
Semaine du goût : 310 kilos de gaspillage, bien plus que des déchets
La Suisse célèbre sa culture culinaire. Le bilan des pertes alimentaires montre pourquoi le plaisir commence avant l'assiette.
Un bon repas commence souvent par une sélection : fruits mûrs, pain frais, légumes pour le dimanche. Pendant la Semaine du goût suisse, du 17 au 27 septembre 2026, cette attention portée aux aliments est au centre. Ce qui se perd sur le chemin des courses ou après le repas est moins visible. C'est précisément là que se joue une seconde histoire, celle de la valeur de notre culture culinaire.
Quelque 2,8 millions de tonnes de pertes alimentaires évitables sont générées chaque année par la consommation alimentaire suisse, selon l'Office fédéral de l'environnement. En équivalence, cela représente environ 310 kilogrammes par personne. Le chiffre est frappant – et facile à mal interpréter. Il ne décrit pas le contenu de la poubelle privée. Il englobe les pertes sur l'ensemble de la chaîne, y compris celles survenues à l'étranger pour des denrées consommées ici.
La limite de sa propre cuisine
Attribuer la totalité de la quantité aux ménages revient à déplacer la responsabilité. Agriculture, transformation, commerce, restauration et cuisines privées font partie du bilan. Les denrées importées s'accompagnent aussi de pertes qui surviennent hors des frontières. Inversement, une statistique sur les déchets à l'intérieur de la Suisse répond à une autre question qu'un bilan de la consommation suisse.
Selon l'OFEV, les pertes évitables ont reculé jusqu'ici de cinq pour cent par rapport à 2017. L'objectif national est une réduction de moitié d'ici 2030. Progrès et distance à l'objectif peuvent donc être constatés en même temps. Les chiffres disponibles ne permettent pas d'en conclure que les efforts individuels seraient sans effet, ni que quelques listes de courses mieux faites suffiraient à transformer tout le système.
Pour la Semaine du goût, c'est un élargissement utile du regard. La qualité ne se résume pas à l'origine d'un produit ni à son goût. La question de savoir s'il sera effectivement mangé en fait partie. Une denrée produite avec soin n'atteint pas son but si elle finit plus tard à la poubelle, inutilisée.

Une tonne n'équivaut pas toujours à la même charge
Le poids seul ne reflète pas l'impact environnemental. Le rapport intermédiaire de monitoring de la ZHAW, mandaté par la Confédération, le montre à titre d'exemple pour le poisson et les fruits de mer : ils représentent 2,8 pour cent de la quantité de pertes recensée, mais 6,3 pour cent de la charge environnementale associée. Les deux proportions mesurent des choses différentes et ne doivent pas être mises sur le même plan.
Cela ne signifie pas que les pertes de pain ou de légumes seraient sans importance. Cela signifie qu'une stratégie fondée sur les kilos peut fixer d'autres priorités qu'une stratégie fondée sur l'impact environnemental. La production, les ressources mobilisées et les étapes suivantes jusqu'à la consommation entrent en jeu. Qui ne cherche que le sac poubelle le plus lourd risque de passer à côté d'une quantité plus faible mais plus lourde de conséquences.
Pour les achats, on peut en tirer une conséquence modeste mais utile : les denrées produites de manière particulièrement exigeante méritent une planification des quantités tout aussi soignée que les aliments de base bon marché. Le prix promotionnel sur le ticket de caisse n'est pas une mesure des ressources perdues en cas de gaspillage ultérieur.
Moins jeter ne veut pas dire prendre tous les risques
Pour les mentions de date, la précision est déterminante. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires distingue la date de durabilité minimale et la date limite de consommation. La première concerne les propriétés garanties en cas de stockage correct ; passé ce délai, un aliment n'est pas automatiquement gâté. La date limite de consommation, elle, est liée à la sécurité pour les produits facilement périssables. Les deux mentions ne sont pas des avertissements interchangeables.
Le conseil bien intentionné de tout conserver plus longtemps serait lui aussi faux. La réfrigération, une manipulation propre et la séparation des denrées crues et des aliments prêts à consommer restent importantes. Qui veut sauver des restes doit les traiter de manière à ce que l'économie ne devienne pas un risque pour la santé. Les consignes officielles d'hygiène sont plus fiables à cet égard que des promesses générales sur un nombre déterminé de jours supplémentaires.
Un autre regard sur les courses du samedi
Concrètement, moins de gaspillage commence avant le magasin : qu'est-ce qui est déjà là, quels repas sont réellement prévus, quelles quantités sont nécessaires ? Une première portion plus petite peut être complétée au besoin. Des restes rangés de façon visible sont plus facilement repérés à temps. Ce sont des pistes d'action, pas la garantie d'un taux d'économie personnel déterminé.
La Semaine du goût n'a pas besoin de devenir pour autant un exercice de renoncement. Elle peut aiguiser le regard sur le fait qu'un bon produit mérite plus que l'admiration dans le rayon. Le plaisir complet ne s'arrête pas à l'achat. Il s'arrête là où l'aliment est mangé – et où les ressources engagées pour lui ont rempli leur fonction.
Sources
Suisse Tourisme : Semaine du goût 2026 · OFEV : déchets alimentaires · ZHAW : rapport intermédiaire de monitoring 2025 · OSAV : étiquetage des denrées alimentaires · OSAV : hygiène alimentaire



