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Lobbying au Palais fédéral: la politique suisse est-elle transparente?

La défense d'intérêts fait partie de la démocratie. Mais les mandats rémunérés et les réseaux politiques soulèvent des questions d'influence et de transparence.

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Bild: open AI

Au Palais fédéral, on ne fait pas que débattre. Pendant les sessions, des discussions, des événements, des déjeuners et des rencontres ont lieu avec des représentants de divers groupes d'intérêts. Les lobbyistes font partie du quotidien politique à Berne.

Cela ne doit pas être un problème en soi. Un parlement ne peut pas connaître tous les détails de l'économie, de la santé, de l'agriculture ou de la politique énergétique. Les associations, entreprises, syndicats et organisations apportent leur expertise et diverses perspectives au débat politique.

La question cruciale n'est donc pas de savoir si le lobbying doit être autorisé. Elle est la suivante: quel degré de transparence l'influence doit-elle avoir pour que le public puisse comprendre quels intérêts se cachent derrière les positions politiques?

Lobbywatch veut rendre les liens visibles

L'une des plateformes les plus connues abordant ces questions est Lobbywatch. L'association recueille et recherche, selon ses propres dires, des informations sur les liens d'intérêts, les mandats et les organisations. Sa base de données contient désormais plus de 50'000 entrées.

Lobbywatch se décrit comme une organisation à but non lucratif et indépendante. Selon ses propres informations, l'association est financée par ses membres et des dons. Son objectif déclaré est un registre de lobbying obligatoire, une plus grande transparence des revenus de mandats et des contrôles efficaces.

La base de données peut être un outil de recherche utile pour les journalistes, les chercheurs et les citoyens intéressés. Elle rend visible quels parlementaires exercent, en plus de leur mandat politique, des mandats d'administrateur, de consultant ou d'association, par exemple.

Il convient également de contextualiser les chiffres: Lobbywatch est lui-même un acteur du débat politique et poursuit un objectif concret avec plus de transparence. Ses recherches sont donc une source importante, mais devraient être comparées – surtout pour des affirmations de grande portée – avec des données officielles et d'autres sources indépendantes.

Ce que les parlementaires doivent divulguer

La Suisse dispose déjà de règles de transparence. Les membres des Chambres doivent divulguer leurs liens d'intérêts. Cela inclut, entre autres, les activités professionnelles, les fonctions au sein d'organes de direction et de surveillance, les activités de conseil et d'expertise pour les offices fédéraux, ainsi que les activités permanentes de direction ou de conseil pour les groupes d'intérêts.

Depuis 2019, il faut également indiquer si certains mandats sont rémunérés ou exercés à titre bénévole. Ces informations sont publiées dans un registre accessible au public des Services du Parlement.

Toutefois, les règles ne vont pas jusqu'à exiger l'indication du montant exact de la rémunération d'un mandat. C'est précisément cette lacune que critique Lobbywatch. L'association recueille donc elle-même régulièrement les données sur les parlementaires qui divulguent leurs revenus issus de mandats rémunérés.

Seul un quart divulgue tous les revenus de mandats

La dernière enquête de Lobbywatch date de 2025. Selon celle-ci, 27 pour cent des membres des Chambres divulguent entièrement tous leurs revenus issus de mandats rémunérés. 29 pour cent supplémentaires déclarent au moins une partie de leurs revenus. 44 pour cent ne divulguent aucun de ces revenus, selon l'enquête.

Lobbywatch regroupe les membres des Chambres entièrement ou partiellement transparents pour atteindre un taux de 56 pour cent. Cependant, ce chiffre ne doit pas être assimilé à un «taux de transparence» général du Parlement. Il décrit spécifiquement la divulgation des revenus de mandats rémunérés à Lobbywatch.

Il convient également d'être prudent quant à l'évolution au fil des ans. Lobbywatch attribue l'augmentation de la divulgation mesurée par ses soins, entre autres, à son propre travail. Cependant, il ne peut être déduit que cette évolution a été exclusivement causée par l'association.

Le système de milice crée une tension

Une partie du problème est liée au système politique suisse lui-même. Le Parlement n'est pas un parlement de métier classique. De nombreux membres des Chambres continuent d'exercer une profession ou détiennent des mandats au sein d'entreprises, d'associations et d'organisations.

Cela présente un avantage: les politiciens apportent à Berne leurs expériences du monde du travail, de l'économie et de la société. Cette connaissance peut être précieuse pour la législation.

Mais ce même mécanisme crée également une tension. Celui qui, par exemple, travaille pour une association et vote en même temps sur des lois qui concernent son secteur, peut avoir plusieurs intérêts simultanément.

Le Parlement lui-même affirme que de tels liens d'intérêts ne sont pas automatiquement illicites. Ils doivent plutôt être rendus transparents. Un membre des Chambres peut, en principe, exercer d'autres activités professionnelles et extra-professionnelles en plus de son mandat parlementaire. En cas d'implication personnelle directe dans une affaire politique, le lien d'intérêts correspondant doit être mentionné en sus.

Ainsi, la Suisse mise beaucoup plus sur la divulgation que sur une interdiction générale des mandats secondaires.

Un politicien peut-il faire du lobbying pour une entreprise?

En principe, oui. Un mandat rémunéré auprès d'une entreprise ou d'une association ne rend pas automatiquement un membre du Parlement inapte à sa fonction politique.

C'est précisément pourquoi la question de savoir si les règles actuelles sont suffisantes est débattue depuis des années. Diverses initiatives parlementaires ont déjà demandé une plus grande divulgation des revenus accessoires, voire des restrictions pour les activités de lobbying rémunérées.

Le Conseil des États, par exemple, a rejeté en 2024 une initiative parlementaire qui aurait exigé la divulgation des revenus accessoires par tranches. Les partisans y voyaient une étape importante vers plus de transparence. Les opposants ont notamment souligné que les activités professionnelles supplémentaires font partie du système de milice suisse et qu'il faut déjà divulguer si un mandat est rémunéré ou bénévole.

La question fondamentale reste donc ouverte: suffit-il que le public sache pour qui un parlementaire travaille – ou devrait-il aussi savoir combien il en retire?

Les groupes parlementaires comme interface

La proximité entre la politique et les groupes d'intérêts est particulièrement visible au sein des groupes parlementaires. Les membres des Chambres peuvent se regrouper sur des thèmes spécifiques. Ces groupes ne font pas partie de l'organisation parlementaire officielle, mais peuvent favoriser les débats politiques et les contacts.

Lobbywatch a examiné les groupes parlementaires et leurs organisations porteuses pour la session d'été 2026. Selon l'enquête, 125 groupes sur 136 sont dirigés par des associations ou des agences de lobbying. Parmi eux figurent également des associations économiques et professionnelles.

Ce chiffre provient de Lobbywatch et doit être compris comme sa recherche. Il ne prouve pas que les groupes concernés influencent les décisions politiques dans l'intérêt de leurs sponsors. Mais il montre à quel point le travail parlementaire et les intérêts organisés peuvent être liés à Berne.

En particulier pour les agences de lobbying, la question se pose également de savoir quels intérêts sont réellement représentés. Si une association dirige un groupe parlementaire, l'expéditeur est généralement identifiable. Avec une agence externe, il peut être plus difficile pour le public de comprendre qui se cache derrière une préoccupation politique.

Le lobbying n'est pas automatiquement un problème

Un débat politique sur le lobbying ne doit donc pas glisser vers la simple équation «lobbying égal corruption».

La représentation des intérêts fait partie d'une démocratie pluraliste. Une association agricole doit pouvoir défendre ses préoccupations. Les syndicats doivent pouvoir parler au nom des travailleurs. Les organisations environnementales apportent des arguments écologiques. Les entreprises peuvent attirer l'attention sur les conséquences économiques d'une loi.

Le lobbying devient problématique lorsque l'accès à la politique dépend fortement des moyens financiers ou lorsqu'il n'est plus reconnaissable qui se cache derrière une intervention.

Il s'agit donc finalement d'une question d'égalité des chances politiques: chaque acteur social pertinent peut-il faire valoir ses arguments de la même manière – ou les organisations financièrement puissantes ont-elles un avantage structurel?

La Suisse n'a pas de registre de lobbying exhaustif

C'est là que réside l'une des plus grandes lacunes du système suisse. La Suisse dispose d'un registre public des liens d'intérêts des parlementaires. Cependant, il n'existe pas de registre de lobbying complet et obligatoire où les mandants, les lobbyistes, les intérêts et les dépenses financières seraient systématiquement enregistrés.

Le Groupe d'États contre la corruption du Conseil de l'Europe, le GRECO, a également identifié des besoins d'action supplémentaires en Suisse en matière d'intégrité et de lobbying. Le débat sur des règles plus contraignantes ne se limite donc pas à Lobbywatch.

Un registre plus complet pourrait, par exemple, rendre visible qui entretient des contacts politiques pour le compte d'une entreprise ou d'une association, quels sujets sont traités et quelle organisation se cache derrière une représentation d'intérêts.

Plus de transparence ou plus de bureaucratie?

Des règles plus strictes auraient toutefois un prix. Un registre de lobbying étendu devrait être géré, contrôlé et appliqué. Il faudrait également clarifier à partir de quel moment une conversation est considérée comme du lobbying. Une discussion fortuite dans les couloirs du Palais fédéral est-elle déjà soumise à déclaration? Qu'en est-il d'une invitation à un événement spécialisé? Et comment traiter les journalistes, les scientifiques ou les initiatives citoyennes?

La réglementation ne doit donc pas rendre inutilement difficiles les contacts politiques normaux. La transparence doit rendre le processus démocratique plus compréhensible – et non le bloquer par la bureaucratie.

La question décisive n'est pas le lobbying en soi

Le lobbying ne disparaîtra pas de la politique suisse. Et il ne le doit pas. Une démocratie vit du fait que différents intérêts sont entendus.

Il est plutôt crucial que le public puisse savoir qui exerce une influence, quels intérêts sont représentés et quelles relations financières se cachent derrière.

Le système suisse a créé plus de transparence ces dernières années. En même temps, les débats sur les mandats rémunérés, les groupes parlementaires et le manque d'informations sur les rémunérations montrent que des questions restent ouvertes.

Le véritable défi n'est donc pas d'interdire la représentation d'intérêts. Il consiste à rendre les frontières entre la fonction politique et l'intérêt économique suffisamment visibles pour que les citoyens puissent eux-mêmes juger à qui un politicien est redevable.

Car le lobbying ne devient un problème démocratique que lorsque l'influence n'est plus compréhensible. La question décisive pour la Suisse est donc: de quelle transparence une démocratie a-t-elle besoin?

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