
Premier F-35A suisse signé : la querelle des coûts perdure
La signature apposée sur le premier F-35A illustre un avancement concret de la production. Elle ne constitue ni la réception technique ni une réponse au différend sur les coûts et le prix forfaitaire.
Le premier F-35A destiné à la Suisse a franchi un jalon de production visible : une délégation suisse a signé l'appareil, selon la Confédération. L'image se prête au symbole du passage du contrat à l'acquisition matérielle. Sur les plans technique et financier, le travail n'est toutefois pas terminé.
Une signature sur un avion n'est ni une réception militaire ni une livraison. Avant la remise, il reste l'assemblage, l'intégration des systèmes, les contrôles et les vols d'essai. Ce n'est que lorsque les exigences contractuelles et techniques sont remplies qu'un appareil peut être affecté à l'instruction ou à l'exploitation prévue.
Les premières machines restent d'abord aux États-Unis
La planification de l'acquisition porte sur 36 F-35A au total. Selon les indications d'armasuisse, les huit premiers appareils doivent être livrés aux États-Unis en 2027. Ils y serviront à la formation des pilotes et du personnel au sol suisses. Vers la fin 2029, ces appareils devraient être transférés en Suisse.
D'autres appareils seront fabriqués en Europe. Huit machines issues de l'assemblage final de Cameri, en Italie, sont prévues pour 2028 ; dix suivront en 2029 et dix autres en 2030. Le calendrier répartit ainsi l'introduction, la formation et la mise en place de la logistique sur plusieurs années. Une étape de production sur le premier appareil atteste d'un progrès, mais ne garantit pas automatiquement chaque échéance future.

Pourquoi le prix n'est pas signé en même temps
Le crédit d'engagement pour l'acquisition s'élève à 6,035 milliards de francs. Dans les documents officiels, armasuisse renvoie au taux de change retenu pour le calcul et aux contrats conclus avec le gouvernement américain. La question de savoir dans quelle mesure la Suisse est protégée contre de futures hausses de coûts, et quelle position les États-Unis défendent sur le prix forfaitaire allégué, reste politiquement contestée.
La nouvelle signature ne change rien à ce différend. Elle n'apporte aucune nouvelle preuve de prix et n'élimine pas les risques liés au taux de change, au renchérissement, aux adaptations, à l'infrastructure ou à l'exploitation. Pour un examen complet des coûts, il faut distinguer l'acquisition des coûts du cycle de vie : le prix d'achat n'est pas identique aux dépenses d'exploitation, de personnel, d'entretien, de munitions et de modernisation ultérieure.
Jalon et contrôle vont de pair
À la suite de rapports antérieurs et de critiques parlementaires, l'acquisition fait l'objet d'une surveillance particulière. C'est précisément pourquoi la Confédération devrait documenter en parallèle les avancées de la production et les risques encore ouverts. Une photo prise à l'assemblage suggère un mouvement ; pour le contrôle politique, les preuves de livraison, les positions contractuelles et les fourchettes de coûts actualisées comptent tout autant.
La Suisse achète les avions dans le cadre de la procédure américaine Foreign Military Sales. Le gouvernement américain y est le partenaire contractuel. Cela crée des structures étatiques pour la livraison et le traitement des dossiers, mais ne dispense pas la Suisse de toute incertitude liée à la chaîne de production internationale. Le F-35 est fabriqué pour plusieurs États et dans différentes usines ; des retards dans les logiciels, les composants ou les essais peuvent se propager à l'ensemble du programme.
Ce qui reste en suspens jusqu'à l'arrivée
Pour les Forces aériennes, une longue phase d'introduction commence avec les premiers avions d'instruction. Le personnel doit être formé, l'infrastructure adaptée, la logistique mise en place et l'intégration dans la défense aérienne suisse vérifiée. C'est l'interaction de ces éléments qui déterminera le moment où la nouvelle flotte pourra être engagée de manière opérationnelle.
Le jalon actuel n'est donc ni insignifiant ni la conclusion de l'acquisition. Il montre que le premier appareil prend forme. Pour le Parlement et le public, trois contrôles restent déterminants : le plan de livraison tient-il ? Les appareils correspondent-ils aux capacités convenues ? Et quels coûts la Suisse supportera-t-elle finalement ?
La communication la plus crédible associe les deux : le progrès documenté de la production et les questions financières encore ouvertes. Une signature peut marquer le début de la vie d'un avion. Elle ne met pas un point final au débat politique.



