Étranger08:15 hJournalPlus RedaktionTemps de lecture: 9 min0 commentaires

Colonies israéliennes: Quelle est la position de la Suisse sur les restrictions commerciales?

Douze États souhaitent restreindre le commerce de biens issus des colonies israéliennes ou soutenir des mesures européennes correspondantes. La Suisse condamne la colonisation mais n'est pas encore allée aussi loin en matière de politique commerciale.

Olivenhaine liegen vor einer wachsenden Siedlung aus modernen Gebäuden auf trockenen Hügeln.
KI-generiert mit OpenAI

Douze États accentuent la pression

La déclaration commune du 8 septembre est politiquement claire, mais les étapes individuelles ne sont pas identiques sur les plans juridique et commercial.

Le Canada, le Danemark, la Finlande, la France, l'Islande, l'Irlande, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l'Espagne, la Suède et le Royaume-Uni y déclarent leur intention d'introduire des restrictions nationales sur le commerce de biens issus des colonies israéliennes et/ou de soutenir des restrictions européennes. Ils notent également que certains États examinent encore les mesures correspondantes.

Le Royaume-Uni, la France et le Canada ont expressément annoncé des mesures nationales dans la déclaration. Ils rejoignent ainsi des États ayant déjà pris des dispositions contre le commerce de produits issus des colonies. La déclaration commune mentionne notamment l'Irlande, l'Espagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Belgique.

Les douze gouvernements justifient leur démarche par l'expansion croissante des colonies et l'escalade de la violence des colons en Cisjordanie, selon leur point de vue. Le projet de colonisation dans la zone E1 est particulièrement controversé; son développement futur, selon les signataires, mettrait davantage en péril la perspective d'une solution à deux États.

Il ne s'agit pas d'un embargo général contre Israël

Les mesures envisagées visent explicitement les produits provenant des colonies israéliennes dans les territoires occupés. Elles sont donc à distinguer d'un boycott commercial général contre Israël.

Cette distinction est également cruciale en droit international et en politique commerciale. Israël, dans ses frontières internationalement reconnues, et les territoires occupés depuis 1967 sont traités différemment sur le plan juridique par de nombreux États.

Les douze pays justifient leur initiative par l'objectif de protéger la solution à deux États et de prévenir une nouvelle expansion des colonies. Ils demandent simultanément au gouvernement israélien d'arrêter l'expansion des colonies et de lutter contre la violence des colons.

Le Royaume-Uni va particulièrement loin

Le Royaume-Uni fait partie des États qui annoncent désormais des mesures nationales concrètes. Londres souhaite interdire le commerce de biens issus des colonies israéliennes en Cisjordanie.

La France et le Canada ont également annoncé des interdictions nationales. Les détails des réglementations respectives et leur calendrier de mise en œuvre diffèrent cependant.

La France avait auparavant insisté sur une solution européenne commune. Une réglementation à l'échelle de l'UE n'ayant pas encore abouti, certains États se tournent désormais davantage vers des mesures nationales.

L'UE reste bloquée sur une interdiction commune

Même au sein de l'Union européenne, la question fait débat depuis des mois. L'UE traite déjà différemment les produits des colonies israéliennes et ceux d'Israël: les produits des colonies ne bénéficient pas d'un traitement préférentiel en vertu de l'accord UE-Israël.

Toutefois, une interdiction d'importation totale est différente. Une telle réglementation commune de l'UE n'existe pas encore. Début septembre, la Haute Représentante de l'UE aux affaires étrangères, Kaja Kallas, a déclaré qu'il n'y avait pas de consensus parmi les États membres sur la question d'une interdiction.

Cela crée une situation inhabituelle: plusieurs États de l'UE avancent au niveau national, tandis qu'une réglementation commune au niveau européen n'est toujours pas adoptée.

Quelle est la position de la Suisse?

La Suisse ne fait pas partie de la nouvelle déclaration des douze États. Elle n'a pas non plus encore décrété d'interdiction générale d'importation pour les biens issus des colonies israéliennes.

Politiquement, la position de Berne face à la colonisation est cependant claire. Le Département fédéral des affaires étrangères qualifie la construction de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés de contraire au droit international et soutient toujours la solution à deux États.

La Suisse adopte néanmoins une approche commerciale plus nuancée que ce que le débat actuel pourrait laisser penser.

Les produits des colonies ne bénéficient pas de préférences douanières en Suisse

Les marchandises provenant des territoires palestiniens occupés – y compris celles des colonies israéliennes en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et sur les hauteurs du Golan – ne bénéficient pas d'un traitement préférentiel en Suisse en vertu de l'accord de libre-échange entre les États de l'AELE et Israël.

Concrètement, cela signifie que pour ces marchandises, les importateurs ne peuvent pas simplement revendiquer les avantages douaniers applicables aux marchandises d'origine préférentielle israélienne.

Les autorités douanières suisses effectuent cette distinction sur la base des indications concernant le lieu de production. Des listes et des procédures de vérification existent pour certains lieux et zones industrielles dans les territoires occupés.

Ceci n'est cependant pas une interdiction d'importation. Les marchandises issues des colonies israéliennes peuvent en principe toujours entrer en Suisse. Elles ne bénéficient simplement pas du traitement douanier préférentiel prévu pour les marchandises d'origine israélienne provenant des frontières reconnues.

La Suisse prend également ses distances avec les activités de colonisation en droit international

La position suisse ne se limite pas aux questions douanières. Dans une analyse du DFAE sur la situation juridique après l'avis consultatif de la Cour internationale de Justice de 2024, la Suisse affirme ne pas soutenir les activités économiques et financières liées aux colonies israéliennes dans les territoires occupés.

Le DFAE y déclare en outre que la Suisse dissuade les personnes physiques et morales de soutenir les activités de colonisation.

L'analyse note simultanément que l'accord de libre-échange entre les États de l'AELE et Israël s'applique au territoire israélien dans les limites de 1967. Il n'existe donc pas de régime préférentiel suisse correspondant pour les territoires occupés.

La différence avec une interdiction d'importation

C'est précisément là que réside la différence cruciale entre la politique suisse actuelle et les mesures désormais annoncées par certains États.

La Suisse dit, en simplifiant: les produits des colonies ne doivent pas bénéficier des avantages douaniers de l'accord de libre-échange avec Israël.

Une interdiction d'importation irait nettement plus loin: certaines marchandises ne pourraient plus être importées du tout.

La nouvelle initiative internationale vise cette deuxième étape dans plusieurs pays. Berne doit donc maintenant se demander si la différenciation actuelle est suffisante ou si des mesures commerciales supplémentaires sont nécessaires.

Pourquoi la Suisse n'a pas encore suivi le mouvement

Une explication réside dans la politique commerciale suisse. La Suisse n'est ni membre de l'UE ni liée par sa politique commerciale commune. Une réglementation de l'UE ne s'appliquerait donc pas automatiquement à la Suisse.

Parallèlement, Berne dispose déjà d'un instrument pour distinguer les marchandises d'Israël de celles des territoires occupés: les règles relatives à l'origine préférentielle.

Une interdiction d'importation supplémentaire serait donc une décision politique indépendante. Elle n'étendrait pas simplement une règle douanière suisse existante de manière technique, mais créerait une nouvelle restriction de droit commercial.

La question d'une interdiction suisse reste ouverte

Il n'est pas actuellement connu si le Conseil fédéral envisage ses propres mesures en réaction à l'initiative des douze États.

La position actuelle du DFAE ne permet pas de conclure que Berne décidera immédiatement d'une interdiction d'importation. La Suisse a condamné à plusieurs reprises la colonisation sur le plan politique et a déjà clairement distingué les activités économiques liées aux colonies de ses relations normales avec Israël.

Une interdiction commerciale totale constituerait donc une nouvelle étape dans la politique suisse. Elle devrait être justifiée politiquement et juridiquement, puis mise en œuvre en conséquence.

Pourquoi la pression monte précisément maintenant

L'initiative actuelle des douze États intervient dans un contexte de critique internationale croissante de la politique de colonisation d'Israël.

Dans leur déclaration commune, les gouvernements se réfèrent à une situation, selon eux, fortement aggravée en Cisjordanie. Ils mentionnent notamment l'expansion des colonies, l'escalade de la violence des colons et les appels d'offres prévus pour le projet E1.

Pour les signataires, il ne s'agit donc pas uniquement de questions commerciales. Ils considèrent les restrictions économiques comme un instrument pour entraver l'expansion des colonies et maintenir la perspective d'une solution à deux États.

Pour la Suisse, la délimitation devient plus importante

Cette évolution place Berne devant un arbitrage politique. D'une part, la Suisse défend une position claire contre la colonisation et en faveur d'une solution à deux États. D'autre part, elle distingue, dans ses instruments de politique commerciale, entre le territoire de l'État d'Israël et les territoires occupés.

Cette différenciation pourrait être davantage mise sous pression dans les prochains mois si d'autres États européens introduisent des interdictions nationales.

Parallèlement, une interdiction d'importation suisse devrait non seulement être décidée politiquement, mais aussi mise en œuvre concrètement. Cela nécessiterait un contrôle fiable de l'origine des marchandises. C'est précisément cette question qui joue déjà un rôle central dans les règles existantes relatives aux préférences douanières.

Ce qui changerait pour les consommateurs et entreprises suisses

Pour les consommateurs suisses, une éventuelle interdiction d'importation ne devrait affecter économiquement qu'une partie limitée de l'ensemble du commerce de marchandises avec Israël, car elle ciblerait spécifiquement les produits des colonies.

Pour les entreprises, en revanche, le contrôle d'origine serait crucial. Les importateurs devraient être en mesure de prouver où un produit a réellement été fabriqué. Pour les marchandises dont la chaîne de production couvre plusieurs sites, la détermination de l'origine peut être complexe.

C'est précisément pourquoi les règles suisses existantes en matière d'origine et de douane sont pertinentes pour le débat actuel: elles montrent que la Suisse distingue déjà entre le territoire de l'État israélien et les territoires occupés.

La Suisse n'est pas confrontée au choix entre «ne rien faire» et «interdiction d'importation»

Le débat actuel est parfois présenté comme une opposition entre les États qui agissent contre les produits des colonies et les pays qui ne font rien. Cette présentation est trop simpliste pour la Suisse.

Berne a déjà sa propre politique: les activités de colonisation ne sont pas soutenues, les produits des colonies ne bénéficient d'aucune préférence douanière dans le cadre de l'accord AELE-Israël, et la Suisse s'en tient à l'objectif d'une solution à deux États.

La question ouverte n'est donc pas de savoir si la Suisse fait une distinction entre Israël et les territoires occupés. Elle le fait déjà.

La vraie question est de savoir si Berne veut franchir la prochaine étape et transformer la différenciation douanière actuelle en une véritable interdiction d'importation pour les produits des colonies.

La pression internationale modifie la donne

Avec la déclaration des douze États, le débat politique se déplace. Le Royaume-Uni, la France et le Canada veulent introduire des interdictions nationales, tandis que d'autres États examinent ou soutiennent des mesures correspondantes. Parallèlement, une solution commune de l'UE reste bloquée.

La Suisse n'est pas tenue d'y participer automatiquement. Elle n'est ni membre de l'UE ni signataire de la déclaration.

Cependant, sa politique actuelle est déjà plus étroitement alignée sur le droit international que ne le laisserait supposer un «non» général aux restrictions commerciales.

Il est incertain si cela débouchera à l'avenir sur une interdiction d'importation complète. Mais une chose est claire: la question du traitement des marchandises issues des colonies israéliennes devient également plus difficile politiquement pour Berne.

Sources

  • Déclaration commune des ministres des Affaires étrangères du Canada, du Danemark, de la Finlande, de la France, de l'Islande, de l'Irlande, de la Norvège, de la Pologne, du Portugal, de l'Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni, 8 septembre 2026.
  • Département fédéral des affaires étrangères (DFAE): Analyse de la situation juridique suite à l'avis consultatif de la Cour internationale de Justice du 19 juillet 2024.
  • Office fédéral des douanes et de la sécurité des frontières (OFDF): Règles d'origine préférentielle et marchandises des territoires palestiniens occupés.
  • Commission européenne: Arrangement technique UE-Israël et traitement des marchandises issues des colonies israéliennes.
  • Département fédéral des affaires étrangères: Position suisse sur la situation au Proche-Orient.

Partager l’article

Signaler une erreur dans l'article

Merci pour votre signalement. Veuillez décrire l'erreur aussi précisément que possible.

PNG, JPG ou WebP, max. 5 Mo

Commentaires

Connectez-vous pour participer à la discussion.

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à écrire.