Économie11:45 hTemps de lecture: 8 min0 commentaires

Vente aux enchères de fréquences pour un milliard: enjeux du réseau mobile suisse

Swisscom, Sunrise et Salt s'opposent à l'enchère de fréquences prévue. Cela pourrait affecter le réseau, la concurrence et les clients de la téléphonie mobile.

Frequenz-Auktion
Bild: open AI

Un bien invisible détermine si nous pouvons téléphoner, envoyer des messages, regarder des vidéos ou travailler en déplacement sur notre smartphone: les fréquences mobiles. Une grande partie de cette ressource publique rare sera désormais redistribuée en Suisse – et les trois opérateurs de réseau établis en sont peu ravis.

Swisscom, Sunrise et Salt doivent se préparer à une nouvelle procédure d'attribution. La Commission fédérale de la communication (ComCom) a lancé le 1er septembre 2026 l'appel d'offres pour une partie essentielle des fréquences mobiles actuellement utilisées. La vente aux enchères devrait avoir lieu au deuxième trimestre 2027.

Il s'agit de fréquences des bandes 800, 900, 1800, 2100 et 2600 mégahertz. Elles sont d'une grande importance pour les réseaux mobiles actuels. Les concessions correspondantes expirent fin 2028. Les nouvelles concessions seront valables 15 ans à partir du 1er janvier 2029.

Au moins 854,7 millions de francs sont en jeu

Les dimensions sont considérables. La ComCom a fixé un prix minimum total d'environ 854,7 millions de francs pour l'enchère. Le montant effectivement payé dépendra du déroulement de l'enchère.

À titre de comparaison: lors de la dernière attribution majeure en 2019, la Confédération a perçu environ 379 millions de francs. À l'époque, des fréquences pour le déploiement de la technologie 5G avaient été attribuées.

Les fréquences désormais disponibles ne sont cependant pas de simples «fréquences 5G». Les concessions sont attribuées de manière technologiquement neutre. Les opérateurs peuvent utiliser le spectre pour différentes technologies de communication mobile, en fonction de l'évolution technique.

Pourquoi la Confédération organise cette enchère

Les fréquences n'appartiennent pas aux entreprises de télécommunications. Elles constituent une ressource publique rare que l'État met à disposition pour une durée limitée.

La ComCom justifie cette nouvelle attribution par deux objectifs centraux: la Suisse doit continuer de disposer de trois réseaux mobiles performants, et la concurrence doit être maintenue et encouragée autant que possible.

C'est pourquoi la procédure n'est pas ouverte uniquement à Swisscom, Sunrise et Salt. D'autres entreprises peuvent également postuler, à condition de remplir les conditions. La ComCom a aussi prévu des restrictions de soumission afin qu'aucun opérateur ne puisse acquérir une part excessive du spectre.

La procédure est donc plus qu'une simple vente aux enchères monétaire. Il s'agit aussi de savoir qui pourra disposer à l'avenir des fréquences rares en Suisse et sous quelles conditions.

Les trois grands opérateurs auraient préféré une prolongation

C'est précisément là que réside la critique de Swisscom, Sunrise et Salt. Les entreprises auraient, selon leurs dires, souhaité une prolongation des concessions existantes, plutôt que de voir les fréquences à nouveau mises aux enchères.

Leur argument: les opérateurs ont investi des milliards dans leurs réseaux ces dernières années. Une enchère crée au contraire une incertitude quant aux fréquences qu'une entreprise pourra réellement utiliser à l'avenir et à quel prix.

À cela s'ajoute le montant des prix minimums. Sunrise critique par exemple que les prix de départ élevés immobilisent des fonds qui pourraient autrement être disponibles pour le développement du réseau, les innovations et de nouveaux produits.

La ComCom rejette cette accusation. Elle affirme qu'il ne s'agit pas d'obtenir le plus d'argent possible pour la Confédération. Elle justifie les prix minimums plus élevés par la forte demande pour certaines fréquences particulièrement attractives.

Pourquoi ces fréquences sont importantes pour nous

Pour les utilisateurs de smartphones, le débat semble abstrait au premier abord. Les fréquences ne se voient pas, on ne peut pas les toucher – et pourtant, nos connexions quotidiennes en dépendent.

Quand le smartphone communique avec une antenne mobile, les données sont transmises via des fréquences radio. Les plages de fréquences dont dispose un opérateur influencent, entre autres, la manière dont il déploie son réseau et les capacités qu'il peut offrir à des emplacements spécifiques.

Les fréquences plus basses, comme 800 ou 900 mégahertz, peuvent couvrir de vastes zones et sont donc importantes pour la couverture en dehors des régions densément peuplées. Les bandes de fréquences plus élevées peuvent transporter de grandes quantités de données, mais ont des propriétés de propagation différentes.

L'attribution des fréquences est donc un élément de la politique d'infrastructure numérique.

Les abonnements mobiles vont-ils devenir plus chers?

C'est probablement la question la plus importante pour la plupart des gens.

La réponse actuelle est: plutôt non – du moins pas directement à cause de l'enchère.

Selon SRF, les conséquences pour les clients devraient rester limitées. Un nouvel opérateur de téléphonie mobile n'entrerait guère sur le marché suisse, étant donné les coûts énormes des fréquences et de la construction d'un propre réseau. Aucune conséquence directe de l'enchère sur les prix n'est actuellement attendue.

Il est également à noter que, selon SRF, les enchères de fréquences précédentes n'ont pas entraîné d'augmentations générales des prix des abonnements mobiles.

Cela ne signifie toutefois pas que les opérateurs ne pourront jamais répercuter les coûts sur leurs clients. Swisscom, Sunrise et Salt sont en concurrence et doivent financer leurs investissements. Le fait que des coûts de fréquences plus élevés se répercutent finalement sur les prix dépendra donc aussi de l'intensité de la concurrence et des marges que les entreprises pourront réaliser.

Le risque majeur pourrait concerner le déploiement du réseau

Une autre question pourrait être plus intéressante que celle du prochain abonnement mobile: que se passe-t-il avec l'argent que les entreprises de télécommunications doivent dépenser pour les fréquences?

Chaque franc payé pour une concession ne peut pas être utilisé simultanément à une autre fin. Les opérateurs soutiennent donc que des coûts d'enchère élevés pourraient entraver les investissements dans les réseaux, les innovations et les capacités supplémentaires.

C'est particulièrement pertinent en Suisse. Le déploiement du réseau est complexe en raison de la topographie. Les conditions sont très différentes entre les villes, les agglomérations, les régions montagneuses et les vallées isolées.

La branche demande donc que l'attribution des fréquences ne tienne pas seulement compte du produit de l'enchère, mais aussi des bénéfices à long terme pour la population et l'économie.

La Confédération suit une autre logique

Du point de vue de la ComCom, il s'agit également du bénéfice à long terme. L'autorité veut s'assurer que les fréquences sont utilisées efficacement et que la concurrence entre les opérateurs existants est maintenue.

Un point central est donc qu'aucune entreprise ne puisse acquérir la majeure partie du spectre. Les restrictions de soumission prévues doivent empêcher que la structure du marché ne se modifie au détriment de la concurrence à travers l'enchère.

Deux intérêts s'opposent ainsi: les entreprises veulent une sécurité de planification et des coûts aussi bas que possible. L'État souhaite une attribution juste et compétitive d'une ressource rare.

Il ne s'agit pas seulement de Swisscom, Sunrise et Salt

L'appel d'offres pourrait théoriquement ouvrir la porte à un nouvel opérateur. En pratique, les obstacles sont cependant élevés.

Pour exploiter son propre réseau mobile en Suisse, il ne faut pas seulement des fréquences. Il faut aussi des emplacements d'antennes, des réseaux de fibre optique et d'autres réseaux de transport, des centres de données, de la technologie, du personnel et une clientèle.

Les coûts d'une entrée complète sur le marché seraient donc énormes. C'est pourquoi un nouveau quatrième opérateur de réseau est actuellement jugé peu probable.

C'est une information importante pour les consommateurs: l'enchère ne signifie pas automatiquement plus de concurrence. Elle vise à garantir la concurrence – mais la question de savoir si un nouvel opérateur apparaît réellement est une toute autre affaire.

Pourquoi le résultat est tout de même important pour la Suisse

Le débat montre à quel point la communication mobile est devenue essentielle pour la société suisse. Le smartphone n'est plus seulement un appareil pour téléphoner. Payer, travailler, naviguer, consommer des médias, communiquer en cas d'urgence et de nombreux services dépendent de réseaux mobiles fonctionnels.

L'attribution des fréquences détermine donc indirectement la performance de cette infrastructure au cours des 15 prochaines années.

Pour la population, peu de choses devraient changer le lendemain. Personne n'aura à changer de téléphone ou à s'attendre à un réseau moins performant à cause de l'enchère. Une hausse soudaine des prix des abonnements n'est pas non plus prévisible actuellement.

À long terme, la question est plus importante: comment la Suisse parvient-elle à concilier des réseaux mobiles abordables et performants, les investissements des entreprises et une concurrence équitable?

Un litige à un milliard pour quelque chose d'invisible

À première vue, l'enchère de fréquences ressemble à un conflit entre la Confédération et trois grands groupes de télécommunications. Mais derrière cela se cache une question qui concerne tout le monde.

La Suisse décide qui peut utiliser une partie de l'infrastructure invisible sur laquelle repose une grande partie de notre quotidien numérique.

Les entreprises veulent payer le moins possible et pouvoir planifier à long terme. La Confédération souhaite une attribution transparente, la concurrence et un revenu adéquat pour cette ressource rare.

Pour les Suisses, l'enchère sera donc moins perceptible par une facture de téléphone immédiatement plus élevée. Ce qui sera déterminant, c'est ce qui se passera ensuite avec les réseaux: à quelle vitesse se fera l'extension, quelle sera la performance des connexions – et quel niveau de concurrence subsistera sur le marché suisse de la téléphonie mobile?

La réponse ne sera pas donnée avec l'adjudication en 2027. Elle ne se révélera que dans les années suivantes.

Sources

  • Office fédéral de la communication (OFCOM) / Commission fédérale de la communication (ComCom): Attribution des fréquences mobiles disponibles à partir de 2029
  • ComCom: Appel d'offres pour les fréquences mobiles libérées en 2029 du 1er septembre 2026
  • OFCOM: Fréquences mobiles attribuées pour la 5G en Suisse, 2019
  • SRF: «Vente aux enchères d'un milliard – Swisscom, Sunrise et Salt contre la Confédération», 1er septembre 2026

Partager l’article

Signaler une erreur dans l'article

Merci pour votre signalement. Veuillez décrire l'erreur aussi précisément que possible.

PNG, JPG ou WebP, max. 5 Mo

Commentaires

Connectez-vous pour participer à la discussion.

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à écrire.