
Criminalité et nationalité: ce que les chiffres disent vraiment
Les statistiques policières recensent des situations de soupçon et des infractions enregistrées, non la «criminalité» de groupes entiers. Qui veut comparer les nationalités doit tenir compte des groupes de référence, de l'âge, du sexe et du statut de séjour.
Lorsqu'on débat de criminalité et de nationalité, les chiffres servent souvent de réponse rapide. La statistique policière de la criminalité suisse fournit effectivement des données sur les personnes prévenues selon la nationalité et le statut de séjour. Elle peut donc rendre des différences visibles. Elle ne répond toutefois pas à la question bien plus large de savoir quels êtres humains seraient «plus criminels».
La raison ne tient pas à une statistique manquante, mais à ce que celle-ci mesure. La statistique policière de la criminalité recense les infractions enregistrées par la police et les personnes prévenues. Ce n'est pas une statistique des condamnations entrées en force. Et elle ne reflète pas tous les facteurs qui seraient importants pour une comparaison équitable entre différents groupes de population.
Ce que compte la statistique policière
Pour 2025, l'Office fédéral de la statistique recense au total 92 147 personnes prévenues. Parmi elles, 38 821 avaient la nationalité suisse et 53 326 une nationalité étrangère. Le second chiffre regroupe toutefois des groupes différents: des personnes domiciliées en Suisse, des personnes relevant du domaine de l'asile et d'autres personnes étrangères sans domicile durable. Ces catégories présentent des structures d'âge, des situations de vie et des occasions de contact avec la police et les autorités qui diffèrent.
Les données ne sont donc pas fausses lorsqu'elles distinguent des groupes séparés. Le problème surgit seulement lorsqu'on en déduit, sans autre examen, une propriété des nationalités. Une comparaison de chiffres absolus ne peut par exemple tenir compte ni de la taille du groupe de population concerné ni de sa composition. Un taux par habitant ou par habitante ne constitue lui aussi qu'une première étape, car l'âge et le sexe sont fortement corrélés au risque dans de nombreuses infractions.
Un soupçon n'est pas une condamnation
Un deuxième point est juridiquement central: est enregistrée comme prévenue la personne contre laquelle la police enquête en lien avec une infraction. Cela ne signifie pas qu'un tribunal la déclarera coupable par la suite. Des procédures peuvent être classées, des accusations échouer ou des reproches se révéler impossibles à prouver. La présomption d'innocence s'applique à toutes les catégories de la statistique.
De plus, les types d'infractions ne sont pas équivalents. Les atteintes au patrimoine, les infractions à la législation sur les étrangers, les délits de la circulation et les actes de violence grave ont des causes différentes, des taux de dénonciation différents et des pratiques d'enquête différentes. Qui réunit toutes les infractions dans un seul indicateur peut masquer des différences importantes.
L'Office fédéral de la statistique publie donc des tableaux par groupes d'infractions, par statut de séjour et selon d'autres caractéristiques. Cette différenciation n'est pas un détail accessoire. Elle détermine si un chiffre décrit une observation ou s'il est chargé d'une explication non étayée.
Les chiffres exigent la bonne base de comparaison
Un taux ne peut être comparé de manière pertinente que s'il porte sur la même population de référence. Qui réunit en un seul chiffre des personnes sans domicile, des personnes du domaine de l'asile et des personnes établies compare des groupes dont les situations juridiques et sociales de départ sont très différentes. La structure de la population évolue elle aussi. Un groupe comptant une part supérieure à la moyenne de jeunes hommes apparaîtra différemment dans des groupes d'infractions qui concernent surtout les jeunes hommes, par rapport à un groupe composé de manière plus large en termes d'âge.
Cela ne rend ni une infraction moins problématique ni une statistique sans valeur. Mais cela déplace la question: de l'étiquette d'un groupe vers des facteurs vérifiables. Quelles infractions augmentent? Qui en est victime? Quelle prévention atteint les groupes à risque? Et quelles sanctions sont efficaces?
Pourquoi les réponses simples ne tiennent pas
La criminalité ne découle pas de la seule nationalité. La recherche et les statistiques montrent régulièrement que la situation sociale, l'âge, le sexe, l'environnement de logement, la formation, l'intégration sur le marché du travail et les antécédents de violence peuvent être pertinents. Aucune de ces variables ne permet de prédire le comportement d'une personne en particulier. Ensemble, elles expliquent toutefois pourquoi les valeurs moyennes peuvent différer d'un groupe à l'autre.
Pour la politique de sécurité et d'intégration, cela signifie que les évolutions problématiques ne doivent être ni embellies ni ethnicisées. Si certaines infractions augmentent ou si certains groupes apparaissent de manière disproportionnée parmi les personnes prévenues, il faut une prévention précise, des poursuites pénales efficaces et une analyse honnête des facteurs de risque. Le soupçon généralisé n'aide pas; il complique la confiance et peut conduire à négliger les mesures les plus efficaces.
Un bon débat sur la criminalité commence donc par une question claire: que compte-t-on exactement – les suspects, les condamnations, les infractions ou les victimes? C'est seulement ensuite que l'on peut demander quelles mesures en découlent. La statistique offre une base pour cela. Mais elle ne remplace ni l'examen juridique du cas particulier ni la responsabilité de la société de ne pas porter de jugement sur des groupes entiers à partir de chiffres.



