Saxe-Anhalt vote: L'intérêt suisse pour un succès de l'AfD
Les implications du scrutin du 6 septembre pour l'Allemagne, la guerre en Ukraine et le débat sur la neutralité.

C'est une élection dans un Land allemand, mais la Suisse observe tout de même la Saxe-Anhalt. Le 6 septembre, cet État de l'Est de l'Allemagne élit son nouveau Parlement régional. Selon les derniers sondages, l'AfD devance clairement la CDU. L'enjeu ne concerne pas uniquement la politique locale. Le scrutin sert aussi de baromètre pour l'évolution politique en Allemagne de l'Est et pourrait avoir des répercussions au-delà de la Saxe-Anhalt.
Le moment est particulièrement intéressant: seulement trois semaines plus tard, la Suisse votera sur l'initiative pour la neutralité. Il n'y a pas de lien politique direct entre les deux scrutins. Cependant, des questions qui dominent la campagne électorale en Allemagne jouent aussi un rôle en Suisse: Comment un État européen doit-il gérer la guerre en Ukraine? Jusqu'où doit aller la coopération avec d'autres pays? Et quelle est l'importance de la neutralité dans un monde devenu plus incertain?
L'AfD devance la CDU
La situation initiale en Saxe-Anhalt est exceptionnellement claire. Lors du dernier sondage représentatif d'Infratest dimap pour le compte de l'ARD, MDR, Mitteldeutscher Zeitung et Volksstimme, l'AfD a atteint 42 pour cent. La CDU du ministre-président Sven Schulze était à 22 pour cent. Suivaient la Linke avec 11 pour cent, le SPD avec 8 pour cent et les Verts avec 6 pour cent. BSW et FDP étaient en dessous du seuil de cinq pour cent.
Un sondage du Forschungsgruppe Wahlen pour la ZDF plaçait également l'AfD en tête, mais avec un score légèrement inférieur de 40 pour cent contre 23 pour cent pour la CDU. Les sondages sont des instantanés et non des résultats électoraux. Les choses peuvent encore bouger jusqu'au 6 septembre.
Néanmoins, la situation politique de départ est claire: l'AfD aborde la dernière ligne droite comme la force la plus importante. Cependant, une majorité absolue n'est pas en vue selon les sondages.
Une victoire électorale ne signifierait pas encore un gouvernement AfD
C'est précisément là que réside une différence importante entre un résultat électoral solide et une réelle responsabilité gouvernementale. Même si l'AfD devient le parti le plus fort dimanche, elle devrait organiser une majorité au Parlement régional pour former un gouvernement.
Les autres grands partis ont exclu toute collaboration avec l'AfD. En même temps, former un gouvernement sans l'AfD serait difficile compte tenu des rapports de force actuels. Selon le dernier sondage, la CDU dépendrait de plusieurs partenaires pour obtenir une majorité sans l'AfD.
La Saxe-Anhalt pourrait ainsi faire face à une formation de gouvernement compliquée. Divers modèles de coalition ou de minorité seraient possibles. Le résultat réel le soir de l'élection sera donc plus important que les pourcentages actuels à eux seuls.
Pourquoi l'élection est importante pour Berlin
L'importance politique dépasse néanmoins Magdebourg. Un très bon résultat pour l'AfD augmenterait la pression sur la politique fédérale. Le parti pourrait présenter son succès comme la preuve que ses positions politiques rencontrent l'approbation d'une grande partie de la population.
La migration, le développement économique et la gestion de la guerre en Ukraine sont particulièrement controversés. L'AfD défend une ligne nettement différente de celle du gouvernement fédéral concernant la Russie et exige, entre autres, la fin du soutien à l'Ukraine.
L'élection servira donc aussi de test pour évaluer la force de telles positions dans un Land d'Allemagne de l'Est. Cependant, cela n'entraîne pas automatiquement un changement de la politique allemande envers l'Ukraine ou la Russie. Un Land ne peut pas déterminer à lui seul la politique étrangère et de sécurité allemande. Une victoire électorale peut toutefois modifier le débat politique intérieur et accroître la pression sur le gouvernement fédéral.
L'AfD se tourne aussi vers la Suisse
Il existe un lien inhabituel avec la Suisse concernant la démocratie directe. L'AfD milite depuis des années pour des votations populaires sur le modèle suisse. Le parti voit dans les droits populaires suisses un exemple de la manière dont les citoyens peuvent influencer directement les décisions politiques.
La Suisse sert ainsi d'exemple politique à l'AfD. Cependant, le système suisse ne peut pas être simplement transposé en Allemagne. La Suisse dispose d'une interaction historiquement développée entre initiative populaire, référendum, parlement et gouvernement de concordance. Il ne s'agit donc pas seulement de la possibilité de voter plus souvent, mais d'un système politique globalement différent.
L'AfD se réfère aux droits populaires suisses, mais n'adopte pas automatiquement l'ensemble du modèle suisse.
Et puis il y a l'initiative sur la neutralité
Pour la Suisse, l'élection allemande est également intéressante car le 27 septembre 2026, l'initiative populaire «Pour la sauvegarde de la neutralité suisse» sera soumise au vote.
L'initiative demande une interprétation plus stricte de la neutralité suisse. Il devrait être stipulé dans la Constitution fédérale, entre autres, que la neutralité est perpétuelle et armée. La Suisse ne devrait adhérer à aucune alliance militaire ou de défense, ni coopérer avec une telle alliance, sauf en cas d'attaque militaire ou d'attaque directement préparée.
Une autre exigence est particulièrement pertinente pour le conflit ukrainien: la Suisse ne devrait en principe pas prendre de sanctions contre les États belligérants. Les exceptions seraient les sanctions de l'ONU ainsi que les mesures contre leur contournement.
Cela modifierait considérablement la marge de manœuvre actuelle de la Suisse. Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l'initiative. La neutralité suisse actuelle permet à la Suisse d'adopter des sanctions sous certaines conditions. Après l'attaque russe contre l'Ukraine, la Suisse a largement repris les sanctions de l'UE contre la Russie.
Cassis: «Notre neutralité fonctionne»
Le Conseiller fédéral Ignazio Cassis défend l'interprétation actuelle de la neutralité. Lors d'un discours en juin, il a déclaré:
«Notre neutralité fonctionne. C'est pourquoi nous n'avons pas besoin de la réinventer.»
Cassis soutient que la neutralité n'est pas un ensemble de règles rigides, mais un instrument de la politique étrangère et de sécurité suisse. C'est précisément parce que la situation internationale évolue que la Suisse doit rester capable d'agir.
Lors du lancement de la campagne de votation en août, le Conseil fédéral a réaffirmé cette position. Selon son évaluation, l'initiative limiterait la flexibilité de la Suisse en matière de sécurité et de coopération internationale.
Quel est le lien avec la Saxe-Anhalt?
À première vue, peu de choses. La Saxe-Anhalt décide d'un Parlement régional, la Suisse d'une modification constitutionnelle. Les systèmes politiques sont également totalement différents.
C'est plutôt la proximité temporelle et politique des débats qui est intéressante. En Allemagne, il est question des relations avec la Russie, du soutien à l'Ukraine, de la migration et de la mesure dans laquelle les décisions politiques doivent être influencées par les partis établis ou par la volonté populaire. En Suisse, quelques semaines plus tard, il s'agira également des conséquences de l'évolution de l'environnement sécuritaire européen.
Toutefois, une influence directe de l'élection en Saxe-Anhalt sur le vote suisse relèverait de la spéculation. Les électeurs suisses ne décident pas quel parti gagne en Saxe-Anhalt. Inversement, le résultat à Magdebourg n'a pas d'effet juridique immédiat sur la neutralité suisse.
Qu'est-ce que cela signifie pour la Suisse?
À court terme, peu de choses – l'évolution politique reste néanmoins pertinente. Un résultat électoral en Saxe-Anhalt ne modifie ni la neutralité suisse ni la politique étrangère allemande directement. Il peut cependant montrer à quel point des positions qui défendent une autre approche envers la Russie, l'Ukraine, la migration et les institutions politiques établies gagnent en approbation.
L'Allemagne est un voisin et partenaire économique important pour la Suisse. Les changements politiques chez le voisin du nord sont donc suivis attentivement à Berne. Cela est particulièrement vrai lorsqu'ils concernent des questions qui préoccupent les deux pays: la sécurité en Europe, les relations avec la Russie, la migration ou les relations avec l'UE.
En même temps, l'observation de la Saxe-Anhalt montre à quel point la guerre en Ukraine a modifié la politique intérieure européenne. En Allemagne, on débat de l'aide militaire, des dépenses de défense et des relations avec la Russie. En Suisse, la question centrale est de savoir jusqu'où un pays neutre doit aller en matière de sanctions et de coopération internationale.
Les deux débats ont donc un fond commun, mais des conséquences politiques différentes.
Le 6 septembre sera décisif
Il reste à savoir comment la Saxe-Anhalt votera réellement. Les sondages actuels indiquent une nette avance de l'AfD, mais ne garantissent ni une victoire électorale, ni encore moins la prise du gouvernement.
Si l'AfD devait réellement remporter un succès historique, la discussion irait au-delà de la question de savoir qui gouvernera Magdebourg à l'avenir. La question se poserait alors de savoir à quel point le paysage politique en Allemagne de l'Est a changé – et quelle pression cela exerce sur la politique fédérale à Berlin.
Pour la Suisse, une autre question demeure: dans quelle mesure le débat européen sur la guerre, la sécurité et les sanctions influencera-t-il également son propre débat sur la neutralité? La réponse ne viendra pas de Saxe-Anhalt. Elle sera donnée le 27 septembre par le peuple suisse.
Sources
- MDR – sondages actuels et informations sur l'élection régionale en Saxe-Anhalt
- Forschungsgruppe Wahlen / ZDF – sondage électoral Saxe-Anhalt
- Reuters – reportage sur la situation politique en Saxe-Anhalt
- SWI swissinfo.ch – AfD et démocratie directe sur le modèle suisse
- Conseil fédéral / admin.ch – informations sur la votation populaire du 27 septembre 2026
- DFAE / Conseil fédéral – informations sur l'initiative pour la neutralité et la position d'Ignazio Cassis



