Le Conseil fédéral soutient une taxe sur l'immigration – mais seulement en cas d'immigration élevée de l'UE
Une taxe d'au moins 4000 francs par nouvel employé de l'UE ne s'appliquerait que si la Suisse invoque la clause de sauvegarde. Les recettes seraient reversées à la population.

Pas de droit d'entrée général
Le terme «droit d'entrée» peut induire en erreur. Il n'est pas question d'une taxe que toute personne de l'UE devrait payer en entrant en Suisse. Cet instrument serait plutôt lié à la clause de sauvegarde de la libre circulation des personnes.
La taxe ne serait appliquée que si l'immigration atteint un certain niveau et que la Suisse invoque la clause de sauvegarde. Le Conseil fédéral a défini des seuils provisoires. Selon un calcul rétrospectif, ces seuils auraient été dépassés huit fois depuis l'introduction de la libre circulation des personnes en 2002.
La taxe ne ferait donc pas partie du système d'immigration ordinaire. Elle constituerait plutôt un instrument additionnel pour une situation où l'immigration, selon le Conseil fédéral, engendre des problèmes économiques ou sociaux importants.
Quatre indicateurs déterminent l'activation de la clause de sauvegarde
La clause de sauvegarde n'est pas uniquement liée au nombre d'immigrants. Le Conseil fédéral doit examiner son activation si l'un des quatre seuils nationaux est dépassé.
- l'immigration nette de l'UE,
- le nombre de nouveaux frontaliers,
- l'augmentation du chômage,
- l'évolution du taux d'aide sociale.
En outre, le Conseil fédéral peut examiner la clause de sauvegarde si d'autres indicateurs suggèrent de graves problèmes économiques ou sociaux. Cela inclut, entre autres, l'évolution du marché du logement ou des transports. Des cantons individuels peuvent aussi demander un examen.
Les entreprises supporteraient le poids principal
Pour les nouveaux salariés entrant en Suisse, la taxe serait perçue auprès des employeurs. Un montant minimal de 4000 francs par personne est prévu.
En revanche, pour les travailleurs indépendants, la personne immigrante serait elle-même redevable. Pour les membres de la famille rejoignant le travailleur et âgés de plus de 18 ans, la proposition prévoit un montant minimal de 2000 francs.
La taxe toucherait ainsi principalement les entreprises qui recrutent des travailleurs supplémentaires de l'UE. Les partisans espèrent que cela incitera à recourir davantage au potentiel de main-d'œuvre indigène.
Jusqu'à 350 millions de francs uniquement des nouveaux travailleurs
Les répercussions financières seraient considérables si la taxe était appliquée. Basé sur les chiffres d'immigration de l'année passée, les nouveaux travailleurs pourraient rapporter à eux seuls environ 350 millions de francs par an. À cela s'ajouteraient les taxes sur les membres de la famille qui les rejoignent.
Cependant, cet argent ne devrait pas simplement affluer dans les caisses fédérales. Selon la proposition, les recettes seraient entièrement redistribuées à la population. Une réduction des primes d'assurance maladie est mentionnée comme forme possible.
La manière dont un tel remboursement fonctionnerait concrètement n'est pas encore décidée.
Pourquoi le Conseil fédéral a ajusté sa position
L'historique est particulièrement intéressant. En mai 2026, le Conseil fédéral avait conclu dans un rapport détaillé qu'une taxe générale sur l'immigration pour les citoyens de l'UE et de l'AELE ne serait pas compatible avec l'accord existant sur la libre circulation des personnes. Il avait également vu de potentiels conflits avec la Convention européenne des droits de l'homme concernant les membres de la famille.
Cependant, la variante désormais soutenue est conçue différemment. Elle ne serait pas introduite comme une taxe permanente ou générale, mais comme une mesure de protection dans le cadre de la clause de sauvegarde nouvellement concrétisée de l'accord-cadre Suisse-UE.
Dans son rapport, le Conseil fédéral avait déjà souligné qu'une autre forme juridique pourrait être examinée en lien avec la nouvelle clause de sauvegarde. Début septembre, il a recommandé au Parlement d'accepter deux demandes correspondantes du Conseil des États.
L'UE pourrait prendre des contre-mesures
Le projet n'est néanmoins pas sans risques sur les plans juridique et politique. La clause de sauvegarde prévoit une procédure où la Suisse et l'UE se consultent d'abord sur l'application des mesures de protection.
En cas de litige, un tribunal arbitral peut statuer. Si la Suisse activait la clause de sauvegarde malgré une décision négative pour elle, l'UE pourrait prendre des contre-mesures. Celles-ci pourraient – selon le cas concret – également affecter d'autres domaines du marché intérieur bilatéral. Sont prévus, entre autres, la libre circulation des personnes, le transport aérien, le transport terrestre et les obstacles techniques au commerce.
Cependant, de telles contre-mesures ne seraient pas totalement libres de choix. Elles devraient être proportionnées et pourraient à leur tour être soumises à un examen juridique.
L'économie met en garde contre des coûts plus élevés
Pour les entreprises, la taxe proposée est donc controversée. L'Union patronale suisse avertit que les coûts supplémentaires pour la main-d'œuvre étrangère pourraient renchérir l'emploi – particulièrement dans une situation économique difficile. Le surcroît de travail administratif est également critiqué.
Les partisans, en revanche, soutiennent que la taxe pourrait créer une incitation financière à utiliser davantage la main-d'œuvre disponible en Suisse. En même temps, la population bénéficierait directement des recettes via leur redistribution.
Cependant, il n'est pas prouvé que cet effet d'incitation se produirait réellement. Le Conseil fédéral avait explicitement indiqué dans son rapport de mai qu'aucun avantage économique national prouvable n'avait pu être démontré pour une taxe générale sur l'immigration.
La proposition fait partie du paquet d'accords avec l'UE
La nouvelle taxe est étroitement liée à l'évolution des relations entre la Suisse et l'UE. Elle ne pourrait être introduite que si le nouveau paquet d'accords entre la Suisse et l'UE entre en vigueur et que la clause de sauvegarde qu'il contient est appliquée.
L'idée d'une taxe sur l'immigration n'a été retenue que lors des délibérations parlementaires sur le paquet d'accords. La Commission des institutions politiques du Conseil des États a décidé en août d'ajouter une telle taxe incitative aux mesures de protection. La décision a été prise par sept voix contre zéro, avec six abstentions.
Ainsi, une demande longtemps controversée devient une composante possible de la future politique migratoire suisse vis-à-vis de l'UE.
Ce qui se passe maintenant
Le Conseil des États est le prochain à agir. Il doit débattre du paquet d'accords avec l'UE et des modifications y afférentes lors de la session d'automne. La taxe sur l'immigration n'est qu'une partie de l'ensemble du paquet.
Il n'est donc pas encore certain que la taxe sera réellement introduite. Même avec l'approbation du Parlement, elle ne serait pas immédiatement exigible. Il faudrait d'abord que le nouveau paquet d'accords avec l'UE entre en vigueur. Ensuite, la Suisse devrait remplir les conditions d'application de la clause de sauvegarde et l'invoquer effectivement.
Une taxe pour le cas exceptionnel
Le cœur politique de la proposition est ainsi plus restreint que ne le suggère le terme de «droit d'entrée». Il ne s'agit pas d'une taxe générale pour les immigrants de l'UE, mais d'un instrument supplémentaire au cas où l'immigration dépasse certains seuils et que des problèmes économiques ou sociaux graves en résultent, selon les critères de la clause de sauvegarde.
Pour les entreprises, l'instrument pourrait néanmoins avoir des conséquences tangibles: au moins 4000 francs par nouvel employé de l'UE représenteraient un facteur de coût supplémentaire considérable. En même temps, en cas de forte immigration, plusieurs centaines de millions de francs pourraient être collectés et devraient être redistribués à la population.
Quant à savoir si cela conduira réellement à un contrôle efficace de l'immigration ou simplement à un nouveau point de discorde dans les relations avec l'UE, cela dépendra finalement de la conception concrète et de l'application de la clause de sauvegarde.
Sources
- Schweizer Radio und Fernsehen (SRF), 7 septembre 2026 : «Le Conseil fédéral soutient une initiative – La Suisse pourrait exiger un droit d'entrée en cas d'urgence».
- Conseil fédéral, 6 mai 2026 : «Le Conseil fédéral présente un rapport sur la taxe sur l'immigration».
- Conseil fédéral, 14 mai 2025 : «Le Conseil fédéral définit les critères d'application de la clause de sauvegarde».
- Commission des institutions politiques du Conseil des États, 18 août 2026 : «Bilatérales III : Taxe sur l'immigration comme mesure de protection».



