
La BNS face à un équilibre délicat: franc fort, pétrole et économie mondiale incertaine
Franc fort, prix du pétrole et droits de douane américains posent de nouveaux défis à la politique monétaire suisse.
Lausanne – La Banque Nationale Suisse fait face à un problème dont d'autres pays pourraient l'envier: l'inflation est faible. Très faible même. Mais ce n'est pas automatiquement une bonne nouvelle pour la BNS.
En effet, si les prix restent relativement stables dans le pays, l'économie suisse subit simultanément l'influence d'un franc fort, d'une grande incertitude économique mondiale, de nouvelles barrières commerciales et de prix de l'énergie fluctuants.
Petra Tschudin, membre de la Direction générale de la BNS, a esquissé les défis actuels le 31 août lors d'un événement de l'EPFL à Ecublens. Son message peut se résumer ainsi: la politique monétaire fonctionne – mais l'environnement est devenu plus imprévisible.
Le taux directeur est à zéro
La BNS a maintenu son taux directeur à 0 pour cent depuis juin 2026. La marge de manœuvre pour de nouvelles baisses de taux est ainsi pratiquement épuisée.
C'est une situation particulière pour la politique monétaire. Le taux directeur est l'instrument le plus important de la BNS. Par son biais, elle influence les coûts de financement en Suisse, l'octroi de crédits et, indirectement, le taux de change.
Avec un taux directeur à zéro pour cent, un autre instrument devient donc particulièrement important: le taux de change du franc. La BNS peut intervenir sur le marché des changes si nécessaire pour contrecarrer une appréciation rapide et excessive.
Le franc est fort – mais l'histoire est plus complexe
Le franc fort est une arme à double tranchant pour la Suisse.
Pour les consommateurs, un franc fort présente d'abord des aspects agréables. Les importations peuvent devenir moins chères, tout comme les vacances à l'étranger ou les achats dans les pays de la zone euro et du dollar.
Pour les entreprises qui vendent des biens à l'étranger, le calcul est différent. Les produits suisses deviennent plus chers pour les clients étrangers lorsque le franc s'apprécie par rapport à leur monnaie.
La BNS souligne cependant une différence importante: nominalement, le franc s'est apprécié depuis 2021. En termes réels et pondérés par les échanges commerciaux, son évolution a été nettement plus stable. Cela signifie que la compétitivité de l'économie suisse ne peut pas être déduite uniquement du taux de change par rapport à l'euro ou au dollar.
Un autre facteur s'ajoute: la Suisse a connu une inflation nettement plus faible que de nombreux autres pays ces dernières années. Une partie de l'appréciation nominale du franc reflète donc aussi l'évolution différente des prix.
Pour la Suisse, c'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle
Un franc fort réduit le coût des biens importés et freine ainsi l'inflation. Cela aide la BNS dans sa mission légale de garantir la stabilité des prix.
Dans le même temps, une monnaie forte peut freiner l'économie. Les entreprises axées sur l'exportation, en particulier, doivent faire face à une concurrence internationale plus rude.
C'est précisément là que réside le dilemme de la politique monétaire: ce qui est bon pour les consommateurs peut devenir un problème pour certaines parties de l'économie.
La BNS ne doit donc pas simplement essayer de maintenir le franc aussi faible que possible. Sa mission est la stabilité des prix. Le taux de change est à la fois un instrument important et un facteur que la Banque nationale doit prendre en compte dans ses décisions.
Puis vint le prix du pétrole
Une deuxième incertitude provient des marchés des matières premières.
L'escalade au Moyen-Orient a fait grimper les prix de l'énergie. La BNS avait déjà souligné en juin que l'augmentation de l'inflation suisse était alors principalement due à la hausse des prix des produits pétroliers.
Le problème pour la politique monétaire: la hausse du pétrole ne rend pas seulement l'essence et l'énergie de chauffage plus chères. Des coûts énergétiques plus élevés peuvent se propager à travers l'économie via le transport, la production et les services.
En même temps, des prix de l'énergie élevés affaiblissent le pouvoir d'achat des ménages. Ceux qui doivent payer plus cher le carburant, l'énergie ou certains biens ont moins d'argent pour d'autres dépenses.
La BNS doit donc surveiller simultanément deux évolutions: l'inflation augmente-t-elle de manière durable – ou s'agit-il seulement d'une poussée temporaire des prix de l'énergie?
L'inflation est pourtant loin d'une flambée incontrôlée des prix
Ici, la Suisse se distingue clairement de nombreux autres pays.
La BNS définit la stabilité des prix comme une augmentation de moins de deux pour cent, n'excluant pas une certaine inflation négative. Sa prévision d'inflation conditionnelle actuelle se situe dans la zone de stabilité des prix sur l'ensemble de la période de prévision.
En juin, la BNS prévoyait une inflation annuelle moyenne de 0,6 pour cent pour 2026, 0,6 pour cent pour 2027 et 0,7 pour cent pour 2028.
La présentation de Petra Tschudin fin août le confirme: la pression inflationniste à moyen terme n'a guère changé par rapport à la dernière évaluation de la situation. La BNS continue de tabler sur une inflation dans sa zone de stabilité des prix.
Il ne peut donc pas être question d'une nouvelle vague d'inflation actuellement.
Pourquoi la BNS ne baisse pourtant pas simplement les taux
Avec une économie faible et une inflation basse, une baisse des taux serait normalement une mesure évidente. Elle aurait tendance à rendre les crédits moins chers et à stimuler l'économie.
Mais le taux directeur de la BNS est déjà à zéro pour cent.
Un assouplissement supplémentaire serait donc plus difficile et devrait agir via d'autres instruments ou le taux de change. En même temps, une politique monétaire encore plus expansive pourrait renforcer certains risques.
C'est pourquoi la BNS maintient actuellement son orientation. Elle considère les conditions monétaires comme appropriées et souhaite continuer à observer la situation.
Qu'est-ce que cela signifie pour les Suisses?
La politique monétaire de la BNS semble d'abord être un sujet pour les banques, les bourses et les économistes. En réalité, elle a un impact sur la vie quotidienne.
Ceux qui ont une hypothèque surveillent les taux avec une attention particulière. Le taux directeur de la BNS influence les taux du marché monétaire à court terme et donc, en particulier, les coûts de financement des hypothèques du marché monétaire. Les hypothèques à taux fixe dépendent davantage des attentes concernant les taux futurs et des marchés des capitaux.
Ceux qui ont de l'argent sur un compte d'épargne ressentent l'autre aspect de la politique de taux zéro. Les banques ont moins d'incitation à offrir des taux d'intérêt élevés sur l'épargne. Pour les épargnants, cela signifie que le rendement des dépôts bancaires classiques reste généralement faible.
Ceux qui voyagent à l'étranger peuvent, en revanche, profiter du franc fort. Un euro ou un dollar coûte comparativement peu de francs, ce qui peut rendre les vacances et certains achats à l'étranger moins chers.
Ceux qui travaillent dans l'industrie exportatrice peuvent vivre la situation de manière tout à fait différente. Un franc fort peut peser sur la compétitivité des entreprises suisses. Cela peut influencer les investissements, les marges et, à long terme, l'emploi.
Et pour tous les ménages: une inflation stable protège le pouvoir d'achat. Si les prix n'augmentent que lentement, le revenu perd moins rapidement de sa valeur.
Les États-Unis jouent aussi un rôle dans la politique monétaire suisse
La Suisse ne peut pas considérer sa politique monétaire de manière totalement indépendante de l'économie mondiale.
Les États-Unis et l'Europe sont particulièrement importants. Si l'inflation y évolue de manière significativement différente de celle en Suisse, les différentiels de taux d'intérêt internationaux changent. Cela peut à son tour influencer les flux de capitaux et les taux de change.
La BNS souligne en outre les effets de la politique commerciale américaine. Des droits de douane américains élevés et l'incertitude associée peuvent peser sur le commerce mondial et ainsi affecter également l'économie d'exportation suisse. Simultanément, les exportations suisses se sont redressées après une nette baisse en 2025.
C'est particulièrement pertinent pour la Suisse, car elle dépend fortement du commerce international.
La BNS a encore un instrument en réserve
Si le franc s'appréciait soudainement de manière significative, la Banque nationale pourrait intervenir sur le marché des changes.
En termes simplifiés: la BNS peut acheter des devises étrangères et ainsi vendre des francs. Elle peut ainsi contrecarrer la pression à l'appréciation.
Elle a déjà utilisé cet instrument au cours des dernières années et se réserve expressément cette possibilité aujourd'hui encore.
Mais les interventions ne sont pas un passe-partout. La BNS doit évaluer précisément quand une intervention est judicieuse. Une réaction trop forte ou durablement erronée pourrait créer de nouveaux problèmes.
La prochaine décision sur les taux sera donc observée de près
La prochaine évaluation de la situation monétaire montrera si l'estimation de la BNS a changé. L'évolution future de l'inflation, des prix de l'énergie, du franc et de l'économie mondiale sera notamment déterminante.
En tout état de cause, une hausse automatique des taux ne peut être déduite des déclarations actuelles de la BNS. Il n'y a pas non plus de signal pour une baisse imminente.
Le message est plutôt le suivant: la Banque nationale veut se garder toutes les options ouvertes.
Un équilibre inhabituellement difficile
La Suisse se trouve donc dans une situation particulière. L'inflation est basse, le franc est fort, les taux sont à zéro – et en même temps, les risques externes sont considérables.
Pour la BNS, cela signifie qu'elle doit veiller à ne pas réagir à un problème unique tout en en aggravant un autre.
Un franc plus fort peut freiner l'inflation, mais peser sur les exportateurs. Des prix du pétrole plus élevés peuvent stimuler l'inflation, mais affaiblir simultanément le pouvoir d'achat des ménages. Des taux bas soutiennent l'économie, mais n'aident pas nécessairement les épargnants.
C'est précisément pourquoi la politique monétaire actuelle est moins une question de bon bouton que de bon moment.
Pour les Suisses, cela signifie avant tout une chose: le calme actuel de l'inflation est une bonne nouvelle. Mais il n'est pas garanti. La BNS doit simultanément surveiller le franc, les prix de l'énergie, les conflits commerciaux internationaux et la conjoncture.
Tant que l'inflation reste faible, il n'y a pas de raison immédiate pour un changement de cap brutal. Cependant, si l'environnement devait changer de manière significative, le franc pourrait de nouveau devenir plus central – et avec lui la question de savoir si la BNS doit intervenir sur le marché des changes.
La prochaine décision sur les taux sera donc importante non seulement pour les marchés financiers. Elle concerne indirectement aussi les hypothèques, les taux d'épargne, la consommation, les exportations et donc le quotidien économique en Suisse.
Sources
- Banque Nationale Suisse (BNS): «Current challenges of monetary policy», Petra Tschudin, 31 août 2026
- Banque Nationale Suisse: Évaluation de la situation monétaire du 18 juin 2026
- Banque Nationale Suisse: Entretien avec Petra Tschudin, 24 août 2026



