
Le Canada se rapproche de l'UE – un modèle peu adapté à la Suisse
Ottawa renforce sa coopération avec l'Europe en matière de sécurité, de commerce numérique et de matières premières. Cela illustre la flexibilité de l'UE avec les pays tiers, mais aussi la singularité de la situation suisse.
Le Canada ne cherche pas à remplacer les États-Unis en Europe. Il cherche une assurance contre une dépendance excessive. Ottawa et Bruxelles intensifient leur coopération en matière de défense, de commerce numérique, de matières premières critiques et de sécurité économique. Un autre sommet Canada-UE est prévu fin octobre.
Pour la Suisse, ce rapprochement apparaît comme un modèle séduisant: coopération étroite avec l'UE, sans adhésion et sans adoption exhaustive du droit de l'UE. Cependant, la comparaison n'est pertinente que jusqu'à un certain point. Le Canada et la Suisse abordent leur politique européenne depuis des positions fondamentalement différentes.
De nombreux modules, mais pas de marché unique
Le Canada dispose depuis 2017 d'un accord de libre-échange, le CETA, appliqué à titre provisoire. En 2025, un partenariat sur mesure en matière de sécurité et de défense est venu s'ajouter, similaire à ceux que l'UE entretient avec sept autres pays tiers. Les deux parties négocient actuellement sur le commerce numérique et approfondissent leur coopération concernant les matières premières critiques. Le Canada participe également à l'instrument européen de défense SAFE.
C'est politiquement important, mais il ne s'agit pas d'une adhésion déguisée. Ce partenariat n'est pas contraignant comme le traité de l'UE, il ne confère pas au Canada de droit de codécision à Bruxelles et n'ouvre le marché unique que là où des accords spécifiques le prévoient. L'OTAN reste également la pierre angulaire de la sécurité canadienne, selon la déclaration conjointe.
Même le CETA montre les limites des traités modulaires. L'accord est appliqué à titre provisoire depuis des années, mais n'est pas encore entièrement ratifié par tous les États membres de l'UE. Pour les entreprises, il entraîne une réduction des droits de douane et un accès simplifié au marché, mais pas les mêmes droits qu'un établissement au sein du marché unique. La coopération peut aller très loin sans en assumer les conséquences politiques et juridiques d'une adhésion; son ampleur économique reste néanmoins limitée.

Les chiffres révèlent le véritable problème du Canada
Le commerce de biens et services entre le Canada et l'UE a atteint environ 130 milliards d'euros en 2025, soit environ 80 % de plus qu'en 2016. Cependant, en 2024, environ 70 % des exportations canadiennes sont allées aux États-Unis. Seulement quatre pour cent concernaient les États liés au Canada par le CETA. La nouvelle stratégie européenne diversifie donc un modèle économique fortement nord-américain. Elle ne le remplace pas.
La géographie et les chaînes d'approvisionnement imposent des limites. Un camion de l'Ontario atteint le marché américain en quelques heures; le chemin vers l'Europe nécessite un port, un navire et une logistique supplémentaire. C'est pourquoi le nouveau partenariat se concentre sur des domaines où la distance importe moins ou doit être stratégiquement surmontée: règles numériques, armement, énergie, matières premières et recherche.
La Suisse est déjà bien plus profondément intégrée
Pour la Suisse, l'UE n'est pas une cible de diversification de l'autre côté de l'Atlantique, mais l'espace économique immédiat. Selon les chiffres fédéraux, 51 % des exportations suisses de marchandises sont destinées à l'UE, tandis que 70 % des importations proviennent de là. Pour le commerce total de biens et services, la part de l'UE dépasse la moitié.
Les entreprises suisses sont également étroitement liées au marché unique par la libre circulation des personnes, les transports terrestres, les normes techniques, les flux d'électricité et les services transfrontaliers. C'est précisément pourquoi le paquet "Bilatérales III", que le Conseil fédéral a soumis au Parlement en mars, contient des règles institutionnelles: reprise dynamique du droit dans les accords d'accès au marché, interprétation uniforme, règlement des différends et directives concernant les aides d'État.
Le Canada n'a pas besoin de cette architecture car il ne dispose pas d'un accès sectoriel comparable au marché unique. Si la Suisse optait plutôt pour un modèle de libre-échange et de sécurité à la canadienne, la relation serait juridiquement plus simple – mais économiquement beaucoup moins profonde. Ce ne serait pas une alternative gratuite, mais un démantèlement conscient de l'intégration.
Le moment politique rend la comparaison néanmoins attrayante. Le Parlement suisse examine actuellement un paquet qui garantit l'accès au marché en échange d'un engagement institutionnel. Les opposants évoquent les coûts de souveraineté, les partisans la sécurité juridique. Le Canada rappelle aux deux parties qu'un «État tiers» n'est pas une catégorie uniforme: une plus grande autonomie vis-à-vis des règles de l'UE signifie généralement aussi un accès moins garanti à son marché.
La principale leçon pour Berne
Le Canada démontre néanmoins un point important: l'UE peut coopérer de manière pragmatique et modulaire avec des pays tiers si les deux parties ont un intérêt commun clair. La Suisse peut aussi pondérer politiquement de nouveaux domaines comme la recherche, la sécurité ou l'énergie individuellement. Mais chaque module a une contrepartie limitée. Plus un pays bénéficie du marché unique, moins il est possible d'exclure la question institutionnelle.
Le modèle canadien n'est donc pas une voie royale pour la Suisse. C'est un contraste utile. Ottawa cherche à équilibrer un voisinage dominant par des partenaires éloignés. Berne doit décider à quelles conditions elle sécurise son imbrication européenne déjà existante. Seule la volonté de marge de manœuvre est similaire – pas le prix que les deux pays paient pour cela.



