Cassis mise sur le dialogue à la tête de l'OSCE malgré de profondes divergences
À Berne, le Conseiller fédéral rappelle le processus d'Helsinki de 1975. La Suisse souhaite maintenir l'OSCE comme plateforme de dialogue et de coopération, même en période de confrontation géopolitique.

L'OSCE doit rester opérationnelle malgré les divergences
La Suisse assure la présidence de l'OSCE en 2026. Le Conseiller fédéral Ignazio Cassis dirige ainsi une organisation dont les États participants sont profondément divisés sur des questions centrales de sécurité européenne.
Le 3 septembre, Cassis a évoqué lors d'une conférence à Berne la genèse de l'OSCE et l'importance du processus d'Helsinki aujourd'hui. L'événement «De Genève à Helsinki: genèse et objectif principal de l'OSCE» a été co-organisé avec le Centre de recherche Dodis.
Cassis n'a pas utilisé cette rétrospective historique pour embellir le passé. Au contraire: l'Acte final d'Helsinki de 1975 n'est pas né entre amis, mais entre adversaires. C'est précisément pourquoi il y voit une leçon pour la situation actuelle.
«La coopération n'exige pas l'accord»
Cassis a formulé son message central en anglais: «Cooperation does not require agreement. It requires the willingness to keep talking despite disagreement.»
Pour lui, la coopération ne signifie pas surmonter les divergences politiques ou minimiser les conflits. L'OSCE doit plutôt rester un lieu où les différences peuvent être gérées, les risques réduits et la transparence accrue. Si des opportunités politiques se présentent, l'organisation pourra aussi aider à préparer des accords.
C'est précisément là que Cassis voit l'importance actuelle de l'OSCE. Si la confrontation est revenue en Europe, il en va de même pour l'objectif initial de l'organisation.
Le budget prouve que la coopération reste possible
Cassis peut appuyer son argumentation sur un exemple concret de cette année. Après plusieurs années de blocage politique, les 57 États participants se sont entendus sur le budget de l'OSCE pour 2026.
Cet accord a mis fin à cinq années de stagnation. Le budget a été simultanément nettement réduit. Par rapport au budget approuvé en 2021, l'enveloppe financière a diminué d'environ dix pour cent, pour atteindre environ 123 millions d'euros.
Ces coupes budgétaires ont des conséquences pour l'organisation. Plus de 100 des quelque 2000 collaborateurs devront quitter l'OSCE. Parallèlement, les missions principales de l'organisation devraient être maintenues.
Pour Cassis, l'accord budgétaire ne prouve donc pas que les conflits politiques sont résolus. Il montre plutôt qu'une décision commune reste possible même dans des conditions difficiles.
L'OSCE n'est pas une organisation sans conflits
L'OSCE se distingue ainsi d'une alliance classique. Ses 57 États participants s'étendent de l'Amérique du Nord à l'Asie centrale, en passant par l'Europe. Ils comprennent aussi bien des États membres de l'OTAN et de l'UE que la Russie et d'autres États de l'espace de l'OSCE.
Les décisions sont prises en principe par consensus. Cela peut rendre l'organisation inopérante si certains États bloquent des résolutions clés. En même temps, cette procédure contraint les États participants à négocier entre eux, même dans des conditions difficiles.
Cassis ne considère pas cette contradiction comme une simple faiblesse. La nécessité du consensus peut aussi être une force, car elle impose le dialogue entre des États qui, autrement, ne se parleraient guère.
Helsinki est aussi né entre adversaires
Le retour sur 1975 est donc central pour l'argumentation de Cassis. L'Acte final d'Helsinki a été négocié pendant la Guerre froide. Les États participants s'opposaient parfois de manière irréconciliable sur les plans politique et militaire.
Ils sont néanmoins parvenus à établir des principes communs pour la sécurité européenne. Ceux-ci incluaient notamment le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, le règlement pacifique des différends et le respect des droits humains et des libertés fondamentales.
Cassis ne veut pas en tirer un parallèle direct avec la situation actuelle. Sa conclusion est plus fondamentale: même dans une phase de grande confrontation, il peut être judicieux de maintenir ouverts les canaux de dialogue institutionnels.
La Suisse veut utiliser ce rôle de pays président
Pour la Suisse, cette approche est particulièrement pertinente. Elle assure la présidence de l'OSCE en 2026 pour la troisième fois, après 1996 et 2014. Les priorités officielles incluent les principes d'Helsinki, y compris la diplomatie multilatérale, les développements technologiques, la démocratie et les droits humains, ainsi que la capacité d'action de l'organisation.
En tant que pays président, la Suisse assure la direction politique de l'organisation, promeut le dialogue sur la sécurité et soutient les efforts de résolution et de gestion des conflits.
Cassis souligne à cet égard l'importance de l'expérience suisse en matière de dialogue et de médiation. La Suisse peut utiliser son rôle de pays président pour maintenir les canaux de discussion ouverts et rapprocher des positions divergentes.
Cela ne signifie cependant pas que la Suisse peut automatiquement servir de médiateur entre toutes les parties en conflit. La présidence suisse confère à Cassis une influence politique sur l'ordre du jour et la conduite des discussions, mais pas la capacité d'imposer unilatéralement les décisions des 57 États participants.
La neutralité seule ne suffit pas
La neutralité suisse peut être un avantage pour la présidence, mais elle ne remplace pas les majorités politiques. Cassis peut faciliter les discussions et mettre des sujets à l'ordre du jour. La concrétisation d'accords dépend finalement des États participants eux-mêmes.
C'est précisément pourquoi la capacité d'action de l'OSCE est l'une des cinq priorités suisses. La Suisse veut préserver les instruments fondamentaux de l'organisation – y compris ses missions et l'observation des élections – et en assurer le financement.
La présidence suisse navigue ainsi entre deux missions: maintenir la cohésion politique de l'organisation tout en reconnaissant que ses membres restent très éloignés sur des questions centrales.
Dialoguer ne signifie pas approuver
Le message de Cassis ne s'adresse donc pas uniquement à l'OSCE en tant qu'institution. Il décrit également une limite à la coopération diplomatique: dialoguer ne signifie pas que les États doivent abandonner leurs positions.
L'OSCE ne peut pas résoudre les conflits seule. Elle peut cependant offrir un espace où les États peuvent discuter malgré leurs divergences. C'est cette fonction que Cassis considère comme cruciale.
Sa formule n'est donc pas que les États participants doivent à nouveau s'entendre. Ce qui est décisif, c'est plutôt que la possibilité de dialogue soit maintenue au cas où une fenêtre politique pour des négociations s'ouvrirait un jour.
La question clé est de maintenir la table du dialogue
La présidence suisse de l'OSCE est donc face à un difficile exercice d'équilibre. L'organisation doit rester opérationnelle, bien que ses États participants poursuivent des intérêts opposés sur de nombreuses questions. Simultanément, la Suisse doit apporter ses propres priorités sans confondre son rôle de pays président avec celui d'un acteur de conflit.
L'accord budgétaire de 2026 montre que des décisions communes sont possibles, même après des années de blocage. Cependant, il ne résout pas les conflits politiques au sein de l'OSCE.
C'est précisément là que réside l'importance du message de Cassis depuis Berne: L'OSCE n'a pas besoin de rétablir l'unanimité pour être utile. Elle doit avant tout veiller à ce que le dialogue ne s'interrompe pas.
La viabilité de cette approche dans les mois à venir dépendra de la capacité de la Suisse à maintenir réellement les canaux de discussion tout en réalisant des progrès concrets sur la capacité d'action de l'organisation.
Sources
- Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Conférence de l'OSCE à Berne et discours du Conseiller fédéral Ignazio Cassis, 3 septembre 2026.
- DFAE, Présidence suisse de l'OSCE 2026.
- OSCE, Informations sur la présidence suisse 2026 et les priorités de la Suisse.
- OSCE, Décision concernant le budget 2026.



