
La Suisse rejoint le programme européen Knifefish
Le Conseil fédéral crée un cadre de coopération pour les capacités d'attaque électronique – chaque projet restera à décider au cas par cas.
La guerre électronique a l'air technique, mais elle touche un domaine devenu central pour les armées modernes : le spectre électromagnétique. Celui-ci comprend par exemple les liaisons radio, les signaux radar et d'autres émissions électroniques. Qui peut reconnaître, analyser, protéger ou brouiller ces signaux gagne des informations et peut mieux protéger ses propres moyens contre les actions adverses.
Le 14 octobre, le Conseil fédéral a donc approuvé la participation de la Suisse au memorandum of understanding, en abrégé MoU, « Knifefish ». Le MoU n'est pas un contrat d'achat portant sur un système déterminé. Il constitue plutôt un cadre de coopération dans le domaine des capacités de combat électromagnétique pour l'attaque électronique. Ce sont les Pays-Bas qui pilotent le programme ; l'Allemagne et le Danemark y participent déjà, et la Suède entend adhérer par un accord modificatif.
Pour l'armée suisse, la modernisation des moyens de guerre électronique passe au premier plan. Selon le Conseil fédéral, il s'agit de systèmes capables de capter, d'influencer ou de brouiller des signaux électromagnétiques. L'objectif est donc plus large qu'un simple appareil : il porte sur la capacité à protéger, en engagement, sa propre utilisation du spectre électromagnétique et à compliquer celle de l'adversaire.
Ce que signifie l'attaque électronique
Selon le communiqué du Conseil fédéral, la guerre électronique se divise en trois domaines. L'attaque électronique complique l'utilisation du spectre électromagnétique pour les forces adverses. La protection électronique doit préserver les systèmes propres des brouillages. Le soutien électronique sert à capter et à analyser des signaux. Dans la pratique, ces domaines peuvent interagir : d'abord des signaux sont détectés et analysés, ensuite des systèmes propres sont protégés ou des émissions adverses sont perturbées de manière ciblée.
Knifefish se concentre sur le domaine de l'attaque électronique. Cela n'implique pas automatiquement une décision d'engagement immédiate. L'accord approuvé organise avant tout la coopération possible en matière d'acquisition et d'échange. Les projets que la Suisse poursuivra effectivement restent ouverts : selon le Conseil fédéral, elle peut décider à nouveau, pour chaque projet, si elle y participe.
Pourquoi les acquisitions communes sont attractives
Pour des systèmes militaires de haute technologie, la coopération n'est pas seulement une question politique. Des acquisitions communes peuvent mieux accorder le matériel et les données. Des appareils de test et des pièces de rechange peuvent, selon les circonstances, être utilisés en commun. Cela améliore l'interopérabilité, soit la capacité de différents partenaires à collaborer sur les plans technique et logistique. Le Conseil fédéral cite en outre des effets d'échelle et des prix d'achat potentiellement plus avantageux comme avantages.
L'adhésion à Knifefish s'inscrit dans la continuité du programme Sawfish, auquel la Suisse a adhéré en novembre 2025. Sawfish concerne des systèmes tactiques de guerre électronique. Ensemble, ces deux étapes montrent que Berne veut développer la coopération européenne en matière d'armement dans ce domaine. Cela correspond à la stratégie de politique d'armement du Conseil fédéral de 2025, qui prévoit une coopération ciblée avec les États voisins et d'autres partenaires européens.
Neutralité et marge de décision
Le Conseil fédéral souligne que la neutralité reste garantie par le MoU. La clause de sortie intégrée est importante à cet égard : si l'un des membres du programme devait être impliqué dans un conflit armé, la Suisse pourrait quitter la coopération à tout moment. La décision prise projet par projet protège elle aussi la marge de manœuvre du gouvernement et du Parlement lors des étapes d'acquisition ultérieures.
La décision est donc avant tout une étape d'ouverture stratégique. Elle facilite pour la Suisse l'accès à un réseau de coopération européen pour les capacités d'attaque électronique. Le communiqué ne dit en revanche rien sur des systèmes concrets, des budgets ou des contrats d'acquisition. Ces questions se poseraient séparément en cas de participation à des projets Knifefish particuliers.
Ce qui devra être transparent par la suite
Le cadre de coopération ne répond pas encore à certaines questions d'acquisition. Le communiqué du Conseil fédéral ne précise ni l'ampleur de projets particuliers, ni les coûts possibles, ni les calendriers, ni les fournisseurs concrets. Ce n'est pas une lacune du MoU, mais la conséquence de son caractère d'accord-cadre. C'est précisément pourquoi il sera déterminant de motiver de manière compréhensible les projets ultérieurs : quel déficit de capacité doit être comblé, comment la protection des systèmes propres est-elle testée et quelles limites juridiques s'appliquent à l'instruction et à l'engagement ?
L'utilité d'une acquisition commune dépend elle aussi de sa concrétisation réelle. Des interfaces identiques ou des pièces de rechange communes peuvent apporter des avantages ; elles ne remplacent toutefois pas le contrôle national sur les budgets, les décisions d'acquisition et les principes d'engagement. Le MoU crée la possibilité d'une coopération. Chaque projet doit démontrer si celle-ci se traduit pour la Suisse par un gain de sécurité concret.



