
Parmelin défend le libre-échange – où la Suisse est ouverte, où non
Le président de la Confédération défend à New York les marchés ouverts. Un regard sur les droits de douane et les accords montre que la Suisse est très ouverte pour les biens industriels, nettement moins en agriculture.
Guy Parmelin a mis à profit l'Assemblée générale de l'ONU pour mettre en garde contre de nouvelles barrières. Le président de la Confédération a lié son plaidoyer pour le libre-échange à l'exigence que les États « cultivent des échanges ouverts et n'érigent pas de nouveaux obstacles ». Le message du 22 septembre à New York correspond à un petit pays fortement dépendant de ses exportations. Il soulève toutefois une question évidente : quelle est l'ouverture de la Suisse dans sa propre politique commerciale ?
Un discours placé sous le signe de nouveaux conflits commerciaux
L'intervention de Guy Parmelin était plus large qu'un discours de principe sur la politique commerciale. Il a parlé de dialogue, de bouleversements technologiques et de l'affaiblissement des institutions internationales. Le libre-échange s'inscrivait dans un argument plus vaste : les règles et les échanges doivent limiter la politique de puissance et le repli sur soi.
Pour la Suisse, il ne s'agit pas seulement de diplomatie. La pharmacie, les machines, les instruments de précision et les montres sont produits et vendus au sein de chaînes de valeur mondiales. De nouveaux droits de douane renchérissent les biens intermédiaires, affaiblissent la compétitivité et peuvent déclencher des contre-mesures. Ce sont donc surtout les petits États qui profitent de règles prévisibles, davantage que les grandes puissances capables d'utiliser l'accès au marché comme moyen de pression.
Biens industriels : la Suisse a largement ouvert
Pour les biens industriels, la pratique suisse est effectivement libérale. Depuis le début de 2024, la Confédération ne perçoit plus de droits de douane à l'importation sur les produits industriels. Selon l'Organisation mondiale du commerce, environ 90 % des positions tarifaires suisses étaient exemptes de droits en 2026. La moyenne simple des droits de la nation la plus favorisée appliqués atteignait 3,0 % pour l'ensemble des marchandises ; pondérée par les échanges, elle s'établissait à 1,0 % pour 2024.
À cela s'ajoute un réseau dense d'accords de libre-échange, conclus par la Suisse de manière bilatérale ou conjointement avec ses partenaires de l'AELE. L'accord avec l'Inde est en vigueur depuis le 1er octobre 2025. L'accord avec les États du Mercosur a été signé le 16 septembre 2025 ; une signature ne signifie pas encore qu'il est en vigueur. De tels traités réduisent les droits de douane, encadrent les preuves d'origine et créent des procédures pour les obstacles techniques au commerce.
La Chine en offre un exemple actuel. En août 2026, la Suisse a achevé les négociations sur l'optimisation de l'accord de libre-échange existant. Selon le SECO, 99,8 % des exportations suisses actuelles devraient ainsi pouvoir accéder au marché chinois en franchise de droits. Les nouvelles dispositions ne s'appliquent toutefois pas encore : après la mise au net juridique sont prévues la signature, puis les procédures d'approbation internes.
L'effet de tels accords n'est pas automatiquement symétrique. Les entreprises n'utilisent les préférences que si elles remplissent les règles d'origine et si la charge administrative reste inférieure à l'économie de droits de douane. Pour les petites entreprises, cette charge peut précisément constituer un obstacle.

L'agriculture reste nettement plus protégée
Dans l'agriculture, la Suisse mise beaucoup plus fortement sur des instruments de protection. Elle protège de nombreux produits agricoles par des droits de douane, des contingents tarifaires et un soutien intérieur. Dans ses examens des politiques commerciales, l'OMC a régulièrement pointé des droits de douane agricoles élevés et les aides publiques. La suppression des droits de douane industriels n'y a rien changé.
La Suisse poursuit donc des objectifs qui varient selon les secteurs : pour les biens industriels, elle mise résolument sur un accès ouvert au marché, tandis qu'en agriculture, elle accorde davantage de poids à la sécurité de l'approvisionnement, aux revenus agricoles et à d'autres objectifs de politique agricole.
Les accords de libre-échange ne remplacent pas l'OMC
Face au blocage des négociations multilatérales, la Suisse réagit par des accords régionaux. Cela ouvre aux exportateurs l'accès à certains marchés, mais crée aussi un enchevêtrement de règles différentes. Dans son rapport sur le commerce mondial 2026, l'OMC constate que les accords régionaux et ciblés peuvent certes tester de nouvelles règles, mais qu'ils peuvent en même temps renforcer la fragmentation du commerce mondial.
Le discours de Guy Parmelin touche ainsi un intérêt central de la Suisse : pour le pays, un système multilatéral qui fonctionne vaut plus qu'un monde où chaque accès au marché se négocie séparément. Les accords bilatéraux sont une assurance, mais non un remplacement complet de règles valables pour tous et d'un règlement des différends capable d'agir.
L'ouverture reste un choix politique
Dans les biens industriels, la Suisse met largement en œuvre le message de libre-échange de Guy Parmelin. Elle a supprimé ses propres droits de douane industriels et garantit l'accès au marché par de nombreux accords. En parallèle, elle protège nettement plus fortement son agriculture. Il ne s'agit pas d'une incompatibilité conceptuelle, mais du résultat de priorités politiques différentes.
Le discours de Guy Parmelin décrit donc un intérêt stratégique de la Suisse : petite économie fortement imbriquée dans les échanges internationaux, elle dépend d'un accès au marché prévisible. Sa propre politique commerciale montre dans le même temps que cette ouverture n'a pas la même portée dans tous les domaines.
Sources
- Conseil fédéral : Parmelin plaide à l'ONU pour le dialogue et le libre-échange
- DEFR : discours du président de la Confédération Guy Parmelin devant l'Assemblée générale de l'ONU
- OMC : profil tarifaire et commercial de la Suisse
- SECO : accord de libre-échange Suisse/AELE–Inde
- SECO : accord de libre-échange Suisse/AELE–Mercosur
- SECO : fin des négociations sur l'optimisation de l'accord de libre-échange avec la Chine
- OMC : World Trade Report 2026 – résumé


