L'UEFA prépare une plainte pénale contre Infantino
Accusation de gestion déloyale selon l'article 158 du Code pénal suisse

La lutte de pouvoir entre l'UEFA et la FIFA s'intensifie. L'UEFA prépare une plainte pénale contre le président de la FIFA, Gianni Infantino, en Suisse. Au centre des discussions se trouve le plan avorté «Fifa Forward Enterprise» (FFE), qui visait à associer des investisseurs privés aux futurs revenus commerciaux des compétitions de la FIFA.
L'UEFA accuse Infantino, et potentiellement d'autres fonctionnaires et conseillers de la FIFA, d'une possible «gestion déloyale». Il s'agit de l'infraction prévue par l'article 158 du Code pénal suisse. Aucune plainte pénale n'a cependant été déposée jusqu'à présent. L'UEFA tente d'abord de sécuriser des documents et d'autres preuves aux États-Unis, qui pourraient être pertinents pour une éventuelle procédure en Suisse. (Reuters)
Plan d'un milliard controversé
Le projet «Fifa Forward Enterprise», révélé fin juillet, est au cœur de l'affaire. Il prévoyait la création d'une nouvelle filiale de la FIFA chargée de gérer les droits commerciaux des grands événements de la FIFA. Cela incluait notamment les Coupes du monde et d'autres compétitions.
Thrive Capital, du financier américain Joshua Kushner, était prévu comme un investisseur clé. Selon les documents disponibles, Thrive devait investir 4,2 milliards de dollars US pour une participation dans la nouvelle société. Les informations sur la participation exacte varient selon les sources: Associated Press mentionne 20 pour cent de la filiale, tandis que The Guardian rapporte 21 pour cent des futurs revenus de la FIFA. (AP) (The Guardian)
L'UEFA considère l'évaluation sous-jacente comme nettement trop basse. Dans un document de 56 pages de ses avocats, il est question d'une «valeur d'entreprise absurdement basse d'environ 20 milliards de dollars seulement». L'UEFA critique notamment le fait que l'évaluation n'ait apparemment pas été validée par une expertise indépendante ni par une procédure de concurrence ouverte. (The Guardian)
Accusation de gestion déloyale
Du point de vue de l'UEFA, la transaction envisagée pourrait être pénalement pertinente. Dans les documents judiciaires américains, les avocats de la fédération européenne de football expliquent qu'ils préparent une procédure pénale en Suisse contre Infantino et éventuellement d'autres fonctionnaires et conseillers de la FIFA pour «criminal mismanagement» (gestion déloyale) selon l'article 158 du Code pénal suisse.
L'article 158 du Code pénal suisse concerne la gestion déloyale. Est punissable en principe quiconque, étant chargé de gérer le patrimoine d'autrui, viole ses devoirs et cause un préjudice patrimonial. En cas d'intention d'enrichissement illégitime, la loi prévoit une peine privative de liberté allant jusqu'à cinq ans ou une amende. (Fedlex)
Les accusations de l'UEFA n'ont pas encore été établies judiciairement. En particulier, il n'est pas certain qu'une procédure pénale suisse sera ouverte et comment les autorités de poursuite pénales suisses évalueraient ces accusations.
L'UEFA recueille des preuves aux États-Unis
Avant de déposer une éventuelle plainte pénale en Suisse, l'UEFA tente de sécuriser des documents pertinents aux États-Unis. À cette fin, la fédération a déposé des requêtes auprès de tribunaux américains. Sont recherchés, entre autres, des documents et des témoignages liés à la création, la structuration, l'évaluation et la mise en œuvre prévue de la Fifa Forward Enterprise.
Les entités concernées incluent notamment des sociétés de la FIFA en Floride ainsi que le fonds d'investissement Thrive Capital. L'UEFA se base sur une procédure américaine qui permet de demander des preuves pour une procédure judiciaire ou d'enquête étrangère. (Reuters)
L'UEFA a ainsi engagé plusieurs démarches juridiques sans qu'une procédure pénale contre Infantino ne soit déjà publiquement connue en Suisse.
La FIFA a retiré le projet après les critiques
La FIFA avait présenté les plans pour la Fifa Forward Enterprise fin juillet. Il était prévu une participation d'investisseurs privés aux futurs revenus provenant des droits commerciaux de la fédération mondiale de football.
Le projet a rencontré une forte opposition, notamment de la part de l'UEFA. Les fédérations européennes craignaient que des actifs commerciaux clés de la FIFA puissent être cédés de manière permanente à des investisseurs privés. Le 1er août, Infantino a retiré le plan face aux critiques internationales. (AP)
L'UEFA ne considère cependant pas l'affaire comme close. Elle demande une enquête externe indépendante sur le projet et souhaite examiner davantage les processus décisionnels liés à son développement et son évaluation. (Reuters)
Menace de boycott suspendue pour l'instant
L'offensive juridique intervient peu après un apaisement provisoire dans le conflit entre les deux fédérations. L'UEFA avait auparavant menacé de retirer les équipes européennes des compétitions de la FIFA.
Cette menace de boycott a été provisoirement suspendue. Cela fait suite aux assurances de la FIFA que la Fifa Forward Enterprise a été définitivement abandonnée. Ainsi, les équipes européennes peuvent notamment participer à la Coupe du monde féminine U20 en Pologne. (Reuters)
Parallèlement, l'UEFA indique clairement que le conflit concernant la direction et la répartition du pouvoir au sein de la FIFA n'est pas terminé. La fédération compte examiner d'autres démarches politiques, juridiques et institutionnelles.
Infantino est toujours sous pression
Le conflit dépasse donc le projet milliardaire avorté. L'UEFA remet de plus en plus en question la structure de gouvernance de la FIFA et l'étendue du pouvoir de son président. Infantino vise un autre mandat; la prochaine élection présidentielle de la FIFA est prévue pour 2027.
L'UEFA ne cherche donc pas seulement à clarifier juridiquement les événements entourant la Fifa Forward Enterprise. Elle souhaite également obtenir le soutien des membres de la FIFA pour des changements au sein de la direction de la fédération.
Il n'est pas certain que les documents désormais sécurisés débouchent effectivement sur une plainte pénale en Suisse puis sur une procédure pénale. Il n'est pas non plus décidé à l'heure actuelle si les autorités de poursuite pénales suisses enquêteront contre Infantino ou d'autres responsables.
Une procédure suisse n'est pas encore prévisible
Pour la Suisse, l'affaire est pertinente surtout parce que l'UEFA y vise une éventuelle procédure pénale. Infantino a son domicile et son principal lieu de travail en Suisse en tant que président de la FIFA, tandis que des parties essentielles de la transaction prévue et de la collecte de preuves souhaitée sont liées aux États-Unis.
La prochaine étape concrète se situe donc d'abord aux États-Unis: l'UEFA souhaite obtenir l'accès à des documents qui, selon elle, peuvent fournir des informations sur la création et l'évaluation de la Fifa Forward Enterprise. Ce n'est qu'ensuite que la question se posera de savoir si et sous quelle forme l'UEFA déposera une plainte pénale en Suisse.
Jusqu'à cette date, ce qui suit s'applique: l'UEFA formule de graves accusations contre Infantino et d'autres responsables potentiels. Une culpabilité pénale n'est pas encore établie.
Sources
- The Guardian: L'UEFA hausse le ton avec une plainte pénale dans la bataille pour déloger Infantino, 27 août 2026
- Associated Press: L'UEFA prépare une plainte pénale devant les tribunaux suisses contre Infantino de la FIFA, 27 août 2026
- Reuters: L'UEFA demande à un tribunal américain des documents de la FIFA dans l'affaire suisse prévue contre Infantino, 27 août 2026
- Reuters: L'UEFA suspend la menace de boycott de la FIFA mais accentue la pression sur l'instance mondiale, 27 août 2026
- Fedlex: Code pénal suisse, Art. 158 – Gestion déloyale



