Politique22:00 hJournalPlus RedaktionTemps de lecture: 7 min0 commentaires

Les électeurs issus de l'immigration s'éloignent-ils aussi des partis en Suisse ?

L'Allemagne observe un changement. Qu'en est-il des électeurs issus de l'immigration en Suisse ?

Wählende mit Migrationshintergrund
Bild: open AI

Comment votent les personnes issues de l'immigration ? Une nouvelle étude allemande repose cette question. Le Centre allemand de recherche sur l'intégration et la migration (DeZIM) a examiné quels partis sont considérés comme éligibles par les électeurs avec et sans antécédents migratoires, et comment cette évaluation a évolué en un an.

Les résultats montrent une distance croissante envers plusieurs partis. Elle est particulièrement marquée chez les électeurs ayant des liens avec la Turquie, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Cela soulève une question évidente pour la Suisse : y a-t-il une évolution similaire ici ?

Plus de sept millions d'électeurs

L'importance politique de ce groupe s'accroît. Selon la Deutsche Welle, environ douze pour cent des électeurs allemands avaient des antécédents migratoires en 2023. Cela représente plus de sept millions de personnes.

Pour les partis, cet électorat est donc depuis longtemps un facteur important. L'étude DeZIM montre simultanément que leur attachement au système de partis existant évolue.

Une restriction importante doit être notée : l'étude ne demande pas quel parti quelqu'un voterait lors d'une élection spécifique. Elle a plutôt enregistré la propension à voter – c'est-à-dire si une personne peut fondamentalement envisager de voter pour un certain parti à un moment donné. Une personne peut estimer plusieurs partis comme éligibles.

Le SPD reste en tête, mais perd en attachement

Le SPD conserve le plus grand potentiel électoral parmi les personnes issues de l'immigration. Environ deux tiers des personnes interrogées jugent les sociaux-démocrates éligibles. La CDU et la CSU suivent avec un écart relativement faible.

Simultanément, un changement est visible. En particulier chez les personnes liées à la région MENA et à la Turquie, l'éligibilité de plusieurs partis a diminué en un an. Pour la CDU et la CSU, selon les données analysées, elle est passée d'environ deux tiers à environ la moitié. Pour le SPD, elle a chuté de 71 à 60 pour cent dans ce groupe.

L'étude ne fournit cependant pas d'explication définitive pour ce déclin. Les auteurs soulignent que divers facteurs peuvent jouer un rôle. L'origine migratoire seule n'explique pas le comportement électoral.

Le rejet de l'AfD est particulièrement fort

L'AfD constitue une exception claire. Elle rencontre le rejet catégorique le plus fort parmi les groupes étudiés. Environ 65 pour cent des personnes interrogées déclarent ne vouloir en aucun cas voter pour ce parti. Chez les personnes liées à la région MENA et à la Turquie, ce pourcentage atteint même environ 80 pour cent.

Simultanément, l'AfD n'est pas également faible dans tous les groupes. Parmi les personnes ayant des racines en Russie ou dans d'autres États de l'ex-Union soviétique, sa propension à voter est comparativement plus élevée.

La Deutsche Welle souligne également que l'AfD tente de s'adresser spécifiquement aux personnes issues de l'immigration, notamment par des communications dans les langues d'origine. Les représentants de la Communauté turque en Allemagne critiquent simultanément le fait que d'autres partis abordent insuffisamment des thèmes comme la sécurité et la discrimination du point de vue des électeurs migrants.

Les jeunes générations se détachent davantage du SPD

L'évolution à travers les générations est particulièrement intéressante. Friederike Römer, co-auteure de l'étude DeZIM, souligne que les répondants plus âgés issus de l'immigration continuent de pencher davantage vers le SPD. Cependant, le lien traditionnellement relativement étroit entre le SPD et les électeurs migrants semble se dissoudre chez les jeunes générations.

Il ne s'agit donc pas simplement de savoir si les personnes issues de l'immigration votent « à gauche » ou « à droite ». L'étude indique plutôt que les liens politiques se modifient et que les attaches partisanes traditionnelles peuvent s'affaiblir.

Que sait-on à ce sujet en Suisse ?

Les résultats allemands ne peuvent pas être directement transposés à la Suisse. Cependant, il serait tout aussi faux de dire qu'il n'y a aucune donnée ici.

L'étude électorale suisse Selects examine depuis 1995 la participation et le comportement électoral lors des élections fédérales. L'origine migratoire a également été prise en compte dans l'analyse. L'analyse Selects des élections au Conseil national de 2023 montre par exemple que le PS était le parti le plus fort parmi les personnes issues de l'immigration, juste devant l'UDC. Le PLR a également obtenu des résultats supérieurs à la moyenne dans ce groupe.

Cependant, les données suisses disponibles répondent à une question différente de celle de l'étude actuelle de DeZIM. Elles montrent des différences dans le comportement électoral, mais ne fournissent pas de série chronologique actuelle directement comparable sur la question de savoir si l'attachement des personnes issues de l'immigration aux partis suisses évolue actuellement de manière similaire à celui en Allemagne.

Une comparaison est également difficile en raison de la définition

La question même de savoir qui est considéré comme une personne issue de l'immigration n'est pas triviale. En Suisse, la recherche électorale utilise des définitions correspondantes basées, entre autres, sur le pays de naissance, la nationalité à la naissance et le pays de naissance des parents.

S'y ajoute le système politique. Au niveau fédéral, les citoyens suisses ont le droit de vote. Pour les élections cantonales et communales, des règles différentes s'appliquent parfois, car certains cantons et communes ont introduit le droit de vote des étrangers.

Celui qui veut comparer le comportement politique des personnes issues de l'immigration doit donc d'abord clarifier de quel groupe il est question : l'ensemble de la population ayant une histoire d'immigration, les Suisses naturalisés ou toutes les personnes effectivement habilitées à voter.

La Suisse a des données, mais un état des données différent

C'est précisément là que réside la différence cruciale avec l'étude allemande. La Suisse n'est en aucun cas un espace sans données. Avec Selects, il existe une recherche électorale établie qui examine les différences selon l'origine migratoire.

Ce qui manque actuellement, c'est une étude directement comparable à l'analyse actuelle de DeZIM et qui pourrait montrer, sur plusieurs périodes d'enquête, si la propension à voter et l'attachement aux partis des personnes issues de l'immigration évoluent en Suisse.

Il serait donc prématuré de tirer des conclusions pour la Suisse à partir de l'évolution allemande. On ne peut ni affirmer que les électeurs suisses issus de l'immigration s'éloignent de la même manière des partis établis, ni prouver le contraire.

Pourquoi la question reste pertinente

L'évolution en Allemagne montre l'importance politique que cet électorat peut acquérir. Si les liens partisans traditionnels s'affaiblissent, les partis doivent se battre d'autant plus pour s'adresser aux différents groupes sociaux.

Ceci est également valable pour la Suisse. La migration, la naturalisation et l'intégration politique des personnes issues de l'immigration ne sont plus des sujets marginaux. Simultanément, la participation politique peut varier considérablement selon le statut de séjour, la naturalisation et le droit de vote cantonal.

La question décisive n'est donc pas de savoir si les personnes issues de l'immigration votent « à gauche » ou « à droite » en tant que groupe. Il est plus intéressant de savoir si leurs liens politiques changent – et quels sujets jouent un rôle.

La réponse suisse reste à venir

La nouvelle étude DeZIM fournit une indication importante pour le débat politique en Allemagne : les personnes issues de l'immigration ne constituent pas un électorat lié de manière permanente à un parti spécifique. Leurs préférences politiques peuvent évoluer.

Cependant, aucune évolution correspondante ne peut encore être déduite pour la Suisse. Il existe des données sur le comportement électoral, mais aucune étude actuelle directement comparable sur la question de l'aliénation politique.

La question du titre reste donc ouverte : les électeurs issus de l'immigration s'éloignent-ils aussi des partis en Suisse ? Les données suisses disponibles donnent de premières indications sur les différences de comportement électoral. Cependant, une étude ciblée devrait montrer si une évolution similaire à celle observée en Allemagne en découle.

Sources

  • Institut DeZIM – Étude «Stabilité et changement : Quels partis les électeurs avec et sans origine migratoire peuvent-ils envisager de voter ?» (31 août 2026)
  • Deutsche Welle – «Pourquoi les partis perdent des électeurs issus de l'immigration» (2 septembre 2026)
  • FORS – Étude électorale suisse Selects, «Élections fédérales 2023 : Participation et décision de vote» (2024)
  • FORS – Informations sur l'étude électorale suisse Selects et les données de panel actuelles

Partager l’article

Signaler une erreur dans l'article

Merci pour votre signalement. Veuillez décrire l'erreur aussi précisément que possible.

PNG, JPG ou WebP, max. 5 Mo

Commentaires

Connectez-vous pour participer à la discussion.

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à écrire.