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Glyphosate au Liban: Où est la voix suisse?

Israël pulvérise un herbicide, la Suisse apporte son aide humanitaire – le DFAE reste silencieux.

Glyphosat im Libanon
Bild: Open AI

Des résidus d'herbicide glyphosate ont été détectés dans des échantillons de sol au Sud-Liban après une opération aérienne israélienne en février. Les autorités libanaises parlent de concentrations anormalement élevées et ont déposé une plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU en juin. Israël n'a pas encore confirmé l'utilisation de la substance. La question centrale est le but de cette pulvérisation et ses conséquences pour l'agriculture et l'environnement.

Le 1er février 2026, l'armée israélienne a annoncé à la mission de paix de l'ONU, la FINUL, une opération aérienne le long de la Ligne bleue entre Israël et le Liban. Selon la FINUL, Israël a qualifié la substance utilisée de «non toxique» et a demandé aux Casques bleus de rester à l'écart de la zone ou de chercher un abri.

Par la suite, des échantillons de sol ont été prélevés dans les zones concernées. Selon les ministères libanais de l'Agriculture et de l'Environnement, du glyphosate y a été détecté. Un rapport ultérieur des Nations Unies confirme également que des analyses de laboratoire ont identifié l'herbicide dans les échantillons. Israël ne s'est pas encore prononcé publiquement sur ces allégations.

Concentrations anormalement élevées

Les chiffres concernant la concentration varient selon les sources. Le ministre libanais de l'Agriculture, Nizar Hany, a déclaré à l'ARD que les valeurs étaient 30 à 50 fois supérieures à celles d'une application agricole normale. Des chiffres précédents des autorités libanaises et d'autres rapports faisaient état de valeurs 20 à 30 fois plus élevées.

En juin, le ministère libanais des Affaires étrangères a publié des informations supplémentaires. Des concentrations de glyphosate allant jusqu'à 22'750 microgrammes par gramme ont été trouvées dans des échantillons de sol provenant d'Aita al-Chaab, Ras al-Naqoura et Dhayra. Le gouvernement libanais a utilisé ces résultats comme base pour une plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU et du Secrétaire général de l'ONU.

Cependant, les différents chiffres ne doivent pas être comparés sans précaution. L'échantillon examiné, la méthode de mesure et la valeur de référence utilisée sont notamment déterminants. Les sources accessibles au public ne permettent pas d'évaluer pleinement la représentativité de chaque échantillon pour l'ensemble de la zone affectée.

Qu'est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est un herbicide largement utilisé. Il agit de manière non sélective contre les mauvaises herbes individuelles, mais endommage les plantes traitées avec la substance active. En agriculture, il est notamment employé pour la lutte contre les mauvaises herbes.

Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une institution de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a classé le glyphosate en 2015 comme «probablement cancérogène pour l'homme». D'autres autorités évaluent le risque sanitaire différemment lors d'une utilisation conforme. La classification du CIRC ne signifie notamment pas que toute exposition provoque inévitablement un cancer.

Quelles sont les conséquences de cette utilisation pour l'agriculture ?

Pour l'agriculture au Sud-Liban, l'incident est particulièrement problématique. La région avait déjà été gravement endommagée pendant les combats. Selon le ministre libanais de l'Agriculture, la zone affectée par l'épandage s'étend sur environ 18 kilomètres le long de la frontière.

Au Sud-Liban, les olives, le tabac et d'autres produits agricoles jouent un rôle important dans les revenus de la population. L'agriculture était déjà affectée par les combats, les incendies et la destruction des terres cultivées.

La durée de récupération des sols et de la végétation affectés par cette opération de pulvérisation ne peut être déterminée de manière fiable actuellement. Les effets à long terme sur les sols, l'eau, les animaux et les écosystèmes ne sont pas encore entièrement clarifiés sur la base des études accessibles au public.

Pourquoi la substance a-t-elle été pulvérisée ?

Il n'existe pas de déclaration israélienne publiquement confirmée concernant l'objectif exact de l'opération. L'analyse de la Tagesschau mentionne deux raisons militaires possibles : d'une part, la réduction de la végétation pourrait priver les groupes armés de couverture. D'autre part, la création éventuelle d'une zone tampon contrôlée le long de la frontière est discutée.

Cependant, une intention délibérée de détruire durablement les moyens de subsistance de la population civile n'est pas prouvée. Cette distinction est importante : les effets d'une mesure peuvent être considérables sans que son intention spécifique soit automatiquement établie.

Le Liban porte l'affaire devant les Nations Unies

Le gouvernement libanais a officiellement porté l'incident sur la scène internationale. Le 10 juin 2026, le ministère libanais des Affaires étrangères a transmis une plainte au Conseil de sécurité de l'ONU et au Secrétaire général de l'ONU, basée sur un rapport du Conseil National de la Recherche Scientifique.

Le Liban soutient, entre autres, que l'utilisation d'herbicides comme méthode de guerre est interdite par la Convention sur les armes chimiques. Cependant, il n'a pas encore été définitivement établi si cette opération spécifique constitue effectivement une violation du droit international. La plainte représente d'abord la position juridique et politique du gouvernement libanais.

La Syrie également touchée ?

Selon les rapports disponibles, les pulvérisations ne se sont pas limitées au Liban. Des incidents similaires ont également été signalés dans la zone frontalière syrienne. Pour ces cas, les preuves accessibles au public sont toutefois moins détaillées que pour le Sud-Liban.

Les déclarations ne doivent donc pas être mises sur un pied d'égalité. Pour le Liban, des échantillons documentés et une plainte officielle ultérieure du gouvernement sont disponibles. Pour les rapports de Syrie, les informations disponibles sont moins complètes.

La Suisse soutient le Liban

La Suisse est engagée à la fois sur le plan humanitaire et diplomatique au Liban. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a alloué un total de 13,5 millions de francs en 2026 pour l'aide humanitaire au Proche et au Moyen-Orient. Sur ce montant, 5,5 millions de francs sont destinés au Liban.

Lors d'une visite au Liban début juillet 2026, des représentants du DFAE et de la Direction du développement et de la coopération (DDC) se sont informés de la situation humanitaire. Fin juin, selon le DFAE, plus de 700'000 personnes étaient déplacées à l'intérieur du Liban ; environ 52'000 d'entre elles vivaient dans des abris collectifs. Depuis mars, plus de 4'200 décès et plus de 12'000 blessés ont été enregistrés suite aux combats.

La Suisse s'engage ainsi par son aide humanitaire et par ses «Bons Offices». Le DFAE a mené des entretiens politiques avec les autorités libanaises en juillet et a abordé spécifiquement la situation dans le sud du pays.

Que dit Berne de l'allégation concernant le glyphosate ?

Aucune déclaration publique concrète du DFAE concernant l'incident du glyphosate n'est visible dans les sources officielles évaluées. Cependant, cela ne signifie pas que l'on puisse en déduire une position spécifique de la Suisse.

La Suisse se trouve ainsi dans une situation délicate : elle apporte une aide humanitaire au Liban et offre ses Bons Offices, mais doit, lors de l'évaluation d'accusations concrètes contre une partie au conflit, distinguer entre un positionnement politique, des faits avérés et une évaluation de droit international encore ouverte.

Ce qui est établi – et ce qui reste en suspens

Il est établi qu'Israël avait annoncé à la FINUL en février une opération aérienne avec une substance chimique qualifiée de «non toxique». Dans les échantillons de sol prélevés par la suite, du glyphosate a été détecté, selon les autorités libanaises et, plus tard, selon un rapport de l'ONU. Le gouvernement libanais a contesté cette opération auprès du Conseil de sécurité de l'ONU en juin.

En revanche, il reste à déterminer l'intention militaire exacte derrière cette opération, l'étendue réelle de la zone affectée et les conséquences à long terme des concentrations mesurées pour les sols et les écosystèmes. De même, l'évaluation de droit international de cette opération spécifique n'est pas encore définitivement établie.

Cette distinction est cruciale, surtout dans un conflit politiquement très sensible. Les conclusions documentées doivent être prises au sérieux – en même temps, aucune autre information factuelle ou intention qui n'est pas encore prouvée ne doit en être déduite.

Sources

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