
Le dimanche libre vit du travail des autres
Café, soins, transports: les services du dimanche font tourner la Suisse. Savoir qui peut co-décider de ces horaires est tout aussi déterminant.
Le café est servi, le train roule, l'hôpital prodigue des soins. Qui a congé le dimanche croise des personnes dont le travail rend précisément ce jour libre possible. C'est là une contradiction du repos dominical: il ne peut jamais valoir en même temps pour tout le monde. D'autant plus importante est la question de la répartition du travail nécessaire – et de l'influence que les employés exercent sur celle-ci.
Le débat ne se réduit donc pas à des portes de magasins ouvertes ou fermées. Un service supplémentaire modifie aussi le temps qu'une famille peut passer ensemble. Un lundi libre permet de récupérer; il ne crée toutefois pas un lundi sans école pour les enfants, ni un jour libre pour le cercle d'amis.
Un jour protégé, avec de nombreuses exceptions
Selon la loi suisse sur le travail, l'occupation de travailleurs est en principe interdite entre le samedi 23 heures et le dimanche 23 heures. Les exceptions exigent une base légale. Des dispositions particulières existent pour certaines entreprises et certains travailleurs, notamment dans l'hôtellerie-restauration. Les règles de la loi sur le travail ne peuvent en outre pas être transposées de manière identique à toutes les professions.
Le Secrétariat d'État à l'économie distingue le travail du dimanche temporaire du travail du dimanche régulier. Selon le cas, les autorisations relèvent des autorités cantonales ou de la Confédération. Cette distinction concerne aussi la compensation: le supplément de salaire légal de 50 pour cent s'applique au travail du dimanche temporaire. Qui travaille régulièrement le dimanche n'a pas, de ce seul fait, un droit général prévu par la loi à ce supplément. Les réglementations contractuelles ou de convention collective doivent en outre être respectées. C'est ce qu'expliquent tant le Seco que le guide d'Unia.
L'argent et le temps libre remplissent ici des fonctions différentes. La loi prévoit également un repos compensatoire pour le travail du dimanche. Selon les règles générales, les interventions allant jusqu'à cinq heures sont compensées par un temps libre de même durée; pour les interventions plus longues, un jour de repos compensatoire est prévu. Pour la prétention concrète, les dispositions sectorielles applicables restent déterminantes.

Ce que la recherche montre réellement
Une synthèse de recherche du Centre interdisciplinaire d'études genre de l'Université de Berne, datée de juillet 2025, examine les conséquences du travail du dimanche. Elle a été commandée par la Sonntagsallianz (Alliance du dimanche), une association regroupant notamment des organisations syndicales et ecclésiastiques. Cette origine fait partie de la mise en perspective du rapport.
L'analyse signale des difficultés pour la vie de famille, les contacts sociaux et l'engagement dans la société. La question de savoir si les employés peuvent participer à l'organisation de leur temps de travail apparaît particulièrement pertinente. Des interventions choisies volontairement peuvent être vécues autrement que des services imposés. En revanche, les données disponibles sur la santé et la satisfaction au travail sont hétérogènes.
Les chercheurs nomment une faiblesse importante: de nombreuses études regroupent le dimanche, le week-end, le travail de nuit et le travail par équipes. Souvent, elles montrent des corrélations sans pouvoir prouver de causes. De telles données ne permettent pas de conclure sérieusement que chaque intervention du dimanche rend malade. Pas plus qu'elles ne justifient l'hypothèse qu'un jour de repos compensatoire résolve toutes les conséquences sociales. La synthèse fournit des arguments pour de meilleures conditions de travail, mais pas de formule simple valable pour toutes les professions.
Les plannings de service sont aussi une planification familiale
Il en découle une conséquence pratique: pour juger le travail du dimanche, il faut examiner non seulement le salaire, mais aussi la prévisibilité. Combien de temps à l'avance l'intervention est-elle fixée? Les services peuvent-ils être échangés? Les employés peuvent-ils annoncer des souhaits sans que ce soient toujours les mêmes personnes qui doivent combler les lacunes? Ce sont des questions d'organisation du travail, et non des droits légaux supplémentaires.
Pour certaines personnes, une intervention du dimanche peut bien convenir à leur quotidien. D'autres y perdent un temps partagé devenu rare. Les deux peuvent se produire dans la même entreprise. Une solution équitable doit tenir compte de ces différences, au lieu de présumer soit une liberté totale, soit une charge identique pour tous.
La perspective de la clientèle en fait partie. L'approvisionnement nécessaire, le trafic d'excursion et le désir d'un achat spontané sont des besoins différents. L'opportunité d'offrir une prestation le dimanche doit donc être justifiée dans chaque cas. Son confort pour les uns ne dit encore que peu de chose de ce qui peut être exigé des autres.
Le dimanche libre reste une conquête commune, précisément parce que tout le monde ne peut pas être libre en même temps. Sa qualité se mesure aussi au fait que celles et ceux qui travaillent obtiennent de manière fiable du repos et du temps partagé. Un merci à la caisse ou au café est aimable. Un planning de service prévisible va plus loin.


