
Chirurgie robotique : la question n'est pas le nombre de robots
En Suisse, nettement plus d'interventions assistées par robot ont été réalisées en l'espace d'un an. La tendance peut profiter aux patients — à condition que le bénéfice, la formation et les coûts restent transparents selon l'opération.

Les robots chirurgicaux ont depuis longtemps quitté le récit d'avenir de la médecine. Ils équipent un nombre croissant d'hôpitaux suisses, accompagnent des interventions en urologie, en gynécologie, en chirurgie viscérale ou en orthopédie, et sont de plus en plus commercialisés comme un signe de prise en charge moderne. Selon les recherches de Medinside, environ 22 000 opérations assistées par robot ont été réalisées l'an dernier, soit 25 % de plus qu'en 2024.
Le chiffre est considérable. Il ne signifie pas pour autant qu'un quart de patients en plus sont désormais mieux traités. Un robot chirurgical n'opère pas de manière autonome. Il traduit les mouvements d'une chirurgienne ou d'un chirurgien en instruments particulièrement fins et contrôlables et peut améliorer la vision et la mobilité lors de certaines interventions. Savoir si un avantage en résulte pour une personne donnée dépend du diagnostic, de la méthode, de l'expérience de l'équipe et de la technique de comparaison.
Un outil, pas un pilote automatique
Le terme « chirurgie robotique » est séduisant, car il évoque l'autonomie. Au bloc opératoire, la responsabilité reste toutefois humaine. Les chirurgiennes et les chirurgiens pilotent le système, planifient l'intervention, tranchent sur les risques et peuvent changer de technique si la situation médicale l'exige. La technologie est donc plutôt un instrument de haute précision qu'un acteur à part entière.
Sa force réside souvent dans la chirurgie mini-invasive. Des instruments mobiles et une vision tridimensionnelle agrandie peuvent aider dans des espaces anatomiques étroits. En urologie, la prostatectomie radicale assistée par robot fait partie de l'offre standard dans de nombreux centres. Des interventions sur le rein, l'utérus ou l'intestin sont également réalisées avec cette technique.
En orthopédie, l'essor est plus récent. Medinside fait état, depuis 2022, d'une croissance particulièrement forte pour les prothèses de genou. Un système peut y soutenir la planification et l'alignement. Reste à savoir si cela se traduit par moins de complications, de meilleurs résultats à long terme ou des coûts ultérieurs plus faibles : la réponse doit venir de comparaisons solides. La précision d'une image ou d'un protocole opératoire n'équivaut pas automatiquement à un avantage cliniquement pertinent.
Des preuves qui varient selon l'intervention
La littérature scientifique sur la chirurgie assistée par robot est abondante, mais hétérogène. Pour certaines opérations, des études montrent des avantages en matière de perte de sang, de durée de séjour ou de paramètres techniques. Pour d'autres, les résultats sont comparables à ceux d'une chirurgie laparoscopique ou ouverte bien établie. Les écarts peuvent en outre dépendre de la courbe d'apprentissage d'une équipe, de la sélection des cas et de l'expérience d'un centre.
La question « assistée par robot ou non ? » ne suffit donc pas. Des questions concrètes sont plus utiles : pour quelle indication ? par rapport à quelle méthode de comparaison ? quels résultats sont mesurés ? et pendant combien de temps les patients sont-ils suivis ? Le système suisse de classification des interventions chirurgicales CHOP permet certes de recenser les procédures ; un large débat sur la qualité exige toutefois, en plus, des données de résultats comparables.
Investissement, formation et accès
Les systèmes coûtent cher, tout comme leur maintenance, les instruments et la formation. Savoir si les surcoûts sont compensés par des séjours plus courts, moins de complications ou des processus plus efficaces varie d'une discipline à l'autre. Pour les hôpitaux, une concurrence supplémentaire apparaît : celui qui propose la technique peut attirer des spécialistes ; en même temps, il faut un nombre de cas suffisant pour que les équipes acquièrent une grande routine.
Les 25 % de croissance traduisent un changement net au bloc opératoire suisse. Le critère de réussite ne doit toutefois pas être le nombre de robots ou d'interventions. Il doit être le suivant : pour quelles personnes la technique améliore-t-elle de manière démontrable la sécurité, la récupération ou le résultat — et à quel prix ?
Sources
- Medinside : croissance de la chirurgie robotique en Suisse : medinside.ch/de/roboterchirurgie-25-prozent-mehr-operatione…
- Office fédéral de la statistique : classification suisse des interventions chirurgicales CHOP : https://www.mct.bfs.admin.ch/fr/chop/2025/hierarchy
- Swiss Medical Board : publications : https://smartermedicine.ch/
- Cochrane Library : recherche sur la chirurgie assistée par robot : https://www.cochranelibrary.com/



