
Fonds pour l'armée: Dettes prévues, recettes incertaines
La commission du Conseil des États réduit la TVA prévue, mais double l'enveloppe de crédit. Le fonds est plus concret politiquement, mais son financement reste incertain.
Le consensus politique porte actuellement sur les dépenses: la Suisse doit renforcer rapidement sa capacité de défense. Comment financer de manière fiable les 24 milliards de francs prévus reste toutefois ouvert. La Commission de la politique de sécurité du Conseil des États a proposé un modèle. Celui-ci repose en partie sur des recettes dont le montant n'est pas garanti.
Une TVA réduite – et plusieurs sources variables
Le Conseil fédéral voulait augmenter le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 0,5 point de pourcentage à partir de 2028, et ce pendant douze ans. Les recettes devaient alimenter intégralement un fonds d'armement susceptible de s'endetter. Le taux réduit pour les denrées alimentaires et les médicaments resterait inchangé. Le taux spécial pour l'hébergement augmenterait de 0,3 point de pourcentage.
La commission du Conseil des États rejette cette proposition, mais pas tout financement par la TVA. Elle propose une augmentation du taux normal de 0,2 point de pourcentage et du taux pour l'hébergement de 0,1 point. De plus, la moitié des excédents de financement ordinaires de la Confédération doit alimenter le fonds. D'autres contributions proviendront du budget fédéral général. La durée serait prolongée de douze à dix-huit ans.
Il s'agit d'un plan de financement, mais pas encore d'un budget sécurisé. Les excédents varient avec la conjoncture, les recettes fiscales et les décisions politiques. En 2025, la Confédération a clôturé l'exercice avec un excédent de 300 millions de francs. Une recette temporaire supplémentaire de 1,5 milliard de francs du canton de Genève a été décisive. Sans le paquet de mesures d'allégement et des recettes additionnelles, la Confédération prévoit des déficits structurels de deux à quatre milliards de francs à partir de 2027.
Le cadre de crédit est doublé
Le changement le plus notable ne concerne pas l'impôt, mais la capacité d'endettement. Le Conseil fédéral voulait autoriser des prêts de trésorerie au fonds jusqu'à six milliards de francs. La commission propose à l'unanimité douze milliards. Cela permettrait à la Confédération d'effectuer des acomptes plus importants et de sécuriser les délais de livraison avant la réception de toutes les recettes.
Le mécanisme doit respecter le frein à l'endettement: à partir de la huitième année, le cadre de crédit autorisé diminuerait annuellement de 1,2 milliard de francs. Il devrait être remboursé avant la fin du fonds. Le modèle déplace néanmoins un risque vers l'avenir. Si les excédents ne se concrétisent pas ou si les recettes de TVA réduites ne suffisent pas, le budget ordinaire devra contribuer davantage, ou les acquisitions devront être ajustées.

Alternatives rejetées
La commission a examiné plusieurs modèles sans TVA. Des économies annuelles d'au moins 1,5 milliard de francs dans le budget fédéral ont échoué par sept voix contre quatre. Les dividendes de la Banque nationale ont été rejetés par trois voix contre deux, avec six abstentions. Une nouvelle taxe sur les grandes fortunes n'a pas non plus obtenu de majorité.
Ces votes révèlent le dilemme: chaque source de financement répartit les coûts différemment. Une TVA affecte largement la consommation, les économies déplacent d'autres tâches fédérales, les fonds de la BNS sont volatils et politiquement controversés, une taxe sur la fortune ciblerait un groupe restreint et nécessiterait de nouvelles bases constitutionnelles. La commission n'a pas trouvé de solution gratuite; elle a réparti la charge sur plusieurs sources.
Implications pour les ménages et la démocratie
Pour les consommateurs, la charge immédiate serait moindre avec le modèle de la commission qu'avec celui du Conseil fédéral. Pour un achat de 1000 francs au taux normal, une augmentation de 0,2 point de pourcentage correspondrait théoriquement à environ deux francs supplémentaires, si elle est entièrement répercutée. Sur dix-huit ans, cependant, même un petit changement de taux s'accumule. Le taux réduit est certes exclu de la proposition actuelle, mais pas d'autres éventuelles décisions d'épargne ou fiscales de la Confédération.
Politiquement, rien n'est décidé. Le Conseil des États débattra du dossier lors de la session d'automne, qui commence le 14 septembre. Le Conseil national suivra. Une augmentation de la TVA exige impérativement une votation populaire; la commission souhaite la réaliser en 2028. Elle souhaite également dissocier un éventuel référendum sur la loi sur le fonds.
La priorité reste le point ouvert
Le fonds vise à accélérer les acquisitions d'armement, car les longs délais de livraison et les acomptes élevés caractérisent le marché actuel. Le Conseil fédéral estime le besoin supplémentaire à 24 milliards de francs: 15 milliards pour de nouvelles capacités et neuf milliards pour les augmentations de prix. La nécessité et l'urgence de chaque position dans cette ampleur restent à l'examen parlementaire individuel.
La question décisive de la session d'automne n'est donc pas de savoir si la sécurité coûte de l'argent. Elle est de savoir si le Parlement expose simultanément à la population l'étendue, le mode de paiement et les effets d'éviction. Un fonds peut lisser les pics de paiement. Il ne peut pas faire disparaître le prix politique.



