
UE-Chine: Berlin veut une politique commerciale plus résiliente
Le gouvernement fédéral allemand mise sur la diversification et un arsenal européen renforcé. Aucune nouvelle mesure commerciale concrète contre la Chine n'a toutefois encore été décidée.
Dans le commerce UE-Chine, l'Allemagne réclame une politique commerciale européenne plus résiliente. La formule paraît claire : Berlin veut rendre la politique commerciale européenne à l'égard de la Chine plus résiliente. À y regarder de plus près, la situation est moins nette. Le gouvernement fédéral a certes plaidé début octobre pour développer l'arsenal d'instruments de politique commerciale de l'Union européenne face aux déséquilibres mondiaux. Il n'a toutefois décidé d'aucune nouvelle mesure concrète contre la Chine.
Une ligne plus dure – mais aucune décision
Lors d'une conférence de presse gouvernementale, Berlin a renvoyé aux délibérations en cours sur la future politique commerciale européenne. Selon ses propres indications, le gouvernement fédéral veut s'engager en faveur d'une approche fondée sur des règles, qui tienne compte aussi des intérêts des partenaires de libre-échange. En parallèle, la diversification et le de-risking doivent être poursuivis.
Le de-risking consiste à réduire les dépendances économiques critiques sans rompre entièrement les relations commerciales. Il porte par exemple sur les chaînes d'approvisionnement, les matières premières stratégiques, les technologies et l'accès aux marchés. La notion est donc plus étroite qu'un découplage économique, mais plus large qu'une politique douanière classique.
L'affirmation selon laquelle Berlin se serait déjà fixé sur une nouvelle politique commerciale dure à l'égard de la Chine est donc réductrice. Le gouvernement allemand attend d'abord des propositions concrètes de la Commission européenne. Ce n'est qu'ensuite qu'il arrêtera sa position sur les différents instruments.
L'UE avance sur deux voies en parallèle
La Commission européenne décrit la Chine à la fois comme partenaire de coopération, concurrent économique et rival systémique. Elle invoque des déséquilibres structurels, les soutiens publics à certaines branches de l'industrie chinoise, des surcapacités et les difficultés des entreprises européennes à accéder au marché chinois.
Les chiffres soulignent pourquoi le débat s'est durci : selon Eurostat, le déficit commercial de l'UE avec la Chine pour les marchandises s'élevait à 103 milliards d'euros au deuxième trimestre 2026. Un déficit à lui seul ne prouve toutefois ni une concurrence déloyale ni l'efficacité de certaines contre-mesures. Il montre surtout l'ampleur du poids économique de cette relation.
En même temps, l'UE maintient le dialogue ouvert. Les 8 et 9 octobre, le commissaire européen au commerce Maroš Šefčovič et le ministre chinois du commerce Wang Wentao se sont rencontrés à Pékin pour des consultations sur le commerce et les investissements. Les deux parties ont déclaré vouloir traiter leurs divergences dans le cadre des règles de l'Organisation mondiale du commerce et rendre les relations économiques plus stables et plus équilibrées. Une nouvelle réunion ministérielle a été convenue pour mars 2027.
Ce n'est pas une contradiction, mais une politique commerciale européenne à deux niveaux : elle cherche des canaux de dialogue, tout en voulant renforcer sa propre capacité de négociation et d'application. Savoir s'il en résultera de nouveaux droits de douane, des instruments de protection ou d'autres règles reste ouvert.
Pourquoi la Suisse doit regarder de près
Pour la Suisse, la discussion n'est pas qu'un différend entre Bruxelles et Pékin. Après l'UE et les États-Unis, la Chine est son troisième partenaire commercial. En août, la Suisse et la Chine ont achevé les négociations sur l'optimisation de leur accord de libre-échange. Une fois la mise au point juridique terminée et les autorisations internes obtenues, 99,8 % des exportations suisses actuelles devraient pouvoir accéder en franchise de droits au marché chinois. Cet accord optimisé n'est pas encore en vigueur.
La politique de l'UE ne s'applique pas automatiquement à la Suisse. Ses conséquences peuvent néanmoins être considérables de manière indirecte. Plus de la moitié des exportations suisses se dirigent vers l'UE, et une grande partie entre comme intrant dans les chaînes de valeur européennes. Si les règles européennes sur les chaînes d'approvisionnement, la sécurité économique ou les importations changent, cela concerne donc aussi les fournisseurs et les exportateurs suisses.
La décision ouverte se joue dans les détails
La véritable décision politique reste à venir. Berlin exige davantage de capacité d'action européenne, mais n'a ni décidé une nouvelle politique douanière ni annoncé de rupture avec la Chine. L'UE, de son côté, tente de rester à la fois ouverte et moins vulnérable.
L'essentiel sera de savoir quels instruments concrets la Commission présentera, avec quelle précision ils seront conçus et s'ils créent effectivement des conditions de concurrence équitables. Pour la Suisse, le défi reste le même : préserver l'ouverture économique sans négliger les risques dans des chaînes d'approvisionnement étroitement imbriquées.
Sources
- Gouvernement fédéral allemand : conférence de presse gouvernementale du 9 octobre 2026
- Commission européenne : relations commerciales entre l'UE et la Chine
- Eurostat : évolution du commerce de marchandises de l'UE avec la Chine
- Commission européenne : consultations UE-Chine sur le commerce et les investissements
- DFAE : optimisation de l'accord de libre-échange Suisse–Chine
- SECO : commerce Suisse–UE et chaînes de valeur



