sur les accusations portées par le Nicaragua?
Cette distinction est importante. Les auditions en cours ne sont pas encore une procédure où le tribunal statuera définitivement si l'Allemagne a violé la Convention sur le génocide par ses livraisons d'armes.
Ce n'est que si la CIJ affirme sa compétence et juge la plainte recevable que la procédure pourra passer à une phase ultérieure où les accusations de fond seront examinées de manière approfondie.
L'Allemagne rejette les accusations
L'Allemagne conteste les accusations portées par le Nicaragua. Le gouvernement fédéral fait notamment référence à ses procédures nationales d'examen et d'autorisation des exportations d'armes.
Berlin remet en question les conditions de droit international public et de procédure de la plainte nicaraguayenne. Du point de vue allemand, il ne s'agit donc pas seulement de savoir si certaines livraisons d'armes sont politiquement ou moralement justifiables. Il s'agit plutôt de savoir si le Nicaragua peut fonder une demande contre l'Allemagne devant la CIJ sur la Convention sur le génocide.
La position allemande se joue donc en grande partie sur la question de la compétence du tribunal.
La question juridique cruciale: quelle est l'étendue du devoir de prévention?
La Convention sur le génocide oblige ses États parties non seulement à punir le génocide, mais aussi à le prévenir.
C'est précisément là que réside l'argumentation du Nicaragua. Le pays estime qu'un État ne doit pas contribuer à augmenter le risque de génocide par des livraisons d'armes.
Cela soulève une question fondamentale du droit international: quelle est l'étendue de la responsabilité d'un État pour les actions d'un autre État, s'il soutient ce dernier avec des armes ou d'autres biens?
Une réponse de la CIJ pourrait donc avoir une portée au-delà du litige concret entre le Nicaragua et l'Allemagne.
L'affaire n'est pas identique à la procédure contre Israël
L'affaire ne doit pas être assimilée à la procédure de l'Afrique du Sud contre Israël, également menée devant la CIJ.
Dans l'affaire Afrique du Sud contre Israël, il s'agit directement de savoir si Israël a violé ses obligations en vertu de la Convention sur le génocide. Dans l'affaire Nicaragua contre l'Allemagne, c'est la responsabilité d'un autre État qui est au centre des débats, cet État fournissant du matériel de guerre à l'État concerné.
La perspective juridique s'élargit ainsi: non seulement le comportement d'un auteur présumé pourrait faire l'objet d'une jurisprudence internationale, mais aussi la responsabilité d'autres États qui le soutiennent.
Pourquoi cela est intéressant pour la Suisse
La Suisse n'est pas partie à la procédure. Un jugement contre l'Allemagne ne modifierait donc pas automatiquement la loi suisse sur le matériel de guerre.
Néanmoins, Berne suit l'évolution pour une raison concrète: la Suisse est également un État partie à la Convention sur le génocide et est donc soumise à ses obligations en vertu du droit international.
En même temps, la Suisse dispose de ses propres règles, parfois plus strictes, concernant les exportations de matériel de guerre. Selon le gouvernement fédéral, les exportations définitives de matériel de guerre vers Israël ne sont plus autorisées depuis plusieurs années déjà.
Cela signifie: la Suisse n'exporte actuellement pas de matériel de guerre vers Israël de la même manière que l'Allemagne. La situation juridique initiale n'est donc pas identique.
La Suisse a elle-même discuté d'un durcissement de ses règles d'exportation en 2026
La référence à la Suisse va cependant plus loin. Le Conseil fédéral a dû clarifier en 2026 comment le droit de la neutralité et les exportations de matériel de guerre devaient être appliqués dans le cadre de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran.
En mars, le gouvernement a déclaré qu'aucune exportation de matériel de guerre ne pouvait être autorisée pendant le conflit vers des États impliqués dans le conflit armé international avec l'Iran. Une pratique restrictive existait déjà auparavant pour Israël.
Le Conseil fédéral a également fait examiner régulièrement les autorisations existantes et d'autres exportations pertinentes pour la guerre par un groupe d'experts interdépartemental.
La Suisse se penche donc déjà, indépendamment de la procédure allemande, sur la question de savoir comment concilier le contrôle des exportations, la neutralité et le droit international.
En 2025, la Suisse a exporté du matériel de guerre pour près d'un milliard de francs
L'importance du contrôle des exportations n'est pas non plus négligeable sur le plan économique. En 2025, les entreprises suisses ont exporté du matériel de guerre d'une valeur de 948,2 millions de francs vers 64 pays. Par rapport à l'année précédente, cela représente une augmentation de près de 43 pour cent.
Le principal client était l'Allemagne, avec des livraisons d'une valeur de 386,4 millions de francs. Suivaient les États-Unis avec 94,2 millions, la Hongrie avec 63,4 millions, l'Italie avec 62,2 millions et le Luxembourg avec 47,4 millions de francs.
L'affaire de la CIJ est donc également pertinente pour la Suisse, car une jurisprudence plus étendue en droit international sur la responsabilité des États exportateurs pourrait à long terme influencer le cadre des transactions internationales d'armement.
Un éventuel jugement n'obligerait pas automatiquement la Suisse
Toutefois, la prudence est de mise. Même si la CIJ devait ultérieurement adopter une interprétation étendue du devoir de prévention découlant de la Convention sur le génocide, cela n'entraînerait pas automatiquement une modification de la loi suisse sur le matériel de guerre.
Un tel jugement pourrait toutefois créer des lignes directrices en droit international qui seraient également pertinentes pour d'autres États parties. La Suisse devrait alors examiner la signification de cette jurisprudence pour ses propres obligations internationales et son contrôle des exportations.
La nécessité d'une adaptation de la pratique suisse ne pourrait être évaluée qu'à partir du jugement concret et de sa motivation.
La véritable importance réside dans la responsabilité de l'État exportateur
L'affaire Nicaragua contre Allemagne dépasse donc la question des livraisons d'armes individuelles.
Elle touche à un problème fondamental du droit international: les États peuvent prendre, par leur politique étrangère et de sécurité, des décisions ayant des répercussions bien au-delà de leurs propres frontières. Les exportations d'armes font partie des domaines où cette responsabilité est particulièrement évidente.
Si la CIJ traite le fond de la plainte, sa jurisprudence ultérieure pourrait déterminer plus précisément quand un État exportateur doit agir en vertu de la Convention sur le génocide et quels risques il doit prendre en compte lors des livraisons d'armes.
Pour les exportateurs d'armes européens, ce serait une évolution importante. Pour la Suisse, il serait particulièrement crucial de savoir comment ces exigences du droit international se rapportent à son propre droit sur le matériel de guerre et à sa neutralité.
La question cruciale reste ouverte
Actuellement, aucune évaluation définitive des exportations d'armes allemandes par la CIJ n'est imminente. Le tribunal doit d'abord statuer sur les objections allemandes concernant la compétence et la recevabilité.
Ce n'est qu'après cela qu'il sera clair si la Cour examinera les accusations de fond du Nicaragua.
Pour la Suisse, l'affaire est donc avant tout un aperçu d'une possible évolution du droit international. Plus la CIJ étendra la responsabilité des États pour le soutien à d'éventuelles violations du droit international, plus cette jurisprudence sera importante pour des pays comme la Suisse.
Il n'en résulte actuellement aucune obligation d'action immédiate pour Berne. La Suisse a ses propres règles d'exportation et n'autorise plus les exportations définitives de matériel de guerre vers Israël depuis des années. L'évolution future à La Haye devrait néanmoins être suivie de près.
Sources
- Cour internationale de Justice (CIJ): Nicaragua c. Allemagne, procédure concernant les violations alléguées d'obligations internationales en relation avec le territoire palestinien occupé
- Département fédéral des affaires étrangères (DFAE): Contrôle des exportations et exportations de matériel de guerre
- Conseil fédéral/DFAE: Conflit Iran – impact sur les exportations pertinentes pour la guerre, 20 mars 2026
- Conseil fédéral: Exportation de matériel de guerre en 2025, 10 mars 2026



