Les médecins exigent une nouvelle réduction des réserves des caisses maladie
Des réserves élevées pourraient freiner les primes à court terme. Quel est le réel champ d'action des assureurs maladie ?

Le débat sur les réserves des caisses maladie revient régulièrement. Dès que de nouvelles augmentations de primes sont annoncées, la même question se pose : Pourquoi les assurés devraient-ils payer plus si les assureurs maladie disposent en même temps de milliards de réserves ?
Début 2026, les assureurs maladie suisses disposaient d'environ 8,6 milliards de francs en réserves. C'est ce que révèlent les comptes annuels 2025 publiés par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). L'année dernière, les assureurs ont réalisé un excédent de recettes de près de 569 millions de francs, qui a été entièrement versé dans les réserves. Une grande partie de cet excédent provenait des placements de capitaux.
Pour la profession médicale, c'est un argument pour utiliser davantage les réserves afin de freiner les primes. Les assureurs, quant à eux, mettent en garde contre une réduction excessive du matelas financier. Les deux positions ont un fondement légitime.
À quoi servent les réserves d'une caisse maladie ?
Les réserves ne sont pas simplement de l'argent qu'une caisse maladie peut distribuer librement. Elles servent à assurer la solvabilité de l'assureur. Si les coûts de la santé augmentent de manière inattendue, si les marchés des capitaux s'effondrent ou si d'autres charges financières surviennent, les réserves doivent empêcher une caisse de ne plus pouvoir financer ses prestations.
La loi sur la surveillance de l'assurance-maladie (LSAMal) oblige donc les assureurs à maintenir des réserves suffisantes. Les exigences légales visent à protéger la sécurité financière des assureurs maladie et, par conséquent, les intérêts des assurés.
En même temps, il y a une limite importante : Les réserves ne doivent pas être excessivement élevées. Les primes, selon les règles légales, ne doivent pas non plus entraîner la constitution de réserves inutilement élevées.
8,6 milliards de francs – mais pas librement disponibles
Le chiffre de 8,6 milliards de francs semble d'abord colossal. Il doit cependant être mis en relation avec l'ensemble de l'activité d'assurance. Les réserves ne doivent pas seulement absorber les fluctuations à court terme, mais garantir la stabilité financière des assureurs maladie.
La somme absolue n'est donc pas la seule chose qui compte. Il est important de savoir quelle est la proportion des réserves par rapport au besoin minimum légal et au risque de l'assureur concerné.
Le test de solvabilité LAMal de l'OFSP mesure précisément cette sécurité financière. Pour l'ensemble du marché, le taux de solvabilité s'élevait à 147 % en 2025. Cet indicateur signifie, en termes simples, que les réserves disponibles étaient supérieures au niveau minimal requis par la surveillance. Cela ne signifie toutefois pas que 47 % des réserves sont automatiquement disponibles pour des rabais de primes.
Les médecins veulent utiliser davantage ce matelas
La demande de réduction des réserves émane à nouveau de la profession médicale. La Société médicale de la Suisse romande estime que les réserves devraient mieux remplir leur fonction d'« amortisseur » et que toute évolution des coûts ne devrait pas être directement répercutée sur les payeurs de primes.
La société médicale se réfère à l'évolution des dernières années. Entre 2019 et 2022, les assureurs ont parfois réduit considérablement leurs réserves. En revanche, au cours des années 2023 à 2025, aucune réduction volontaire des réserves n'a eu lieu.
Selon l'organisation des médecins de Suisse romande, la situation financière actuelle plaide donc pour un recours accru à ce matelas. Elle s'attend pour 2027 à une augmentation plutôt modérée des primes d'environ 2 à 2,5 % et considère que des augmentations plus importantes ne sont pas justifiées au vu des données de coûts actuelles.
L'OFSP autorise déjà une réduction des réserves
Un point important est souvent oublié dans le débat public : Les assureurs peuvent déjà aujourd'hui réduire leurs réserves de manière ciblée.
L'OFSP a prévu divers instruments à cet effet. Les assureurs peuvent, par exemple, calculer leurs primes au plus juste ou prendre en compte les rendements des capitaux dans le calcul des primes. Sous certaines conditions, une réduction volontaire des réserves est également possible.
Lors d'une réduction volontaire des réserves, un assureur peut utiliser une partie des réserves directement en faveur des assurés. Cet instrument est toutefois soumis à des conditions et ne doit pas mettre en péril la sécurité financière de la caisse.
L'évolution montre que cette possibilité n'est pas purement théorique : en 2021, 14 assureurs ont annoncé une réduction volontaire des réserves. En revanche, en 2024 et 2025, aucun assureur n'a présenté de plan de réduction correspondant.
Pourquoi les réserves ne peuvent pas être simplement distribuées
C'est précisément là que réside le cœur du conflit. Si les assureurs réduisaient fortement leurs réserves, ils pourraient baisser davantage les primes à court terme. En même temps, ils auraient alors un matelas financier plus petit pour faire face à des développements imprévus.
L'OFSP souligne donc que des réserves suffisantes sont importantes pour la solvabilité. Si la sécurité financière diminue trop, les assureurs devront reconstituer leurs réserves plus tard. En règle générale, cela se fait par les recettes de primes.
Une réduction des réserves n'est donc pas une solution durable pour l'augmentation des coûts de la santé. Elle peut réduire la charge des assurés pendant une certaine période, mais ne résout pas la cause de l'évolution des coûts.
Qu'apporterait une réduction des réserves pour les primes ?
La réponse ne peut pas être donnée par un seul chiffre. L'ampleur de l'influence d'une réduction des réserves sur les primes dépend, entre autres, de la situation financière de l'assureur concerné et de l'évolution de ses coûts.
Les différentes caisses maladie se distinguent également considérablement. Un assureur avec des réserves élevées et une solvabilité stable a fondamentalement plus de marge de manœuvre qu'une caisse plus proche du niveau minimal requis par la surveillance.
C'est pourquoi un accès général aux réserves n'entraînerait pas automatiquement un allègement de primes identique pour tous les assurés.
Le problème ne réside pas uniquement dans les réserves
L'évolution des primes dépend en fin de compte des coûts de la santé. Lorsque davantage de prestations médicales sont demandées, que les traitements deviennent plus chers ou que les structures tarifaires changent, les coûts de l'assurance obligatoire des soins augmentent.
C'est précisément pourquoi la politique de la santé mise de plus en plus sur des mesures de maîtrise des coûts. La Confédération travaille, entre autres, avec des objectifs de coûts, des réformes tarifaires et d'autres instruments pour freiner la croissance des dépenses de santé.
Le Conseil fédéral a également mis en vigueur une contre-proposition indirecte à l'initiative pour un frein aux coûts au 1er janvier 2026. Fin 2026, des objectifs de croissance maximale des coûts pour les années 2028 à 2031 devraient être fixés pour la première fois.
Cela montre : La question des primes à long terme ne peut pas être résolue uniquement par les réserves. Ce qui reste décisif, c'est l'évolution des coûts de la santé et les prestations financées, à quels prix.
Pourquoi la discussion reste-t-elle importante ?
La dispute sur les réserves est donc plus qu'un différend sur des milliards de francs. Elle touche une question fondamentale du système de santé suisse : Quelle doit être l'ampleur de la ceinture de sécurité financière des caisses maladie ?
Si le matelas est trop petit, le risque qu'une caisse se trouve sous pression financière en cas de coûts inattendus élevés augmente. S'il est durablement très grand, la question se pose inversement de savoir si les assurés paient des primes inutilement élevées.
Le système actuel tente de concilier ces deux risques. La surveillance prescrit des réserves minimales, mais permet, en cas de solvabilité suffisante, des instruments pour réduire les réserves excessives.
Le véritable enjeu : combien de réserves sont suffisantes ?
C'est précisément ici que les intérêts se rencontrent. La profession médicale souhaite utiliser davantage le matelas financier pour soulager les payeurs de primes. Les assureurs doivent en même temps s'assurer qu'ils restent solvables même en cas d'augmentations de coûts imprévues.
Les chiffres actuels ne montrent ni que les caisses maladie pourraient distribuer leurs réserves à volonté, ni qu'une réduction des réserves serait fondamentalement impossible. Les deux font partie du système existant.
La question décisive n'est donc pas de savoir si les réserves peuvent être réduites. C'est déjà possible. Il s'agit plutôt de savoir combien de matelas financier est réellement nécessaire et quelle partie peut être utilisée pour alléger les primes.
Pour les assurés, une réduction des réserves serait attractive à court terme. Cependant, les primes ne baissent pas automatiquement de manière durable. Pour cela, il faudrait avant tout freiner la croissance des coûts de la santé.
Les milliards de réserves ne sont donc ni un trésor intouchable des caisses maladie ni un avoir librement disponible des assurés. Ils sont avant tout un mécanisme de sécurité – et c'est précisément sur l'ampleur de ce mécanisme de sécurité que le débat politique devrait se poursuivre.
Sources
- Office fédéral de la santé publique (OFSP) : Comptes annuels 2025 des assureurs maladie
- Office fédéral de la santé publique (OFSP) : Instruments pour la réduction des réserves
- Office fédéral de la santé publique (OFSP) : Test de solvabilité LAMal
- Office fédéral de la santé publique (OFSP) : Loi sur la surveillance de l'assurance-maladie (LSAMal)
- Société médicale de la Suisse romande : «Les réserves des caisses maladie devraient jouer leur rôle d’amortisseur», septembre 2026



