
Tardoc sous pression: ce que la critique des factures révèle
Des cas isolés soulèvent des questions importantes – mais ils ne prouvent pas encore une fraude systémique
La critique est acérée: un système qui incite à tricher ne serait pas un bon système. À l'origine, une enquête de l'émission romande «À bon entendeur», relayée par Medinside. Elle décrit entre autres le cas d'une patiente qui a reçu deux injections oculaires lors de rendez-vous désormais distincts, alors que l'intervention se faisait auparavant en une seule consultation. La clinique justifie cette scission par des considérations médicales, comme le risque d'infection et la surveillance d'éventuels effets secondaires. Selon le reportage, la médecin de famille de la patiente ne partage pas cette appréciation. Un conseiller aux États neuchâtelois a qualifié certaines pratiques d'illégales, tandis qu'un médecin spécialiste critiquait à l'inverse des baisses de rémunération et de mauvaises incitations.
Ce cas est pertinent, car il touche à une question centrale de toute réforme tarifaire: le mode de rémunération modifie-t-il le déroulement du traitement? Il serait toutefois erroné de conclure d'un seul exemple à une fraude ou à une pratique généralisée. Savoir si un rendez-vous supplémentaire est médicalement justifié et tarifairement correct ne peut s'évaluer qu'à partir du cas concret, de la documentation et des règles tarifaires en vigueur. L'enquête fournit une raison de vérifier – pas une preuve solide d'un comportement fautif généralisé.
Ce qui a changé depuis janvier
Depuis le 1er janvier 2026, le domaine ambulatoire n'applique pas simplement «le Tardoc», mais un système tarifaire global en deux parties. Tardoc est un tarif à la prestation individuelle: les prestations médicales, ainsi que les prestations d'infrastructure et de personnel, reçoivent des points tarifaires, convertis en francs au moyen de valeurs de point qui varient d'un canton à l'autre. À côté s'ajoutent des forfaits ambulatoires. Ils rémunèrent certaines interventions standardisables par un montant fixe, respectivement un nombre fixe de points tarifaires.
Cette combinaison est un choix délibéré. Le Conseil fédéral voulait ainsi remplacer la structure TARMED, vieille de plus de vingt ans, et corriger les mauvaises incitations. L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) relève lui-même que les forfaits peuvent réduire l'incitation à facturer de manière excessive, laquelle peut apparaître avec les tarifs à la prestation. Cela ne signifie pas pour autant que toute facturation à l'acte soit suspecte. Elle reste nécessaire pour de nombreux traitements ambulatoires, notamment lorsque les prestations sont moins standardisées ou ne relèvent pas d'un forfait.
Où se situe l'interface critique
C'est précisément à cette interface que naissent les questions difficiles. Lorsque certaines prestations ne peuvent pas être facturées ensemble, ou doivent l'être autrement, une pression économique peut pousser à modifier les procédures. Savoir si c'est réellement le cas dans une situation donnée ne relève pas de la supposition, mais de la vérification. Des raisons médicales peuvent justifier des rendez-vous séparés. À l'inverse, une scission visant uniquement à augmenter la rémunération serait problématique. Un contrôle rigoureux doit distinguer les deux possibilités.
La neutralité des coûts est elle aussi souvent mal comprise. Selon les prescriptions, le passage de TARMED au nouveau système ne doit pas entraîner de coûts supplémentaires du seul fait que la structure tarifaire est nouvelle. Il s'agit d'une exigence portant sur la transition au niveau du système. On ne peut pas en déduire que chaque patiente recevra la même facture qu'auparavant, ni que chaque prestation évoluera de la même manière. De nouvelles évaluations peuvent rémunérer davantage certaines prestations et moins d'autres. Ce qui est déterminant, c'est de savoir si le changement de système s'opère globalement à coûts neutres et si les prestations fournies restent économiques et médicalement appropriées.
Vérifier systématiquement les signaux d'alerte précoces
La réforme est encore récente. Le Conseil fédéral a autorisé le système global pour une durée limitée à fin 2028, afin que les adaptations nécessaires après l'introduction restent possibles. Les partenaires tarifaires ont fondé pour cela l'organisation ambulante Arzttarife; dès 2027, les structures devraient être actualisées pour la première fois, puis faire l'objet d'un développement annuel. Ce n'est pas une excuse pour des erreurs, mais un contexte important: les mauvaises incitations qui apparaissent tôt devraient être vérifiées rapidement à l'aide de données et, le cas échéant, corrigées dans les règles tarifaires.
Que serait-il judicieux de faire maintenant? Premièrement, il faut des analyses transparentes et comparables permettant de savoir si le nombre de rendez-vous, les volumes facturés et les parcours de traitement évoluent de manière inhabituelle pour certaines interventions. Deuxièmement, les assureurs et les autorités compétentes doivent contrôler systématiquement les factures douteuses, au lieu de tirer des reproches généralisés de cas suspects. Troisièmement, une communication compréhensible est nécessaire pour les patientes et les patients. Toute personne qui reçoit des rendez-vous supplémentaires peut demander la justification médicale et faire expliquer une facture par le cabinet ou l'assureur.
L'enquête remplit ainsi une fonction importante: elle rend visible les points où un nouveau système tarifaire pourrait créer des incitations indésirables. Son constat le plus fort n'est pas que Tardoc aurait déjà échoué. Il est que les partenaires tarifaires, l'autorité de surveillance et les assureurs doivent désormais montrer s'ils savent reconnaître de tels signaux, les examiner proprement et les corriger rapidement.
Sources
- Medinside: «Tardoc: un système qui incite à tricher», 14 octobre 2026
- OFSP: Tardoc et forfaits ambulatoires – le nouveau système tarifaire
- OFSP: Tarif médical ambulatoire – système, neutralité des coûts et autorisation
- OFSP: fiche d'information sur le nouveau tarif médical, 29 septembre 2026
- OFSP: approbation du système tarifaire global par le Conseil fédéral, 30 avril 2025


