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Rohöltanker Eagle San Diego auf See, Archivaufnahme vom Dezember 2024
Rohöltanker Eagle San Diego bei Port Angeles, 30. Dezember 2024. Symbolaufnahme des Öltransports; kein belegter Zusammenhang dieses Schiffs mit den gemeldeten Gesprächen. Foto: Jordanroderick / Wikimedia Commons, CC0 1.0, unverändert.
Économie14:00 hJournalPlus RedaktionTemps de lecture: 5 min0 commentaires

Pétrole russe : un feu vert américain ne vaut pas pour la Suisse

Le FT évoque d'éventuelles opérations pour des groupes pétroliers américains dans le processus de paix en Ukraine. Pour le négoce genevois de matières premières, la destination, les contreparties et les interdictions suisses restent déterminantes.

Le Financial Times rapporte le 27 octobre 2026 des discussions portant sur des opérations russes au bénéfice de groupes pétroliers américains, dans le cadre des négociations sur l'Ukraine. Une telle perspective concerne aussi le négoce suisse de matières premières. Elle ne signifie toutefois pas qu'une entreprise genevoise pourrait acheter, financer ou expédier du pétrole russe sans autre forme de procès. Les règles effectivement en vigueur et l'opération concrète restent déterminantes.

Le titre publiquement visible du FT décrit des discussions, non une ouverture générale du marché déjà réalisée. Les détails sur les entreprises impliquées ou sur les conditions contractuelles ne peuvent pas en être déduits de manière fiable. Pour la mise en perspective suisse, une autre question vérifiable est donc plus utile : quelles décisions devraient s'intercaler entre une annonce politique et une livraison autorisée ?

Washington ne décide pas des interdictions suisses

Aux États-Unis, l'autorité de sanctions OFAC peut autoriser certaines transactions autrement interdites au moyen de licences générales ou spécifiques. Ces licences comportent des conditions et un champ d'application défini. Une autorisation portant sur une opération déterminée ne revient pas à lever l'ensemble des sanctions contre un pays ou un partenaire commercial.

La Suisse, elle, décide de manière autonome de ses mesures. Le SECO précise explicitement que même les sanctions de l'UE ne sont pas reprises automatiquement. Les sanctions d'États tiers n'ont en principe aucun effet direct en Suisse. Il en découle aussi la limite inverse : une exception américaine ne remplace pas une exception suisse et ne lève pas une interdiction suisse.

Cela ne signifie pas que les règles étrangères seraient sans importance pour les entreprises actives à l'international. Cela signifie d'abord que les différents ordres juridiques doivent être examinés séparément. Une autorisation accordée dans un système ne répond pas à toutes les questions dans les autres. Le SECO, pour sa part, ne fournit pas de renseignement contraignant sur les ordres juridiques d'États étrangers.

La destination et la prestation modifient l'examen

L'ordonnance suisse sur l'Ukraine distingue plusieurs opérations. L'article 12a interdit, aux conditions qui y sont énumérées, l'achat destiné à la Suisse ainsi que l'importation, le transit et le transport de pétrole brut russe et de certains produits pétroliers en Suisse et à travers la Suisse. Il couvre aussi les services et les fonds qui s'y rapportent. L'article prévoit des exceptions expressément réglementées.

L'article 12b concerne en revanche le commerce, l'intermédiation et le transport avec ou vers des États situés hors de Suisse et de l'Espace économique européen. Les services financiers peuvent également être visés. L'ordonnance y prévoit notamment une exception lorsque le prix d'achat ne dépasse pas le plafond de prix applicable. Il s'agit d'une autre constellation qu'une livraison en Suisse.

Le plafond de prix n'est donc pas un tampon d'autorisation universel. Des interdictions visant certaines entreprises, banques ou navires peuvent s'y ajouter. L'article 12d contient par exemple des restrictions propres aux navires listés. Un prix d'achat avantageux ne suffit pas à répondre à ces questions. L'information sur l'identité du vendeur sur le papier ne suffit pas non plus.

L'article 12b exige en outre, pour certains prestataires de services, des informations détaillées sur les coûts accessoires. La documentation de la chaîne d'approvisionnement n'est donc pas une simple mesure de prudence volontaire. Elle peut elle-même faire partie de l'examen prescrit et doit être accessible aux contreparties ou au SECO sur demande.

Panorama de Genève depuis le Mont Salève
Genève est l'un des centres suisses du négoce de matières premières. Panorama d'archive de 2008, il ne montre pas des négociations en cours. © Yann Forget / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0, sans modification.

Pourquoi une opération touche Genève sans y arriver

Selon la présentation de Présence Suisse, de nombreuses matières premières sont achetées et revendues par des entreprises suisses sans jamais parvenir physiquement en Suisse. Genève, Zoug et Lugano comptent parmi les centres de négoce importants. Une conclusion de contrat à Genève ne coïncide donc pas nécessairement avec une statistique suisse des importations. C'est précisément ce qui rend pertinente la distinction entre destination, intermédiation et financement.

L'ordonnance prend en outre en compte certains produits pétroliers fabriqués dans des pays tiers à partir de pétrole brut russe. L'article 12abis règle pour eux les interdictions, les certificats d'origine et les exceptions. Un autre port de chargement ou le raffinage dans un pays supplémentaire ne suffit donc pas à prouver de manière générale que l'origine serait devenue juridiquement sans importance.

Pour l'appréciation économique, d'autres questions restent ouvertes : quels volumes seraient réellement offerts ? Quels partenaires seraient admis ? Quels coûts de transport et de financement apparaîtraient ? Sans ces indications, on ne peut calculer, à partir de discussions diplomatiques, ni gain commercial supplémentaire pour la Suisse ni allègement concret à la pompe.

Selon le SECO, la responsabilité du respect des sanctions suisses incombe aux entreprises concernées. Pour la place de négoce genevoise, le laissez-passer décisif ne serait donc pas la prochaine promesse politique, mais une base légale vérifiable pour chaque partie concernée de l'opération. Ce n'est qu'ensuite que l'on pourra juger si une idée issue de discussions devient réellement du pétrole négociable.

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