Bilatérales III: la CPE-E dit oui. Quelle suite pour la Suisse?
La CPE-E soutient le paquet Suisse-UE. Protection des salaires, immigration et référendum sont au centre du débat.

Berne – Les Bilatérales III atteignent la prochaine étape décisive. La Commission de politique extérieure du Conseil des États (CPE-E) soutient le paquet d'accords Suisse–UE. Elle a approuvé le projet le 4 septembre 2026 par 9 voix contre 3, avec une abstention.
Dans son évaluation globale, une nette majorité de la commission a soutenu la stabilisation des relations entre la Suisse et l'Union européenne, ont indiqué les Services du Parlement.
Cependant, le débat politique est loin d'être terminé. Le Conseil des États examinera ensuite le paquet. La protection des salaires, la reprise du droit de l'UE, l'immigration et la question d'un éventuel référendum devraient notamment susciter des discussions.
Que contiennent les Bilatérales III?
Le paquet d'accords vise à stabiliser et à développer à long terme les relations entre la Suisse et l'UE. Il comprend des adaptations d'accords existants sur le marché intérieur, ainsi que de nouvelles conventions dans divers domaines.
Cela inclut, entre autres, des règles sur les aides d'État, la participation de la Suisse aux programmes de l'UE et la contribution de cohésion suisse. De nouveaux accords s'ajoutent, par exemple dans les domaines de l'électricité, de la sécurité alimentaire et de la santé.
Le message du Conseil fédéral comprend un total de 94 actes juridiques pertinents de l'UE. Selon le Conseil fédéral, leur mise en œuvre nécessiterait l'adaptation de 36 lois fédérales et la création de trois nouvelles lois fédérales.
Il ne s'agit donc pas d'un seul nouveau traité, mais d'un vaste paquet de divers accords et adaptations législatives.
La santé et la sécurité alimentaire impactent le quotidien
Une partie des accords pourrait avoir un impact direct sur la population. En matière de sécurité alimentaire, il s'agit d'une collaboration plus étroite avec l'UE en ce qui concerne les contrôles et les normes.
L'accord sur la santé vise notamment à améliorer la collaboration en matière de médicaments et de menaces sanitaires transfrontalières. L'échange avec les partenaires européens doit être facilité, surtout en cas de crises ou de problèmes d'approvisionnement.
La situation est différente pour l'accord sur l'électricité. Celui-ci n'est pas encore prêt à être examiné par le Parlement. Par conséquent, les effets concrets sur le marché suisse de l'électricité ne font pas encore l'objet des délibérations parlementaires à l'heure actuelle.
La reprise dynamique du droit reste controversée
Un point de discorde central est la «reprise dynamique du droit». Dans les domaines du marché intérieur concernés par le paquet, la Suisse reprendrait en principe les nouvelles règles pertinentes de l'UE, pour autant que les conditions correspondantes soient remplies.
Les partisans y voient une condition nécessaire pour que l'accès au marché intérieur européen fonctionne durablement. Les critiques craignent, en revanche, que cela ne restreigne la marge de manœuvre politique de la Suisse.
Le débat tourne donc autour d'une question fondamentale: dans quelle mesure la Suisse doit-elle se lier à l'évolution du droit de l'UE, tout en voulant rester en dehors de l'Union européenne?
La protection des salaires, source de potentiel conflit
Outre la reprise du droit, la protection des salaires et des conditions de travail suisses figure parmi les points les plus délicats.
La CPE-E soutient le paquet global, mais au sein du Parlement, il existe des positions divergentes concernant certaines mesures d'accompagnement. La Commission de l'économie et des redevances du Conseil des États (CER-E) s'est également positionnée différemment sur certaines questions.
Sont notamment discutés la protection contre les licenciements pour les représentants du personnel, la caution et la responsabilité des sous-traitants. Pour les syndicats, ces points sont cruciaux.
Ils ont annoncé qu'ils rejetteraient le paquet d'accords si les mesures d'accompagnement convenues pour la protection des salaires n'étaient pas suffisamment garanties à leurs yeux.
L'immigration reste un point sensible politique
La question de l'immigration devrait également accompagner le débat parlementaire. La demande d'une éventuelle clause de sauvegarde est particulièrement controversée, si l'immigration atteint un certain niveau du point de vue de la Suisse.
La manière dont une telle clause serait concrètement formulée n'est pas encore entièrement clarifiée. Ce sont précisément ces questions ouvertes qui rendent difficile l'évaluation politique interne du paquet d'accords.
L'Union suisse des paysans a donc souligné qu'il était difficile d'estimer les conséquences du projet tant que divers points devront être précisés lors de sa mise en œuvre en Suisse.
Qui décide en fin de compte?
Une des questions politiques les plus importantes concerne le référendum. Le Conseil fédéral souhaite soumettre le paquet au référendum facultatif. Le peuple pourrait ainsi voter si les conditions nécessaires à un référendum sont remplies.
Le Conseil fédéral justifie sa position notamment par la pratique antérieure des Bilatérales I et II. Il rejette en revanche une initiative parlementaire qui exigerait un référendum obligatoire avec double majorité pour le paquet d'accords.
Il ne s'agit donc pas seulement de savoir si le peuple peut voter, mais aussi de savoir quel seuil est requis pour l'approbation.
Lors d'un référendum obligatoire, le peuple et les cantons devraient approuver. Lors d'un référendum facultatif, la majorité populaire décide en principe, pour autant que le référendum aboutisse.
Maintenant, c'est au tour du Conseil des États
Après la décision de la CPE-E, la balle est désormais dans le camp du Conseil des États. Lors de la session d'automne, la partie sur la stabilisation sera d'abord débattue. Suivront ensuite les accords sur la sécurité alimentaire et la santé.
L'accord sur l'électricité n'est pas encore prêt à être examiné. Le processus n'est pas non plus terminé après cela: le Conseil national doit également se pencher sur le projet. En fonction de l'évolution, des divergences peuvent également surgir entre les deux Chambres.
Une décision parlementaire définitive n'est donc pas attendue avant 2027 au plus tôt.
Pourquoi cette décision est importante pour la Suisse
Les Bilatérales III vont bien au-delà de simples adaptations techniques. Elles concernent la manière dont la Suisse souhaite gérer à l'avenir ses relations avec son partenaire économique et politique le plus important.
Pour les partisans, le paquet offre une plus grande sécurité juridique, un accès plus stable au marché intérieur de l'UE et une collaboration plus étroite dans des domaines tels que l'électricité, la santé et la sécurité alimentaire.
Les opposants mettent en garde, quant à eux, contre une perte de marge de manœuvre politique, un lien plus fort avec le droit de l'UE et des conséquences possibles pour les salaires, l'immigration et l'indépendance suisse.
L'approbation de la CPE-E est donc une étape importante, mais pas encore une décision concernant les Bilatérales III. Les affrontements politiques décisifs sont encore à venir.
Conclusion
Avec le oui de la commission du Conseil des États, les Bilatérales III ont franchi un obstacle parlementaire important. Le paquet est maintenant examiné par le Conseil des États.
Mais l'obtention d'une majorité dépend de plusieurs points controversés. La protection des salaires, la reprise dynamique du droit, l'immigration et le mode de référendum devraient marquer le débat.
Il est déjà certain qu'avec les Bilatérales III, la Suisse ne décide pas seulement d'accords isolés avec l'UE, mais aussi de la configuration à long terme de sa relation avec l'Europe.
Sources
- Services du Parlement – Commission de politique extérieure du Conseil des États
- Parlement – Commission de l'économie et des redevances du Conseil des États
- Conseil fédéral / DFAE – Message concernant le paquet Suisse–UE (Bilatérales III)
- Conseil fédéral – Position concernant le référendum sur le paquet d'accords
- SRF – Rapport sur l'approbation de la commission du Conseil des États



