
Soins temporaires: chers, mais le calcul ne commence que là
Le prêt de personnel coûte plus cher aux hôpitaux qu'un poste fixe. Mais c'est la lacune qu'il comble, et ce qui se passerait sans lui, qui détermine s'il est économiquement absurde.
L'expertise fédérale constate que le coût du personnel placé et prêté est plus élevé que celui du personnel engagé à titre fixe. Sur l'ampleur des surcoûts, elle renvoie toutefois à des appréciations divergentes. Il n'est pas possible d'en déduire une différence uniforme par heure d'engagement à l'échelle de la Suisse.
Cela importe aux payeurs de primes, aux cantons et aux hôpitaux. Il ne s'agit pas d'embellir le travail d'agence. La bonne question est plutôt celle-ci: constitue-t-il une assurance rare en cas d'absence de courte durée – ou remplace-t-il durablement des postes qu'une institution ne parvient pas à pourvoir ou à conserver?
Temporaire n'est pas synonyme de contrat à durée déterminée
L'Observatoire suisse de la santé (Obsan) distingue deux modèles. Dans le placement privé, les personnes en recherche d'emploi et les employeurs se trouvent. Dans le prêt de personnel, en revanche, le soignant est rémunéré par l'entreprise de location et travaille dans l'établissement d'affectation. Dans le langage courant, les deux sont souvent qualifiés de «temporaires»; sur les plans juridique et économique, ce n'est pas la même chose.
Un pool interne à l'établissement n'est pas non plus un prêt de personnel, pour autant que les professionnels des soins soient engagés directement par l'institution. Qui range toutes les missions à durée déterminée ou tous les pools de remplaçants internes dans la même catégorie de coûts compare des modèles différents. Pour le prêt de personnel, l'Obsan ne mesure que les personnes ayant trouvé leur poste par l'intermédiaire d'un bureau et rémunérées par celui-ci.

La statistique nationale n'est en outre pas une comptabilité complète de toutes les institutions de santé suisses. Elle repose sur l'Enquête suisse sur la population active et recense la population résidante permanente. Les frontalières et frontaliers ainsi que les personnes en séjour de courte durée n'y figurent pas. L'Obsan met donc lui-même en garde contre toute conclusion tirée de cet indicateur sur l'ampleur totale du prêt de personnel – en particulier dans les régions proches de la frontière.
Les surcoûts sont documentés, leur ampleur ne suit aucune norme
Le constat de l'expertise fédérale suffit pour un débat sérieux: les soignants placés et prêtés coûtent plus cher que les personnes engagées à titre fixe. Reste à savoir quel est réellement l'écart dans un hôpital donné. Les contrats, les qualifications, la durée de la mission, les services de nuit et de week-end ainsi que les marchés du travail régionaux varient. Déduire d'une facture isolée ou de données sectorielles un forfait national ne serait donc pas fiable.
Les surcoûts n'en restent pas moins pertinents. Lorsque des missions externes deviennent la norme pendant des mois, elles peuvent rendre les budgets de personnel plus difficiles à planifier. En même temps, toute facture élevée n'est pas la preuve d'une mauvaise gestion. L'Obsan le constate: en l'absence de personnel qualifié, la charge de travail de l'équipe restante augmente ou l'offre doit être réduite; les deux peuvent nuire à la qualité des soins. Face à une pénurie aiguë, une mission externe peut donc garantir des soins qui, sinon, se trouveraient sous pression.
Un calcul équitable exige une comparaison
La rentabilité d'une mission ne se laisse pas évaluer sur le seul taux horaire. Un hôpital devrait comparer de manière transparente: combien coûte le contrat de prêt? Quelle alternative existait concrètement? Quels services supplémentaires, quelles absences ou quelles réductions de l'offre auraient été probables sans remplacement? Ces questions ne fournissent pas de justification automatique. Mais elles évitent de confondre une solution d'urgence ponctuelle et un problème structurel.
Le point de vue des soignants est tout aussi important. L'expertise fédérale décrit les pools internes et externes comme des instruments possibles contre la surcharge du personnel fixe. Elle signale toutefois que la rotation des lieux de travail et des équipes ainsi que des horaires irréguliers peuvent être éprouvants pour les professionnels des soins en pool. Qui ne regarde que la facture de l'agence oublie aussi bien la protection de l'équipe titulaire que les risques pour les professionnels engagés.
La bonne conclusion n'est pas une interdiction générale. Un pool flexible peut être judicieux en cas de maladie, de vacances, de charges saisonnières ou d'événements imprévus. Il devient un signal d'alerte lorsqu'un hôpital dépend régulièrement de forces externes parce que les plans de service, les perspectives de développement ou l'attachement au métier ne tiennent pas.
Pourquoi cela concerne les payeurs de primes
Pour les prestations stationnaires dans les hôpitaux figurant sur la liste, les cantons financent aujourd'hui au moins 55 pour cent des coûts; au maximum 45 pour cent sont couverts par les primes. Des coûts de personnel plus élevés n'apparaissent donc pas tels quels sur la prochaine facture de primes. Mais ils pèsent sur les budgets hospitaliers ainsi que sur les finances publiques et le financement des assurances. Dès 2028, le financement uniforme des prestations ambulatoires et stationnaires devrait entrer en vigueur; les incitations et les flux financiers s'en trouveront à nouveau modifiés.
Pour la population suisse, la transparence est donc plus importante qu'un chiffre spectaculaire. Les hôpitaux devraient pouvoir indiquer, en interne et vis-à-vis de leurs collectivités responsables, combien d'heures ils couvrent par le prêt de personnel, quelles fonctions sont concernées, combien de temps durent les missions et quels coûts y correspondent. Il s'agit d'une exigence, justifiée sur le plan journalistique, de connaissances de pilotage, et non d'un indicateur national uniformément prescrit aujourd'hui.
La flexibilité comme réserve, non comme solution durable
L'initiative sur les soins infirmiers et sa mise en œuvre ne portent pas seulement sur les places de formation, mais aussi sur les conditions de travail et le développement professionnel. Cela rejoint la question des coûts: qui retient les professionnels dans le métier et organise judicieusement les réserves internes réduit la dépendance à des solutions d'urgence ponctuelles, sans les rendre impossibles.
Le travail temporaire n'est donc ni un gaspillage en soi, ni une preuve de sécurité des soins. Il coûte plus cher qu'un poste fixe, mais le calcul concret dépend de la mission. Une bonne gestion hospitalière reconnaît la différence – et l'explique ouvertement avant qu'un instrument d'exception ne devienne un modèle d'affaires durable.
Sources
- Obsan: Placement et prêt de personnel dans le domaine des soins et de l'accompagnement
- OFSP/ZHAW: Expertise sur la situation du personnel soignant au regard du droit du travail
- Obsan: Postes annoncés pour le personnel des soins et de l'accompagnement
- OFSP: Mise en œuvre de l'initiative sur les soins infirmiers (art. 117b Cst.)
- OFSP: Financement uniforme des prestations



