Initiative de neutralité: Les conséquences d'un oui
L'initiative populaire sur la neutralité

Initiative de neutralité: Entre Bruxelles, Washington et Moscou – quelle voie pour la Suisse?
Le 27 septembre 2026, l'électorat suisse décidera d'un ancrage nettement plus strict de la neutralité dans la Constitution fédérale. L'initiative vise notamment à interdire à la Suisse de prendre des sanctions contre des États belligérants, à moins que celles-ci n'aient été décidées par l'ONU. Le contexte ne se limite pas à la guerre en Ukraine. Il s'agit d'une question fondamentale: la Suisse peut-elle rester neutre, collaborer étroitement avec l'Europe et les États-Unis, et servir de médiateur crédible entre les parties en conflit en cas de besoin?
La Suisse est considérée comme un pays neutre depuis des siècles. Sa neutralité permanente a été reconnue internationalement en 1815 et est ancrée dans la Constitution fédérale depuis 1848. Elle constitue l'un des éléments les plus importants de la conception politique que la Suisse a d'elle-même et a conféré au pays un statut international particulier pendant longtemps.
Cependant, le monde dans lequel la neutralité suisse est née et a évolué a changé. L'agression russe contre l'Ukraine, la confrontation croissante entre la Russie et l'Occident, le renforcement de la coopération européenne en matière de politique de sécurité et les tensions entre les États-Unis et d'autres États occidentaux posent de nouvelles questions à la politique suisse traditionnelle.
Le test décisif de 2022
La tension est devenue particulièrement palpable après l'attaque russe contre l'Ukraine le 24 février 2022.
La Suisse n'a pas participé militairement à la guerre. Simultanément, le Conseil fédéral a dû décider si la Suisse devait s'aligner sur les sanctions de grande envergure de l'Union européenne contre la Russie.
Initialement, Berne a fait preuve de retenue. Cependant, dès le 27 février, le président de la Confédération et ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a déclaré qu'il était «très probable» que la Suisse suive les sanctions de l'UE. Un jour plus tard, le Conseil fédéral a effectivement décidé d'adopter les paquets de sanctions de l'UE des 23 et 25 février et de geler les avoirs des personnes et entreprises sanctionnées.
Cette décision était politiquement notable. La Suisse ne s'était pas rangée militairement du côté de l'Ukraine, mais elle avait adopté une ligne économique et politique claire contre la Russie.
Cette démarche a été très remarquée au niveau international. Reuters a qualifié cette décision de déviation significative de la neutralité suisse traditionnelle à l'époque. Au cours des années suivantes, la Suisse a également été régulièrement soumise à des pressions pour appliquer plus rigoureusement les sanctions et combler les lacunes permettant le contournement pour les avoirs russes.
Y a-t-il eu des pressions de l'Allemagne et de Bruxelles?
La réponse courte est: Oui, il y a eu des pressions internationales – mais une contrainte directe de l'Allemagne ne peut être déduite des sources disponibles.
L'Union européenne avait mis en place un régime de sanctions massif après l'attaque russe. Pour la Suisse, la question était particulièrement délicate, car elle est étroitement liée économiquement à l'UE et est en même temps l'une des principales places financières et de négoce de matières premières internationales.
La pression internationale ne portait donc pas seulement sur l'adoption des sanctions en principe. La Suisse a également été critiquée à plusieurs reprises par la suite, car des avoirs russes ou des transactions commerciales via le pays pourraient être utilisés pour contourner les sanctions occidentales.
Après l'attaque russe, des pressions politiques supplémentaires ont également été exercées sur la Suisse par l'Allemagne et d'autres États européens, notamment concernant le soutien militaire à l'Ukraine et la réexportation de matériel de guerre suisse. Reuters a rapporté plus tard une pression croissante des voisins européens sur la Suisse.
Cela ne signifie toutefois pas que Berlin ou Bruxelles peuvent simplement donner des ordres à la Suisse. La Suisse n'est pas membre de l'UE et décide elle-même de sa politique étrangère. Le Conseil fédéral a adopté les sanctions de manière autonome.
La réalité politique est cependant différente: un petit pays, économiquement étroitement lié à l'Europe, ne peut pas se soustraire entièrement à l'environnement politique de ses principaux partenaires.
La Suisse est neutre – mais profondément liée à l'Europe
C'est précisément là que commence le débat actuel sur la neutralité.
La Suisse n'est pas alliée militairement. En même temps, elle collabore étroitement avec les États européens. Elle participe par exemple au Partenariat pour la paix de l'OTAN et fait partie de l'initiative European Sky Shield, lancée par l'Allemagne, qui vise à renforcer la coopération en matière de défense aérienne européenne.
La coopération en matière de politique de sécurité se renforce également avec l'Union européenne. En mars 2026, la Suisse et l'UE ont convenu d'une collaboration approfondie dans les domaines de la sécurité et de la défense, incluant un dialogue régulier, un échange d'informations accru et une coopération plus étroite en matière de gestion de crise et de médiation de paix.
Cela montre que la Suisse est neutre, mais nullement isolée.
Qu'est-ce que cela signifie pour son rôle de médiateur?
La Suisse a toujours lié sa neutralité à son rôle de médiateur. Pendant la Guerre froide, elle a pu utiliser sa position entre l'Est et l'Ouest. Aujourd'hui encore, la Suisse offre ses «bons offices» et a organisé en 2024 une conférence internationale pour la paix en Ukraine au Bürgenstock.
Mais une question importante demeure: Un pays peut-il servir de médiateur crédible entre deux parties en conflit s'il impose des sanctions à l'une de ces parties?
Le gouvernement suisse répond par l'affirmative à cette question. Le DFAE argumente expressément que l'adoption des sanctions de l'UE contre la Russie n'annule pas la neutralité suisse. La Suisse reste militairement neutre et peut continuer à offrir ses bons offices.
D'autres voient la situation de manière plus critique. Si une partie au conflit sait que la Suisse soutient ses sanctions et s'aligne de plus en plus sur ses partenaires en matière de politique de sécurité, elle pourrait considérer la Suisse comme un médiateur moins qu'entièrement indépendant.
Le débat n'est donc pas seulement théorique. La Russie a critiqué à plusieurs reprises la Suisse en raison de sa politique de sanctions. La perception internationale de la neutralité suisse a également changé depuis 2022.

Et que se passe-t-il si les États-Unis et l'UE s'opposent?
Cette question rend le débat sur la neutralité particulièrement intéressant.
La Suisse entretient des relations étroites avec l'Europe et les États-Unis. Sur de nombreuses questions internationales, Washington et Bruxelles sont du même côté. Mais cela ne doit pas toujours rester ainsi.
Un exemple actuel montre déjà que la Suisse peut également appliquer sa neutralité vis-à-vis des États-Unis. Pendant la guerre en Iran en 2026, la Suisse a refusé certains survols aux avions militaires américains et a suspendu l'octroi de nouvelles autorisations d'exportation d'armes vers les États-Unis, car ces derniers étaient impliqués dans un conflit armé international.
Une question d'une grande importance pour l'initiative de neutralité est ainsi devenue concrètement visible: Que fait la Suisse lorsqu'un partenaire important devient lui-même une partie au conflit?
Et pour aller plus loin: que se passerait-il si les États-Unis et l'Union européenne imposaient des sanctions différentes dans un futur conflit international et que les deux parties attendaient de la Suisse qu'elle s'aligne sur leur position?
La Suisse devrait choisir. Elle pourrait soutenir la ligne américaine, adopter la ligne européenne ou se tenir à l'écart des deux régimes de sanctions.
C'est précisément dans un tel scénario qu'une neutralité ancrée plus strictement dans la Constitution pourrait être un argument pour la Suisse de se tenir fondamentalement à l'écart des mesures de sanctions des parties au conflit.
La Constitution comme bouclier contre la pression extérieure?
C'est l'un des arguments les plus forts des partisans de l'initiative.
Aujourd'hui, le Conseil fédéral dispose d'une certaine marge de manœuvre en matière de politique de neutralité. En ce qui concerne les sanctions, il peut décider, dans le cadre du droit en vigueur, si et dans quelle mesure la Suisse participe aux mesures internationales.
L'acceptation de l'initiative réduirait considérablement cette marge de manœuvre. La Constitution stipulerait expressément que la Suisse n'impose pas de sanctions contre les États belligérants. Seules resteraient autorisées les sanctions de l'ONU et les mesures visant à empêcher leur contournement.
Pour les partisans, cela représente plus qu'un changement juridique. Ils y voient une protection potentielle contre la pression internationale.
Si l'Allemagne, l'UE, les États-Unis ou un autre partenaire important exigeaient de la Suisse, lors d'une future crise, qu'elle se joigne à un régime de sanctions, Berne pourrait se référer à sa propre Constitution.
Le gouvernement aurait ainsi moins de marge de manœuvre politique pour satisfaire une telle demande.
Cela ne signifie pas que la pression internationale disparaîtrait. Un autre État pourrait continuer à exercer des pressions politiques, économiques ou diplomatiques. Mais le gouvernement suisse pourrait argumenter que la décision correspondante ne lui est plus ouverte en raison de la Constitution.
L'initiative de neutralité ne supprimerait donc peut-être pas la pression extérieure, mais réduirait la possibilité pour la Suisse de céder politiquement à cette pression.
Le Conseil fédéral y voit un danger
Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l'initiative. Ils estiment que la neutralité actuelle est suffisamment claire et mettent en garde contre une perte de marge de manœuvre.
Le conseiller fédéral Ignazio Cassis argumente qu'avec une règle de neutralité rigide, la Suisse ne pourrait peut-être réagir en cas de crise qu'après le début du conflit. Or, la coopération en matière de politique de sécurité doit parfois être préparée bien avant une éventuelle attaque.
Du point de vue du Conseil fédéral, la flexibilité est donc précisément une composante de la sécurité suisse.
Les opposants à l'initiative avertissent en outre qu'une neutralité particulièrement stricte pourrait peser sur les relations avec les États voisins et isoler la Suisse en matière de politique de sécurité.
La neutralité ne protège pas automatiquement des conflits
Une autre difficulté réside dans le fait que les conflits modernes ne sont plus menés uniquement avec des chars et des avions.
La Suisse est touchée par les cyberattaques, l'espionnage, la désinformation et les conséquences économiques des conflits internationaux. La guerre en Ukraine, en particulier, a montré qu'un État neutre peut se trouver au cœur d'un affrontement géopolitique sans être lui-même partie au conflit.
La question n'est donc pas seulement: «La Suisse reste-t-elle militairement neutre?»
Elle est aussi: Jusqu'où un État neutre peut-il collaborer politiquement, économiquement et en matière de sécurité avec d'autres États, sans perdre sa position particulière?
Le secret bancaire a disparu – la neutralité demeure
Le débat rappelle également un autre changement historique du statut international de la Suisse.
Pendant des décennies, la Suisse a été fortement associée internationalement à deux notions: la neutralité et le secret bancaire.
Le secret bancaire traditionnel a largement perdu son ancienne importance. La Suisse participe aujourd'hui à l'échange automatique international d'informations sur les comptes financiers. Les règles de la place financière suisse ont ainsi fondamentalement changé.
La neutralité, en revanche, perdure. Elle reste un élément essentiel de l'image internationale de la Suisse et de sa politique étrangère.
C'est précisément pourquoi le vote actuel revêt une importance particulière pour la Suisse: après la fin quasi totale de l'ancien statut spécial du secret bancaire, la question se pose de savoir à quel point la Suisse souhaite définir son indépendance internationale à l'avenir par sa neutralité.
Un choix entre flexibilité et indépendance
L'initiative de neutralité est donc plus qu'un vote sur les sanctions contre la Russie.
Elle touche à une question fondamentale de la politique étatique et étrangère suisse.
Les opposants disent: La Suisse a besoin d'une marge de manœuvre suffisante pour pouvoir réagir aux nouvelles crises. Elle doit pouvoir collaborer avec l'Europe, l'OTAN et d'autres partenaires pour renforcer sa propre sécurité.
Les partisans disent: Surtout en période de crise, la Suisse a besoin de limites claires. Si la neutralité est ancrée de manière contraignante dans la Constitution, le gouvernement peut moins facilement modifier sa position sous la pression étrangère.
Les deux parties parlent ainsi d'indépendance – mais elles entendent des choses différentes.
Pour les uns, l'indépendance signifie de garder le plus grand nombre d'options ouvertes.
Pour les autres, l'indépendance signifie de ne pas s'adapter à la politique de partenaires puissants, même lorsque la pression internationale est forte.
La question décisive pour le 27 septembre
Le 27 septembre 2026, l'électorat suisse ne décidera donc pas si la Suisse doit être neutre à l'avenir. La Suisse est déjà un État neutre.
Le vote porte plutôt sur la force contraignante de cette neutralité à l'avenir et l'étendue de la marge de manœuvre que le Conseil fédéral et le Parlement devront conserver en cas de crise internationale.
La guerre en Ukraine a montré à quelle vitesse un État neutre peut être soumis à des pressions internationales. La guerre en Iran en 2026, à son tour, démontre que les mêmes règles de neutralité peuvent aussi avoir des conséquences pratiques vis-à-vis des États-Unis. Et si un jour un conflit politique ouvert éclatait entre Washington et Bruxelles, la Suisse pourrait à nouveau être confrontée à un choix difficile.
Une neutralité plus stricte pourrait l'aider à tracer une ligne juridique claire vis-à-vis des deux parties. Une neutralité plus flexible lui permettrait, en revanche, de peser différents intérêts selon la situation.
C'est précisément entre ces deux conceptions que se situe le vote du 27 septembre.
Sources
- Confédération suisse, Conseil fédéral: «Initiative de neutralité».
- Département fédéral des affaires étrangères: «Questions et réponses sur la neutralité suisse».
- Conseil fédéral: Adoption des sanctions de l'UE contre la Russie, 28 février 2022.
- Reuters: «Neutral Swiss join EU sanctions against Russia in break with past», 28 février 2022.
- Reuters: «Swiss to vote on whether to tighten neutrality», 26 août 2026.
- Reuters: «Switzerland halts weapons exports to US due to Iran war, citing neutrality», 20 mars 2026.
- Reuters: «Neutral Switzerland joins European Sky Shield defence project», 10 avril 2024.
- Confédération suisse: Informations sur la collaboration en matière de politique de sécurité avec l'UE.



