
Tigray et mer Rouge : deux risques à évaluer séparément
L'ONU signale de nouveaux combats dans le nord de l'Éthiopie. Une guerre directe pour la mer Rouge n'est pas attestée – mais les tensions régionales et les risques commerciaux restent pertinents.
La situation dans le nord de l'Éthiopie s'est de nouveau aggravée. Le secrétaire général de l'ONU a fait état fin septembre de combats intensifiés dans et autour du Tigré, de l'occupation de trois aéroports ainsi que d'une extension de la violence à des zones voisines. Il s'agit d'une grave crise humanitaire et régionale. En revanche, l'affirmation plus large selon laquelle le conflit du Tigré se serait déjà étendu directement jusqu'à la mer Rouge n'est pas attestée.
Pour une mise en perspective factuelle, trois risques doivent être distingués : les combats et leurs conséquences pour les populations civiles du nord de l'Éthiopie, les tensions entre l'Éthiopie, l'Érythrée et l'Égypte, ainsi que l'insécurité qui subsiste séparément sur les principales routes maritimes de la mer Rouge. Ces risques s'influencent politiquement. Mais ils ne constituent pas le même événement.
Ce qui est documenté dans le nord de l'Éthiopie
Les Nations unies ont averti le 23 septembre d'une situation qui se dégrade rapidement. Elles ont évoqué des informations faisant état de combats intensifiés dans et autour du Tigré, de l'occupation des aéroports de Mekele, Aksoum et Shire, ainsi que d'une propagation des hostilités dans les régions voisines. L'ONU a appelé toutes les parties à la désescalade, à la protection des civils et à un accès humanitaire sans entrave.
Une semaine plus tard, le coordinateur résident de l'ONU en Éthiopie a déclaré que les personnes déjà déplacées par des combats antérieurs étaient particulièrement exposées, tout en signalant de nouveaux déplacements. Les organisations d'aide ont fait état, entre 2025 et 2026, d'importantes entraves à leur travail. Selon l'ONU, au moins dix véhicules humanitaires ont été saisis par des groupes armés, et seuls deux d'entre eux ont ensuite été restitués.
Les conséquences quotidiennes sont tout aussi concrètes : barrages routiers, liaisons téléphoniques et internet interrompues et vols annulés compliquent l'approvisionnement des personnes dans le besoin. L'ONU a en outre rapporté une attaque de drone contre un camion transportant de l'aide alimentaire destinée à des personnes déplacées. Les communications de l'ONU citées n'attribuent pas définitivement la responsabilité de cette attaque. C'est précisément pourquoi la couverture médiatique ne doit pas présenter des soupçons comme une attribution de responsabilité établie.
Une tension régionale n'est pas un front commun confirmé
L'Union africaine observe en parallèle un regain de tensions entre l'Éthiopie, l'Érythrée et l'Égypte. Dans sa déclaration du 1er octobre, elle a appelé ces trois États à la plus grande retenue, au maintien de canaux de communication ouverts et au dialogue diplomatique. Trois jours plus tard, l'organisation a précisé que son appel faisait suite à des expulsions de diplomates des trois capitales et qu'il ne devait explicitement attribuer la responsabilité à aucun État voisin.
C'est une indication importante pour la mise en perspective journalistique. Il existe des tensions régionales, et celles-ci peuvent se renforcer mutuellement. Mais les déclarations officielles ne permettent pas d'affirmer que la guerre au Tigré serait déjà devenue une guerre pour la mer Rouge.
Un communiqué commun de l'Union africaine, de l'Union européenne et de l'ONU daté du 20 septembre traite lui aussi les deux thèmes séparément : il exprime son inquiétude face à l'escalade en mer Rouge et soutient en même temps le dialogue ainsi que la mise en œuvre de l'accord de Pretoria entre le gouvernement éthiopien et le TPLF. La formulation relie les crises au niveau régional, mais ne postule aucune chaîne causale militaire directe.

Pourquoi la mer Rouge compte malgré tout
La mer Rouge reste importante pour le commerce mondial. L'organisation onusienne pour le commerce, la CNUCED, a documenté que les risques de sécurité sur cette route avaient déjà entraîné des contournements par le cap de Bonne-Espérance, des trajets plus longs et des coûts plus élevés. On ne peut toutefois pas en déduire que chaque épisode de violence au Tigré provoque immédiatement une nouvelle perturbation de la navigation.
Pour les entreprises dépendantes des importations, les données concrètes sur les routes, les assurances, les capacités de fret et les stocks comptent donc davantage que les termes alarmistes généraux. Pour les consommatrices et consommateurs, une prévision automatique de hausse des prix serait peu sérieuse : l'effet d'une crise géopolitique sur un produit donné dépend du contrat de livraison, de l'itinéraire de transport, des réserves et des solutions de repli.
Ce que la Suisse peut en retenir
Pour les voyageurs, la situation est directement pertinente. Le DFAE déconseille les voyages au Tigré et évoque des affrontements armés, des voies de communication perturbées ainsi que d'éventuelles interruptions des liaisons aériennes, internet et de téléphonie mobile. Il s'agit d'une information de sécurité concrète, non d'un débat géopolitique abstrait.
Pour la Suisse, en tant qu'acteur humanitaire, l'accès à la protection et à l'aide passe au premier plan. La coopération suisse en Éthiopie soutient notamment des organisations multilatérales comme le CICR, le HCR et le Programme alimentaire mondial. Lorsque les routes, les communications et les convois d'aide font défaut, cet accès devient la question décisive.
La conclusion solide est donc la suivante : le nord de l'Éthiopie a besoin de désescalade et d'un accès humanitaire. Les tensions dans la Corne de l'Afrique méritent l'attention. Mais condenser le Tigré, les relations avec l'Érythrée et la navigation en mer Rouge en un seul récit de guerre ne rend pas la situation plus compréhensible, mais plus imprécise.
Sources
- ONU : Déclaration du secrétaire général sur la situation dans le nord de l'Éthiopie, 23 septembre 2026
- ONU : Situation humanitaire dans le nord de l'Éthiopie, 30 septembre 2026
- Union africaine : Appel à la désescalade entre l'Éthiopie, l'Érythrée et l'Égypte, 1er octobre 2026
- Union africaine : clarification relative à la déclaration du 1er octobre 2026
- UA, UE et ONU : communiqué conjoint sur la situation dans la Corne de l'Afrique et en mer Rouge
- DFAE : conseils aux voyageurs pour l'Éthiopie
- CNUCED : Review of Maritime Transport 2025



