Contraception forcée au Groenland: Quelles leçons pour la Suisse?
Le Parlement danois indemnise des femmes groenlandaises avec 40'000 euros. Ce traitement de l'injustice historique soulève des questions pour la Suisse.

Le Danemark versera une indemnisation de 300'000 couronnes danoises aux femmes groenlandaises concernées. Le Parlement a adopté une réglementation correspondante le 27 août 2026. Elle vise les femmes ayant reçu des moyens de contraception sans leur consentement entre 1960 et 1991, lorsque le Danemark était responsable de la santé au Groenland.
Le paiement correspond à environ 40'000 euros. Cette réglementation est liée à l'affaire des stérilets, où des milliers de femmes et de jeunes filles groenlandaises ont reçu des stérilets sans consentement, surtout dans les années 1960 et 1970. La mesure adoptée dépasse l'affaire des stérilets et inclut d'autres formes de contraception sans accord.
300'000 couronnes pour les femmes concernées
La nouvelle réglementation s'adresse aux femmes groenlandaises ayant reçu des moyens de contraception sans leur consentement entre 1960 et 1991. Une condition est que les personnes concernées déclarent, en toute connaissance de cause, avoir reçu une telle contraception au Groenland ou au Danemark et que la procédure soit crédible.
L'indemnisation forfaitaire s'élève à 300'000 couronnes danoises par femme éligible. Ce n'est pas une indemnisation pour dommages-intérêts calculée individuellement, nécessitant de prouver chaque conséquence sanitaire ou biographique. Il s'agit plutôt d'une reconnaissance politique de l'injustice subie.
La réglementation entre en vigueur le 1er septembre 2026. Les demandes peuvent être déposées jusqu'au 1er septembre 2028. L'organisme danois Patienterstatningen est responsable du traitement.
L'affaire des stérilets concerne des milliers de femmes
L'affaire est devenue publique principalement en raison de la pratique de poser des stérilets à des femmes et jeunes filles groenlandaises sans information ou consentement suffisant. Ces mesures s'inscrivaient dans la volonté de l'époque de limiter la croissance démographique au Groenland.
Selon des informations antérieures des autorités danoises, plus de 4'000 femmes et jeunes filles ont reçu un stérilet dans les années 1960 et 1970. Ce chiffre ne représente toutefois pas automatiquement le nombre de femmes réellement éligibles en vertu de la nouvelle réglementation d'indemnisation.
La réglementation adoptée aujourd'hui est plus large: elle ne concerne pas seulement les stérilets, mais la contraception sans consentement en général pour la période 1960-1991. Les femmes ayant résidé temporairement au Danemark peuvent aussi être incluses sous certaines conditions.
Une enquête indépendante documente le manque de consentement
Une enquête indépendante sur la pratique contraceptive au Groenland et dans les internats danois accueillant des élèves groenlandaises a examiné la période 1960-1991. Plus de 350 femmes et jeunes filles ont décrit leurs expériences aux chercheurs. Il s'agissait non seulement de stérilets, mais aussi d'autres formes de contraception.
L'enquête met en évidence pourquoi le terme «affaire des stérilets» ne décrit qu'une partie des événements. Le point central n'est pas seulement une méthode médicale spécifique, mais la question de savoir si les femmes et jeunes filles concernées étaient suffisamment informées et avaient réellement consenti à une contraception.
L'absence ou l'insuffisance du consentement est d'une importance capitale. Un traitement médical exige fondamentalement que les personnes concernées soient informées du traitement et puissent y consentir de manière effective.
Un cas au contexte colonial
Le Groenland fait partie du Royaume du Danemark et jouit aujourd'hui d'une large autonomie. Jusqu'en 1992, la responsabilité de la santé au Groenland incombait toutefois au Danemark. La pratique contraceptive s'inscrit donc dans une période où d'importantes décisions concernant la population autochtone du Groenland étaient fortement influencées par les autorités danoises.
Ce cas est ainsi lié à l'histoire coloniale du Groenland et aux relations entre Copenhague et Nuuk. La question de l'étendue des interventions étatiques dans la vie de la population groenlandaise et l'importance des considérations démographiques font toujours partie du travail de clarification politique et historique.
Le Danemark a présenté ses excuses
En 2025, le Danemark a officiellement présenté ses excuses aux femmes et jeunes filles concernées. Ces excuses constituaient une étape supplémentaire dans l'examen des pratiques contraceptives de l'époque.
Avec la réglementation d'indemnisation désormais adoptée, l'État danois assume aussi une responsabilité financière. Cependant, le nouveau paiement ne peut annuler les interventions passées. Il ne répond pas non plus automatiquement à toutes les questions concernant la responsabilité individuelle, les conséquences sanitaires ou d'autres recours juridiques.
Pourquoi le terme «génocide» est juridiquement délicat
Dans le débat politique et public, la question a été soulevée à plusieurs reprises de savoir si cette pratique pourrait être qualifiée de génocide. Cependant, aucune conclusion juridique n'y est associée.
Le génocide est un crime défini de manière restrictive par le droit international. Sa qualification juridique dépend notamment des actes concrets et de l'intention sous-jacente. La réglementation d'indemnisation adoptée n'est donc pas une décision pénale ou de droit international déterminant si l'infraction de génocide a été commise.
La reconnaissance politique de l'injustice subie et l'évaluation juridique d'un éventuel génocide doivent être distinguées. Cette distinction est cruciale, surtout dans un cas aussi sensible historiquement et politiquement.
Une étape tardive du processus de clarification
Plusieurs décennies séparent les interventions de l'époque de la réglementation d'indemnisation actuelle. Seuls les témoignages des femmes concernées, l'enquête indépendante et la pression politique croissante ont conduit à une clarification approfondie des pratiques contraceptives.
Le paiement de 300'000 couronnes, désormais décidé, est une étape importante, mais il ne clôture pas nécessairement le débat sur cette affaire. Des questions ouvertes concernant la responsabilité individuelle, les conséquences sanitaires à long terme et d'éventuels autres droits légaux peuvent subsister indépendamment de l'indemnisation forfaitaire.
L'affaire montre également les conséquences que peuvent avoir les interventions étatiques sur l'autodétermination personnelle pendant des décennies. Pour les femmes concernées, la réglementation d'indemnisation représente avant tout une reconnaissance tardive de ce qu'elles ont subi.
Sources
- Ministère danois de la Santé et de l'Église: Adoption de la loi d'indemnisation, 27 août 2026
- Projet de loi danois sur la réglementation d'indemnisation
- Université du Groenland: Enquête indépendante sur l'affaire des stérilets
- Associated Press: Rapport sur les résultats de l'enquête indépendante
- Deutsche Welle: Rapport sur la décision parlementaire



