
BNS: pourquoi l'économie suisse ne montre pas un tableau uniforme
Les contacts économiques régionaux de la BNS montrent pourquoi un tableau d'ensemble ne doit pas masquer les différences entre industrie, services et régions.
Les entretiens comme indicateur avancé
Les signaux conjoncturels de la Banque nationale suisse (BNS) ne reposent pas sur une enquête auprès des consommatrices et des consommateurs, mais sur des entretiens réguliers de ses délégués avec des entreprises dans toute la Suisse. Ils ne fournissent pas d'extrapolation exacte du produit intérieur brut. Leur valeur se situe ailleurs: ils montrent tôt où les entrées de commandes, les marges, les besoins en personnel ou les prix divergent.
C'est précisément pour cette raison que le tableau le plus récent est mitigé. La BNS décrit une économie qui, dans l'ensemble, ne bascule pas dans une tendance à la baisse uniforme. En même temps, certaines branches sont exposées de manière très différente. Les services et la construction peuvent faire état d'une situation solide, tandis que les entreprises industrielles doivent surveiller le taux d'utilisation des capacités, la demande étrangère et le taux de change.
Les entretiens régionaux complètent la statistique
Les données officielles paraissent souvent avec un décalage et sont révisées. Les entretiens avec les entreprises ne remplacent pas ces données, ils les complètent. La BNS agrège les appréciations des directions d'entreprise et souligne elle-même qu'il s'agit d'informations interprétées. Qui déduit d'une voix isolée une prévision pour toute la Suisse voit donc trop court.
L'apport de connaissances naît de la comparaison: les chaînes d'approvisionnement sont-elles détendues? Des investissements sont-ils reportés? Les hausses de prix d'achat peuvent-elles être répercutées? Les entreprises trouvent-elles encore du personnel? De telles questions saisissent souvent plus tôt que les chiffres trimestriels la manière dont les évolutions mondiales se transmettent à l'économie réelle.
L'industrie reste la partie sensible
Les entreprises orientées vers l'exportation réagissent particulièrement fortement à la conjoncture de leurs marchés de débouchés, à la politique commerciale et au franc. Une utilisation plus faible des capacités n'est pas automatiquement un signal de crise. Elle peut toutefois indiquer que les investissements ou les commandes sont planifiés avec davantage de prudence.
Le secteur des services obéit à une autre logique. De nombreux domaines dépendent davantage de la demande intérieure; d'autres – par exemple les services financiers, de conseil ou informatiques – sont connectés à l'international, mais ne sont pas touchés dans la même mesure par les droits de douane sur les marchandises. Une économie d'ensemble «solide» peut donc masquer des charges régionales et sectorielles.
Prix et salaires décident de la prochaine étape
Pour la politique monétaire, ces entretiens sont également importants parce que les entreprises renseignent sur les coûts et les attentes. La hausse des coûts de l'énergie ou du transport ne dit encore rien sur la question de savoir si elle se répercute dans les prix de vente. De même, un marché du travail tendu n'est pas synonyme de salaires fortement en hausse. La BNS doit distinguer si un choc de coûts reste temporaire ou s'il se consolide plus largement.

Ce que l'on ne peut pas déduire des entretiens
Les signaux conjoncturels ne sont ni un baromètre de votation ni une enquête représentative de toutes les entreprises. Ils restituent des appréciations condensées issues d'entretiens avec des entreprises. Leur force réside dans des schémas récurrents entre les régions et les branches, et non dans un chiffre exact pour une commune ou une entreprise donnée.
C'est pourquoi ils doivent toujours être lus à côté de données dures: production, emploi, prix, commerce extérieur et évolution du crédit. C'est seulement dans leur interaction que l'on peut juger si une modification observée est passagère ou si elle se consolide.
Ce qui en découle pour la Suisse
Ces signaux mitigés ne traduisent pas une indécision, mais une description réaliste d'une économie ouverte. Pour la politique, les entreprises et les ménages, la question importante n'est pas de savoir si «l'économie» va bien ou mal. Elle est: quels risques touchent quelle branche, quelle région et quels revenus?
Les contacts régionaux n'apportent pas de réponse définitive à cette question. Ils aident toutefois à poser la bonne question plus tôt. C'est ce qui les rend précieux pour l'appréciation de la situation par la BNS – et qui explique pourquoi un seul chiffre de croissance raconte rarement toute l'économie suisse.


